Scoop : le grand reporter et l’éditocrate moyen seraient confrères !

Admirables, ces grands reporters souvent anonymes qui, au péril de leur vie vont arracher l’info au cœur des conflits. Admirables oui, ces journalistes de terrain, mourant caméra à la main pour le droit d’informer.

Bouleversant aussi ce concert de louanges et d’éloges venus des grands éditocrates à commentaires, des liseurs de prompteur, des recopieurs in extenso et à la main des dépêches AFP, saluant la mémoire de leurs « confrères ??? »° enlevés en Afghanistan, assassinés au Mali.

Magnifique, cette grande famille confraternelle au service d’une même investigation, du pigiste précaire à 500 euros mensuel au chroniqueur cumulard à 30 000 boules, recoupant les faits, vérifiant les infos à partir du champ d’honneur et des hostilités.

Ainsi par exemple, l’intrépide Eric Zemmour, briseur de tabous et de pensée unique, sortant de RTL et n’hésitant pas un instant à affronter la pluie sans même de gilet pare-balles, traversant la rue en dehors des clous, avant de s’engouffrer chez Europe 1 en face, pour mieux y dénoncer le SDF basané croupissant sur son carton extorqué à l’état providence.

Ainsi le baroudeur Franz Olivier Giesbert, slalomant courageusement entre les crottes de chien des Champs Elysées avant de se réfugier sain et sauf au Fouquet’s, y attendant avec sang-froid son chauffeur et ses 4,5 millions de subventions pour mieux dénoncer en une du Point la France des assistés.

Tout pareillement le téméraire Christophe Barbier, découvrant après analyse scrupuleuse en direct de son 867 ème C dans l’air, une tâche sur sa légendaire écharpe rouge sortant du pressing et lançant sans concession une enquête contre le lobby des teinturiers islamistes au péril de sa vie et de sa carte fidélité de chez Pressing Plus.

Exemplaire aussi le bourlingueur Jean Michel Aphatie rapatrié d’urgence par hélicoptère à l’hôpital américain pour des escarres chopées dans l’exercice de son fascinant métier d’Anal+, après avoir passé plus de 20 heures à demander des preuves, le cul sur son fauteuil de chroniqueur au vitriol des faibles et de flagorneur pommadé des puissants.

Tout comme l’héroïque Laurent Joffrin, s’enfonçant jusqu’à 150 mètres au-delà du périph pour y rencontrer son « fixeur » et déclarant stoïquement à sa rédaction qu’en cas d’enlèvement terroriste, le nouvel Obs ne paie aucune rançon pour récupérer l’otage en mission spéciale quasi suicide.

Oui ainsi donc, et c’est un scoop, les grands reporters tout comme les éditocrates du journalisme sans peine seraient confrères et exerceraient la même profession.

C’est Ivan Rioufol la plume entre deux putes qui va être content.

tgb

° – « Le choc et l’immense tristesse à l’annonce de l’assassinat de nos deux confrères au Mali »

Jean-Michel Aphatie

Note de synthèse ou l’analyse subtile de la synthèse normale

Qu’est ce qu’une synthèse ? une synthèse c’est :

1) – l’activité mentale qui consiste à regrouper divers éléments concernant un domaine et à les structurer en un tout cohérent.

2) – l’exposé méthodique d’ensemble.

3) – la formation artificielle d’un corps composé

Pour illustrer la synthèse présidentielle, c’est sur cette troisième proposition que nous nous appuierons.

Nous verrons que chez François Flanby, mariant onctueusement le mou et le spongieux, la synthèse confine quelque peu à la recette de la pizza. Elle s’accommode de divers ingrédients, tout en essayant de répondre aux goûts et aux couleurs de chacun, c’est à dire de personne.

Ce fameux compromis du perdant perdant ou comment peut on être deux à faire une bonne affaire ?

Par exemple, pour François Normal, une bonne synthèse consistera à désigner la finance comme ennemi durant la campagne électorale, avant de courir s’en excuser à la City de Londres (I am not dangerous) puis à tenter de taxer les PEL et autres comptes populaires, une fois au pouvoir.

Nous désignerons cette forme de synthèse sous l’appellation contrôlée de « La Moscovici ».

Autre exemple de synthèse économique : être en faveur de la taxe Tobin dans l’opposition, la combattre une fois à l’Elysée, avant probablement d’accepter son retour en France mais sans sa famille.

