Du mouvement social à la délocalisation en mouvement

Mais où va t’on ?

Non seulement les ouvriers du textile du Bangladesh refusent dorénavant de se prendre des usines insalubres sur la tête et de mourir par milliers enchaînés à leur poste de travail, mais en plus, ces chochottes exigent-elles maintenant d’être payées.

Ce monde marche sur la tête.

Et pourquoi pas réclamer, non par jour mais carrément par semaine, les 35 heures pendant qu’on y est ?

Ainsi, et l’on croit rêver, plusieurs milliers d’usines à travers le pays sont paralysées par une grève massive tandis que des manifestations monstres sont organisées dans les rues.

Manquerait plus que Pujadas en parle dans son JT et que C dans l’air en fasse un sujet sans même inviter Christophe Barbier et l’on aurait alors touché le fond.

Déjà que les ouvriers chinois ont obtenu par de désastreux conflits sociaux d’indécentes revalorisations de salaire et des améliorations déplorables de leurs conditions de travail (on a connu des temps où le dirigeant chinois était moins émoussé de la répression) que ce mauvais exemple fait contagion au Vietnam et au Cambodge, on tremble à l’idée même que cela puisse inspirer la CFDT chez nous et que cette organisation pragmatique se mêle alors de ce qui ne la regarde pas, à savoir, de luttes syndicales.

Bien sûr, l’entreprise H&M, jamais à court d’imagination et toujours à anticiper, pense à délocaliser ses usines en Ethiopie et se réjouit à l’avance de revenir aux sources de l’esclavagisme pour le plus grand bonheur d’Auchan, de Carrefour, Wallmart, Camaïeu, Zara…ces refourgueurs de fringues conçues par des miséreux, achetées par des moins pauvres, et vendues par des salariés en voie de paupérisation.

Le cercle vertueux de la saine sainte compétitivité.

Compétitivité, ce mot magique qui, s’il disparaissait, priverait tragiquement Nicolas Baverez et ses affidés de 50% de leur vocabulaire. Ce qui nuirait quelque peu aux passionnants débats économiques entre experts du même avis.

Mais alors, si l’on doit en permanence délocaliser les usines d’Europe de l’Est au Maghreb, du Maghreb en Asie, d’Asie en Afrique, ne serait-il pas plus simple au final de produire directement dans les avions, d’envisager l’usine-cargo, et ainsi d’en profiter pour balancer dans le vide les quelques ouvriers récalcitrants et leurs revendications afin de protéger les dividendes de la rente à rien foutre et de redonner tout leurs sens aux parachutes dorés des grands patrons ?

Heureusement pour l’Europe tout à son Dumping visionnaire, l’invention en Allemagne du petit boulot à 1 euro 32 de l’heure pourrait redonner quelque espoir à la ré-industrialisation (provisoire) et donner quelques idées novatrices à Hollande/Moscovici, déterminés à réduire le goût coût du travail (et revaloriser ainsi le coût de l’actionnariat).

Par exemple, le petit boulot textile à 1 euro 29, histoire de bien emmerder Merkel et d’inscrire une France modernisée dans la mondialisation du changement c’est maintenant.

Le Medef reconnaissant.

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

10 commentaires sur « Du mouvement social à la délocalisation en mouvement »

  1. L’homme-poulet en barquette me fait un drôle d’ effet .
    Tous ces mouvements sociaux, plus que légitimes, me disent que tout n’est pas perdu.
    Ici, tant qu’on les laissera faire,sans contre-parties( ANI, 20 milliards de cadeaux aux patrons, etc ), ils continueront .

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  2. Dans ce cycle de produits de merde vendus à prix d’or, et comme le prophétisait H. Miller, l’ultime étape sera que les pauvres vont bientôt se voir déposséder de leur cul!

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  3. Pour la première fois j’ai découvert à la télé ce que les journaux appellent « le forum du job dating » à Bordeaux. Des gens qui font la queue sur une place face à des stands. Lointain souvenir sans doute du marché aux esclaves. Voilà où on en revient!
    Je ne peux m’empêcher de penser à un sketch des guignols où Monsieur Sylvestre nous expliquait par un schéma comment on deviendrait un jour « des chinois » après que les autres peuples aient demandé des augmentations. Mais je n’ai pas réussi à retrouver ce sketch.

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