Le frontalier, rrom du suisse

L’ennui avec la stratégie du bouc émissaire, c’est qu’au final, on est toujours le ‘nègre’ de quelqu’un, le ‘bougnoule’ de l’autre, la victime expiatoire du voisin, le minoritaire lambda d’une majorité quelconque.

Ainsi pendant que le français voit du Rrom partout et surtout à la télé, que l’électeur de Brignoles ne se sent plus chez lui depuis qu’il habite nulle part, du côté du péril péri-urbain, le Mouvement Citoyens Genevois (MCG), FN Suisse, dénonce le frontalier français, ce « fléau » cette « épidémie » qui vient bouffer son chocolat.

Ce phénomène devient si inquiétant que Christian Dupessey, maire d’Annemasse en vient à déclarer dans la Tribune de Genève « Le repli sur soi, la recherche du bouc émissaire: ces idées progressent sensiblement. Ce n’est pas une bonne chose » craignant que les frontaliers se sentent « encore plus attaqués ».

Repli sur soi : du mondialisme à l’européanisme, de l’européanisme au nationalisme, du nationalisme au régionalisme, du régionalisme au clanisme, du clanisme à ma gueule à moi.

Il y a quelque ironie à imaginer le bon citoyen UMPFN-Vallsien assez blindé, se faire traiter d’étranger, voleur de poules helvètes, alors que lui-même se vautre dans la logorrhée xénophobe à longueur de journée.

Bref, tandis que le bon français ne se sentant plus chez lui stigmatise et discrimine d’un côté, le voici discriminé et stigmatisé de l’autre par un de ces effets en chaîne bien connu.

Oui, au grand jeu malsain du moins que rien, de l’autre qui m’empêche d’être moi, de cette personne qui se doit d’être personne pour que je redevienne quelqu’un, à ce jeu pervers de l’ostracisme et de l’exclusion, on finit toujours par être trop roux parmi les blonds, trop enrobé parmi les sveltes, trop intello parmi les illettrés.

De ces illettrés par exemple qui défendent les valeurs nationales en un français haineux et approximatif, insultant l’étranger tout autant que la syntaxe, massacrant l’autre autant que sa propre langue, élément o combien consubstantiel pourtant d’une identité culturelle.

Paradoxe aussi, de constater que souvent le dernier intégré de la dernière vague immigrée est le premier à faire de la surenchère dans l’ignominie et le clivage – Ciotti, Lopez, Valls, Zemmour, Finkielkraut, Luca, Mariani, Sarkozy…dans ce registre étrange, du plus français que moi tu meurs…laissant affleurer comme une sourde névrose d’illégitimité.

Ce zèle des convertis, à proposer des lois toujours plus restrictives, à tenir des propos toujours plus abjects, qui feraient qu’en leur temps, leurs propres ancêtres n’auraient pu mettre un pied ici.

Cette vieille peur irrationnelle de l’autre, qui leur fait oublier qu’on est toujours l’autre de quelqu’un, le Rrom du français, le sale français du suisse.

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

12 commentaires sur « Le frontalier, rrom du suisse »

  1. Rien de neuf sous le soleil depuis quelque milliers d’années.Sous les oripeaux d’une pseudo modernité policée ou l’on achète et vend de l’éthique à tout les coins de rue ou faute de pouvoir exercer un réel pouvoir politique on prétend rétablir la moral,dort(d’un œil) la bete qui montre les dents dés qu’elle sent sa pitance menacée par celui qu’elle juge illégitime, faible ou inférieur.

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  2. C’est effectivement le plus déprimant quelque soit la technologie, les moyens de communication, l’accès à la culture aux savoirs c’est toujours les mêmes mécaniques à l’oeuvre, les mêmes réflexes archaïques

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  3. « …du mondialisme à l’européanisme, de l’européanisme au nationalisme, du nationalisme au régionalisme, du régionalisme au clanisme, du clanisme à ma gueule à moi. »
    Larousse
    nation : « entité abstraite, collective et indivible, distincte des individus qui la composent et titulaire de la souveraineté »
    souveraineté : « pouvoir suprême reconnu à l’Etat qui implique l’exclusivité de sa compétence sur le territoire national et son indépendance absolue dans l’ordre international où il n’est limité que par ses propores engagements ». L’article 3 de la Constitution de 1958 dispose que « la souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. » »
    Non à la conception ethnique de la nation inconsciente qui fonde le chauvinisme.
    Oui, à la notion politique de la nation consciente, citoyenne, républicaine au sein de laquelle les citoyens ont vocation à se tourner vers la « commune humanité » – Indépendance nationale et internationalisme!!!!!
    Patria o muerte.

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  4. juste rappel de la définition – à force de pervertir toutes les notions on finit par ne plus savoir de quoi on parle – merci pour ce recadrage

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  5. En te lisant je me disais qu’il n’y a rien de bien nouveau sous le soleil. Quand j’étais gosse ma campagne de paysans se plaignait de l’arrivée de paysans « étrangers » surnommés, avec beaucoup de mépris, les « ventres à choux. Ces paysans « étrangers » avaient le tord d’arriver de Vendée… C’est ce que j’ai répondu à un commentateur FN de mon blogue qui me reproche mon angélisme face aux Rroms. Si on doit virer tout ce qui n’est pas nous, faut aussi que je rapatrie toute ma famille dispersée sur trois continents. Ça va être compliqué.

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  6. oui mais ce qui est compliqué inspire assez peu les abrutis primaires qui aiment bien les choses simples comme roter péter chier dégueuler éructer cogner…ça tombe bien la télé aussi !

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  7. Nous sommes toujours le frontalier de quelqu’un. Étrange tout de même la surenchère du « dernier naturalisé » à l’égard de celui qui ne l’est pas…
    Dans la liste des personnages repoussants, Ciotti, Lopez, Valls, Zemmour, Finkielkraut, Luca, Mariani, Sarkozy, on n’oublie pas Copé, sa maman juive séfarade originaire d’Alger, et son papa, Roland Copé, chirurgien gastro-entérologue proctologue d’origine juive ashkénaze roumaine…

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  8. Voilà une idée qui ne m’a jamais traversé l’esprit : le rejet de l’étranger. Normal, direz-vous, je suis d’origine espagnole. Mais dans ma nombreuse famille (qu’on ne choisit pas, il y a des polonais qui n’aiment pas les arabes, des tunisiens qui n’aiment pas les noirs et des espangouins qui n’aiment ni les uns ni les autres…
    Mes repas de famille sont (très) rares !

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  9. ce n’est pas l’apanage des familles aux origines mélangées cela dit. Vaut mieux pas assister aux repas de ma famille à moi, assez franco-savoyarde et dont je suis avec un brin de compassion, le vilain petit canard gauchiste.J’évite aussi d’y laisser traîner mon rond de serviette.

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  10. « ma mère la suisse »

    « Les immigrés »

    « Les poissons sont des cons »

    « le pays qui dort »

    etc…Michel Bühler.
    « Les salauds »

    « la chair à saucisse »

    etc…Sarcloret
    Les vrais trésors de la Suisse…

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