Nous appèlerons cette sorte de synthèse « La Léonarda ».

Nouvelle forme ingénieuse de synthèse, celle qui consiste à faire la chasse aux fraudeurs du fisc, par l’entremise d’un fraudeur du fisc : La Cahuzac

Dans sa politique au quotidien, le gouvernement face à la droite, pigeons, tondus, poussins, benêts rouges, casques à pointe, bérets basques, cagoulards… cèdera à peu prés sur tout, tandis que face à son électorat de gauche, inflexiblement il ne lâchera rien : nous identifierons cette subtile synthèse, astucieusement stratégique sous le nom de « synthèse Hollandréou »

Quelques propositions d’habiles synthèses pour dénouer les diverses crises secouant notre pays :

– Construire l’ayraultport en tolérant le décollage des avions mais en en interdisant l’atterrissage.

– Accepter le grand marché transatlantique mais seulement les jours ouvrables.

– Laisser Morales survoler le territoire mais avec un seul réacteur

– Créer une taxe sur l’abandon des taxes mais à 75% ou pas – (l’écocotaxe)

– Ouvrir les magasins le dimanche mais une heure sur deux

– Favoriser le mariage pour tous mais exclusivement entre Pierre Laurent et Robert Hue

– Accorder aux verts le droit de quitter le gouvernement tout en y en restant

– Laisser la NSA nous espionner mais d’une seule oreille

– Etre déterminé à faire la guerre tout seul en Syrie mais sans la faire avec tout le monde.

Tandis que le ministre de l’intérieur « de gauche », tout à sa synthèse de droite et d’extrême droite déjeune à l’extérieur en se coalisant lui-même, le président, tout à son génial slogan « le changement c’est pareil » continue donc d’articuler son art de la politique en équilibre instable :

thèse, antithèse, prothèse.

tgb

Par la porte de derrière…

Une note signée par le directeur de cabinet du ministre de l’intérieur stipule dorénavant, que les fonctionnaires de rang subalterne ne devront plus passer par la grande porte donnant sur la place Beauveau.

C’est donc à ces petits riens, ces menus détails, ces délicates attentions, que l’on voit combien le changement c’est maintenant et que Valls plein de morgue et de morve est de gauche.

Et donc, tout à cette décision de la porte d’entrée et de la porte de service, selon que vous serez maître ou domestique, notable ou petit personnel, membre de la grande confrérie ‘goinfreuse’ ou loufiat de la petite gamelle, par l’avant tu entreras ou par l’arrière tu te faufileras en loucedé.

Cachez ce manant que je ne saurais voir.

La porte tambour pour l’apparat

La porte cochère pour le cocher,

Le grand portail pour l’important

Le portillon pour la piétaille.

Et tandis que l’homme de pédalo tranche de son couteau de Lichtenberg, sans lame auquel ne manque que le manche, Léonarda en deux, tentant l’hybride synthèse de l’escalier colimaçon dans l’ascenseur social, que le parti communiste se Roberthuse et se nanise du jardin, la rentrée des castes se fera selon grade et rémunération, histoire de pas trop mélanger le torchon Franprix et la serviette Hermes.

Même Sarko/Guéant n’avaient pas osés.

Nul doute qu’à ce jeu-là, l’ambassadeur américain, son supermarket transatlantique et ses grandes oreilles passeront par l’entrée principale, tandis que l’avion de Morales se glissera par l’issue de secours.

De même, l’on ouvrira avec gants blancs les portes officielles au patronat, pas du genre à se fatiguer de la poignée, tandis que les 7 syndicalistes de PSA/Poissy en grève de la faim pourront crever dans l’indifférence générale sur le pas de porte de derrière.

Ainsi aussi, l’on déroulera au seuil des merdias du merdef le tapis rouge à la fille à papa Leborgne, tandis que le front de gauche ou ce qu’il en reste se contera de la porte dérobée (par les roms il va de soi).

Faudrait voir à pas trop déranger du porche.

Eloquente métaphore, que ce mépris de classe par la lutte des portes, illustration parfaite s’il en est du pantin hautain préfabriqué Valls, consacré vice-président par Fouks/Bauer, en attendant (mais pas longtemps) mieux.

Amis subalternes, ma conclusion du jour, sera qu’il n’est qu’une façon intelligente d’entrer dans un ministère. Que ce soit par devant ou par derrière, avec la seule et aimable intention de les sortir par la fenêtre.

tgb

Le frontalier, rrom du suisse

L’ennui avec la stratégie du bouc émissaire, c’est qu’au final, on est toujours le ‘nègre’ de quelqu’un, le ‘bougnoule’ de l’autre, la victime expiatoire du voisin, le minoritaire lambda d’une majorité quelconque.

Ainsi pendant que le français voit du Rrom partout et surtout à la télé, que l’électeur de Brignoles ne se sent plus chez lui depuis qu’il habite nulle part, du côté du péril péri-urbain, le Mouvement Citoyens Genevois (MCG), FN Suisse, dénonce le frontalier français, ce « fléau » cette « épidémie » qui vient bouffer son chocolat.

Ce phénomène devient si inquiétant que Christian Dupessey, maire d’Annemasse en vient à déclarer dans la Tribune de Genève « Le repli sur soi, la recherche du bouc émissaire: ces idées progressent sensiblement. Ce n’est pas une bonne chose » craignant que les frontaliers se sentent « encore plus attaqués ».

Repli sur soi : du mondialisme à l’européanisme, de l’européanisme au nationalisme, du nationalisme au régionalisme, du régionalisme au clanisme, du clanisme à ma gueule à moi.

Il y a quelque ironie à imaginer le bon citoyen UMPFN-Vallsien assez blindé, se faire traiter d’étranger, voleur de poules helvètes, alors que lui-même se vautre dans la logorrhée xénophobe à longueur de journée.

Bref, tandis que le bon français ne se sentant plus chez lui stigmatise et discrimine d’un côté, le voici discriminé et stigmatisé de l’autre par un de ces effets en chaîne bien connu.

Oui, au grand jeu malsain du moins que rien, de l’autre qui m’empêche d’être moi, de cette personne qui se doit d’être personne pour que je redevienne quelqu’un, à ce jeu pervers de l’ostracisme et de l’exclusion, on finit toujours par être trop roux parmi les blonds, trop enrobé parmi les sveltes, trop intello parmi les illettrés.

De ces illettrés par exemple qui défendent les valeurs nationales en un français haineux et approximatif, insultant l’étranger tout autant que la syntaxe, massacrant l’autre autant que sa propre langue, élément o combien consubstantiel pourtant d’une identité culturelle.

Paradoxe aussi, de constater que souvent le dernier intégré de la dernière vague immigrée est le premier à faire de la surenchère dans l’ignominie et le clivage – Ciotti, Lopez, Valls, Zemmour, Finkielkraut, Luca, Mariani, Sarkozy…dans ce registre étrange, du plus français que moi tu meurs…laissant affleurer comme une sourde névrose d’illégitimité.

Ce zèle des convertis, à proposer des lois toujours plus restrictives, à tenir des propos toujours plus abjects, qui feraient qu’en leur temps, leurs propres ancêtres n’auraient pu mettre un pied ici.

Cette vieille peur irrationnelle de l’autre, qui leur fait oublier qu’on est toujours l’autre de quelqu’un, le Rrom du français, le sale français du suisse.

tgb

Ken Saro-Wiwa, expulsé de l’Histoire

« Ce n’est pas le toit suintant, ni les moustiques zonzonnants, dans la cellule humideet misérable…ce sont les mensonges enfoncés dans nos oreilles toute une génération…

L’écrivain producteur Ken Saro Wiwa n’a jamais reçu le prix Nobel de la paix. Pas plus que les lanceurs d’alertes dissidents, Manning, Assange ou Snowden.

Il reçut tout de même le prix Nobel alternatif, ce qui somme toute, paraît plus honorable qu’avoir son nom sur la même liste qu’un Kissinger fomenteur de coup d’état, qu’un Obama obsédé de l’assassinat arbitraire et ciblé par drone ou qu’une vieille Europe tout à son dumping économique et fiscal entre pays voisins.

Sans compter qu’aller chercher aujourd’hui son diplôme enluminé dans une Norvège dirigée par une coalition comprenant l’extrême droite à laquelle adhéra un temps le fanatique Breivik peut donner quelque état d’âme.

Le militant écologiste Ken Saro Wiwa, tel Lumumba ou Sankara n’aura jamais été au bout de son destin. Pour entrer dans l’histoire, encore faut-il échapper aux pièges multiples des tueurs de justice et d’indépendance affiliés aux puissances d’argent.

Tout le monde ne peut avoir la chance de survivre à 638 tentatives d’assassinat tel Fidel Castro.

Des Nelson Mandela, il en est, il en fut potentiellement d’autres, restés clandestins, dont le leader du peuple Ogoni, minorité ethnique du delta du Niger, Ken Saro-Wiwa, pendu avec neuf autres de ses camarades en 1995 par le régime de Sani Abacha, pantin des compagnies pétrolières et du prédateur Shell notamment, reconnu complice et qui versa pour toute réparation, 15,5 millions de dollars, autant dire des clopinettes pour cette multinationale.

Dés les années 50, président du Mouvement pour la Survie du Peuple Ogoni, Ken Saro-Wiwa lutta contre l’exploitation pétrolière dévastant son pays, empoisonnant les rivières, les terres cultivées des villages, le transformant en immense terrain vague quadrillé d’oléoducs suintants sous les pluies acides ; ce delta du Niger accumulant dégâts écologiques, sociaux et économiques sans en retirer le moindre bénéfice.

Etrange paradoxe de constater qu’en Afrique, plus le sol est riche en hydrocarbures, plus le pays s’enfonce dans la misère, faisant au final de l’or noir une véritable calamité et poussant les paysans dépossédés à devenir pirates des mers.

Pour ses actions militantes non-violentes, Ken Saro-Wiwa eut l’honneur de ne pas recevoir de prix Nobel dénaturé et pour toute récompense qu’un simulacre de procès et une exécution expéditive.

Comme tant d’autres nobélisables échappant au Nobel, restés confidentiels et portés disparus, l’homme africain Ken Saro-Wiwa, à peine entré dans l’Histoire en sera expulsé.

L’occident bien pensant aura tout fait pour ça.

tgb

Votre quartier populaire ayant retenu toute mon attention…

C’est donc à l’heure privilégiée de sortie de métro de bureau avec mes congénères, que je me retrouvais, un tract à la main, refourgué machinalement par un de ces distributeurs automatiques appelé communément militant (quand il ne s’agit pas tout simplement, pour un parti embourgeoisé, d’un étudiant rémunéré).

Le temps de sortir mes lunettes et O joie, j’étais l’heureux possesseur d’un joli prospectus de la potentielle ‘manageuse’ de Paris Hidalgo.

Le militant socialiste étant une denrée rare, ne sortant son minois libéral qu’en de rares occasions électorales ensoleillées (comme les champignons), je me décidais à conserver le document afin de l’éplucher nonchalamment avant « torchage ».

Après avoir parcouru 6 pages d’une prose propagando-gnangnan, je tombais sur ce petit pavé, discret, casé dans un coin, histoire de pas trop parasiter le projet d’un Paris gentrifié :

Une attention pour les quartiers populaires

A défaut d’intention, voilà qui était bien aimable.

Suivi d’un texte aussi évasif qu’insignifiant :

Pour l’égalité entre les Parisiens la Ville de Paris continuera d’investir dans les équipements de proximité et de soutenir la vie associative, les politiques de prévention. Une grande attention sera portée à la gestion quotidienne de l’espace public, à la sécurité et à la propreté des rues.

La question

desquartierspopulairesayantretenue

toutenotreattentiononvousécrira

étant résolue,

l’aspirante mairesse de Paris pouvait passer à autre chose et par exemple au démantèlement des campings sauvages tant « Paris n’a pas vocation à être un campement de Rroms géant ».

Depuis que le « think tank » Terra Nova inspiré par le peu regretté Olivier Ferrand (paix à son âme) et remplacé depuis par l’immense François Chérèque (paix à son cerveau ) a théorisé stratégiquement l’abandon des couches populaires au profit des classes moyennes, on constate combien l’appareil socialiste est passé depuis ardemment aux travaux pratiques.

En se foutant pas mal de désespérer Clignancourt ou pas, à courir derrière une droite courant derrière l’extrême droite imposant culturellement ses « valeurs », à coucher dans les sales draps de soie des pouvoirs économiques, sans compter le génie d’un Moscovici au meilleur de sa capacité d’analyse : « Pour battre le FN, il faut plus de compétitivité sur notre territoire», pas tellement s’étonner que la politique « brignole » méchamment de l’urne.

Ensuite, en appeler au pacte républicain ou au ‘votutile’, ce même chantage laborieux pour que les mêmes partis de gouvernement continuent à se partager dans une même coalition, le même gâteau mondialisé, en récitant pour la enième fois le même mantra du « on a compris la leçon » : pue quand même un peu son foutage de gueule.

Les sœurs siamoises NKM/Hidalgo étant parfaitement interchangeables, Anne ma sœur Anne pour mon petit bulletin civique, tu pourras toujours me chercher chez Casto :

le dimanche j’ai bricolage.

tgb

Le petit monsieur qui fait traverser la rue…

Il m’arrive deux/trois fois par an d’aller animer une session de quelques jours du côté de Cergy Saint-Christophe pour l’une de ces multinationales dont le personnel a fondu en dix ans, passant de 10 000 salariés à 300 en France. Les derniers survivants formant les employés roumains qui demain les remplaceront dans une enième externalisation. Belle abnégation !

Mais ce n’est pas le sujet.

Cergy, c’est ma destination la plus lointaine de l’année, puisqu’elle m’oblige à me lever aux aurores, à prendre un métro, puis un autre, puis un RER blindé bondé qui se soulage à la Défense. Ensuite ça va mieux, je peux finir ma nuit assis.

C’est donc en général dans un coma relatif et relativement au radar, que je déboule en plein marché du mercredi à la sortie de la station RER de Cergy, et que je m’apprête à traverser la rue principale.

C’est là qu’officie un petit monsieur cramoisi, la bouille sympathique au sourire rayonnant, qu’il pleuve qu’il vente ou qu’il fasse rien du tout. Dans son gilet fluo, ce petit monsieur jouit sans en abuser, du pouvoir absolu de vous faire traverser la rue, ou pas, en faisant, au milieu de la chaussée barrage de son corps ou pas, en levant son panneau stop ou pas, arbitrant de toute son autorité qui des petits piétons ou des grosses bagnoles.

Et ce petit monsieur retraité, vacataire municipal à 2,50€ de l’heure, de balancer mille bonjour le matin, mille bonjour le soir, comme si chaque passant était la personne la plus importante du monde et la plus singulière, avec ce même enthousiasme et cette même jovialité qui vous ouvre au petit matin frileux mieux qu’un kawa, et vous met en joie pour la journée.

Ce petit monsieur arrondi, un mot gentil par ci : fais frisquet – comment va ? … un conseil d’ami par là – pas fumer le matin – pas marcher si vite…- sait bien qu’il n’y a pas plus de femmes voilées en général que d’hommes réduits à leur cravate, mais sortant de l’anonymat, des gens particuliers, plus ou moins sympas, une femme voilée marrante, une autre toute revêche, un encravaté morveux, un autre si courtois…

A force d’habitude, ce petit monsieur convivial à 2,50€ de l’heure devient si familier qu’il finit au quotidien par être de la famille comme l’ami Ricoré.

Tout à sa fonction sociale et à cette forme de considération qui fait plaisir à voir, (et sans parler de sa probable misérable retraite) je soupçonne mon petit monsieur cramoisi de s’ennuyer ferme durant les vacances, et prenant son rôle à cœur, d’attendre en trépignant son heure de gloire du matin et son heure de gloire du soir, tant soudain il sert à quelque chose, se met à exister dans chaque regard, fait exister chaque passant.

Traversant la rue l’autre jour à mes risques et périls et notant son absence, je ressentais alors comme le manque d’un ami et de me renfrogner tout en m’inquiétant : j’espère que tout va bien.

En ces temps d’inhumanité, pensant aux migrants naufragés de Lampedusa de ceux qu’hypocritement on  »libère » en Libye pour mieux les pourchasser ici, je voulais juste témoigner de cette goutte d’humanité dans cet océan sans pitié et remercier mon petit monsieur à 2,50€ de l’heure, de rendre pour un instant gratuit ce monde plus humain.

tgb

Le fascisme cool et sympa

A une époque de technologie avancée, le plus grand danger pour les idées, la culture et l’esprit risque davantage de venir d’un ennemi au visage souriant que d’un adversaire inspirant la terreur et la haine. Aldous Huxley

Si tu crois encore que le fascisme entrera par la porte au pas de l’oie, le bras levé, avec la tête de l’emploi, mèche sur le front pour bien l’identifier, moustache calibrée des fois que ça suffirait pas, tu te fourres salement le doigt dans l’œil de Lepen père.

Parce que l’extrême droite sait entrer par la fenêtre en épousant son temps. Elle peut être cool et sympa, jouer de la gratte en catogan, prendre de la coke et fumer des pétards, être homo et décontracte, avoir les traits d’une nana sexy et faire dans la séduction, la caution rebeu, ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de planquer un drapeau hitlérien dans sa cave.

Tandis que le fond conserve ses invariants, xénophobie, ordre, nationalisme… la forme s’édulcore, s’adapte à l’époque, se donne un coup de djeune et de réseaux sociaux. L’extrême droite a bien compris qu’il lui fallait avancer masquée, liftée, souriante ; éviter l’antisémitisme, y aller mollo sur les mœurs, enjoliver son discours, décerner à titre gracieux une carte FN au Valls méritant, s’accaparer les valeurs de l’autre, inspirer en loucedé un rire collabo qui ne déparerait pas à la une de Minute ou de Valeurs Actuelles.

Plantu Lepen, même combat !

En ce sens les crétins de la Daube Dorée n’auront pas fait dans la finesse. Avec leur croix plus ou moins gammée, leur panoplie revisitée du petit Nazillon à la grecque, ils devenaient un peu trop voyants, encombrants et difficilement sortables, voire assumables, par des autorités complaisantes pour ne pas dire conniventes. Quoi que le pouvoir grec prit son temps, il finit quand même par remettre (jusqu’à la prochaine fois) les petits gestapistes du 3ème Reich dans leur boîte.

Oui, la droite extrême new-look évite dorénavant de trop se commettre avec les crânes rasés un peu frustes et préfère distiller à petites touches ses insanités dans les ouvrages pseudo historiques du si sympathique et insoupçonnable Lorant Deutsh, porte serviette propret du sinistre Patrick Buisson, faire dans le discours populeux et social, opportunément anti-libéral, caresser la Janine rurale dans le sens du poil, le Jean-Claude suburbain dans le sens de la raie du milieu.

Il n’empêche que l’extrême droite, quelque soit sa plastique, reste le meilleur allié du capitalisme. En détournant la colère populaire vers des boucs émissaires, elle capte assez de voix pour empêcher toute alternative à gauche, toute remise en cause de la doxa et des privilèges de l’oligarchie.

Avec ou sans cravate, l’extrême droite porte en elle le fascisme comme la nuée porte l’orage. Plus elle sera proche du pouvoir plus elle se fera mielleuse et policée : bonne fille… à papa.

tgb

Du mouvement social à la délocalisation en mouvement

Mais où va t’on ?

Non seulement les ouvriers du textile du Bangladesh refusent dorénavant de se prendre des usines insalubres sur la tête et de mourir par milliers enchaînés à leur poste de travail, mais en plus, ces chochottes exigent-elles maintenant d’être payées.

Ce monde marche sur la tête.

Et pourquoi pas réclamer, non par jour mais carrément par semaine, les 35 heures pendant qu’on y est ?

Ainsi, et l’on croit rêver, plusieurs milliers d’usines à travers le pays sont paralysées par une grève massive tandis que des manifestations monstres sont organisées dans les rues.

Manquerait plus que Pujadas en parle dans son JT et que C dans l’air en fasse un sujet sans même inviter Christophe Barbier et l’on aurait alors touché le fond.

Déjà que les ouvriers chinois ont obtenu par de désastreux conflits sociaux d’indécentes revalorisations de salaire et des améliorations déplorables de leurs conditions de travail (on a connu des temps où le dirigeant chinois était moins émoussé de la répression) que ce mauvais exemple fait contagion au Vietnam et au Cambodge, on tremble à l’idée même que cela puisse inspirer la CFDT chez nous et que cette organisation pragmatique se mêle alors de ce qui ne la regarde pas, à savoir, de luttes syndicales.

Bien sûr, l’entreprise H&M, jamais à court d’imagination et toujours à anticiper, pense à délocaliser ses usines en Ethiopie et se réjouit à l’avance de revenir aux sources de l’esclavagisme pour le plus grand bonheur d’Auchan, de Carrefour, Wallmart, Camaïeu, Zara…ces refourgueurs de fringues conçues par des miséreux, achetées par des moins pauvres, et vendues par des salariés en voie de paupérisation.

Le cercle vertueux de la saine sainte compétitivité.

Compétitivité, ce mot magique qui, s’il disparaissait, priverait tragiquement Nicolas Baverez et ses affidés de 50% de leur vocabulaire. Ce qui nuirait quelque peu aux passionnants débats économiques entre experts du même avis.

Mais alors, si l’on doit en permanence délocaliser les usines d’Europe de l’Est au Maghreb, du Maghreb en Asie, d’Asie en Afrique, ne serait-il pas plus simple au final de produire directement dans les avions, d’envisager l’usine-cargo, et ainsi d’en profiter pour balancer dans le vide les quelques ouvriers récalcitrants et leurs revendications afin de protéger les dividendes de la rente à rien foutre et de redonner tout leurs sens aux parachutes dorés des grands patrons ?

Heureusement pour l’Europe tout à son Dumping visionnaire, l’invention en Allemagne du petit boulot à 1 euro 32 de l’heure pourrait redonner quelque espoir à la ré-industrialisation (provisoire) et donner quelques idées novatrices à Hollande/Moscovici, déterminés à réduire le goût coût du travail (et revaloriser ainsi le coût de l’actionnariat).

Par exemple, le petit boulot textile à 1 euro 29, histoire de bien emmerder Merkel et d’inscrire une France modernisée dans la mondialisation du changement c’est maintenant.

Le Medef reconnaissant.

tgb

Légitime défiance

Enfin la parole porcine se libère, enfin l’intelligence intestine, opprimée par la pensée unique, s’exonère, enfin l’instinctive diarrhée verbale exprime ses relents raffinés et se répand sur l’infâme carcan du politiquement correct.

La dialectique par l’invective et l’obscénité.

Merci aux briseurs de tabous, aux courageux francs tireurs qui osèrent, au péril de leurs multichroniques sur les multimédias, faire sauter les verrous de l’odieuse bienpensance. Merci aux pourfendeurs du laxisme angélique et du bobo-gauchisme oppressant qui sournoisement nous empêchaient de nous débraguetter et de mettre nos chaussettes sales sur la table.

Merci de réveiller l’inspecteur Harris qui sommeillait en chaque pochtron

Merci d’autoriser enfin la liberté reptilienne de penser ses instincts.

Merci pour cette grande émancipation par le tube digestif

Pour cet exutoire anal par les sphincters de la tête.

C’est le grand défouloir du refoulé, le grand déversoir du frustré, l’exorcisme national par la rhétorique primale de l’analphabète en rut : la psychanalyse du beauf abruti, par l’éructation du concept flatulent.

Enfin, les jolis mots de nègre, bougnoule, youpin, vont avoir droit de cité, enfin sommes-nous autorisés à exterminer à notre convenance le voleur de poules, enfin pouvons-nous lyncher la racaille sur la place publique, éradiquer la vermine basanée, violer la salope de voisine qui n’attend que ça !

Exister un peu quoi !

Que nous encombrions nous de justice, alors que la vengeance est si compétitive. Que tels nos alliés Saoudiens, il suffit de couper la main du voleur, crever l’œil du voyeur, couper la langue du maraudeur, pour que tout rentre dans l’ordre.

Certes il faudra déplorer quelques légers dommages collatéraux : le carton sur le gamin qui rentre un peu tard, la balle perdue dans la tronche de la petite dame sur le trottoir d’en face, le pendu à la branche qui s’avèrera, confus mais un peu tard… n’y être pour rien.

Mais peccadilles, face à cette sublime avancée de notre civilisation occidentale, qu’est l’expression haineuse de nos pathologies mentales, l’accomplissement de nos frustes aigreurs, le triomphe de la connerie et de la colère mal placée.

A force de servir de paillasson aux puissants, quel plaisir alors de s’essuyer les pieds sur les faibles et d’ainsi reporter lâchement nos propres humiliations et nos inexistences.

Que cent milices fleurissent dans leurs accoutrements et alors, y trouverai–je ma place et mon rôle et ma reconnaissance.

Du haut de leurs milliards, le 0,1% de l’oligarchie nous contemple et se marre, à nous voir fiers de cette liberté chèrement acquise :

le droit absolu de penser comme des porcs.

tgb