Mis en avant

dégâts des eaux

Il faut choisir entre le champagne pour quelques-uns et l’eau potable pour tous.
Thomas Sankara

J’ai le plaisir de vous annoncer ce jour, la sortie de mon polar « dégâts des eaux ».

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Bonne lecture

tgb

Pas le physique

On a dit pas le physique. Discrimination. Préjugés. Cacophobie. Tout ça…
On a dit pas le physique. Trop facile. T’es qui pour t’ériger en arbitre des élégances ?
On a dit pas le physique. Depuis quand la politique est un concours de beauté ?
On a dit pas le physique. Les critères esthétiques étant totalement arbitraires, les canons de beauté étant parfaitement subjectifs, voire culturels, voire sociaux.

Et puis tu t’es vu quand t’as bu ?

On a dit pas le physique.

Et comme l’affirme René Char « Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m’intéresse pas »

Et comme l’écrit Marcel Proust « Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination ! »

Oui d’accord. Oui, la beauté du laid à la gueule gainsbourienne, oui la grâce dans la belle disgrâce, oui quand dans le quintal assumé pointe la légèreté, oui quand dans la surcharge pondérale transpire son intelligence gironde.

Et d’abord quid du bellâtre lisse à 50 000 euros le budget coloriage ?
Quid du tout plié dans la soie qu’il est frais mon poisson relooké botoxé ?
Quid de la Lolita photoshopée à la beauté plexiglass ?

Bon pas le physique…
Mais quand même !

Quand on voit ça, cette brochette de têtes de cons à la pensée pure porc.
Quand on voit cette France rance, moche, moisie, sournoise, aigrie, frustrée, étriquée
dans la haine de soi vers la haine des autres. Quand on sent bien que tout ça respire pas vraiment l’intelligence, ni l’altruisme, ni l’ouverture d’esprit, ni l’imagination créative, ni l’épanouissement personnel…

Pas responsable de la tête qu’on a d’accord, mais au moins de la tête qu’on fait.

Et là on voit bien que c’est fermé de l’intérieur. Que l’extinction des feux c’est 24/24.
Que les neurones n’ont pas été aérés depuis la dernière lettre anonyme sous Pétain ou Darmanin. Qu’il y a plus de vivacité dans le regard d’un doryphore, plus de bienveillance dans un poteau tricolore. Que la finesse est en berne, que la générosité est en deuil, que l’esthétique est à chier.

De belles têtes de cons oui !
Des têtes à la Deschiens, sans une once de tendresse.
De la vraie beaufitude vraie, garantie non halal.

Et la beauté intérieure monsieur le donneur de leçon, monsieur loyal du maintien et des bonnes manières, hein la beauté intérieure ?

Ben oui la beauté intérieure bien sûr… mais normalement la beauté intérieure, si elle existe, elle devrait poindre sous la tronche de gros bourrin. Quasimodo et son humanité qui perce la monstruosité, Eléphant man et son – je ne suis pas un animal, je suis un humain comme les autres…-

Oui la beauté intérieure…

Et peut-être que madame « La FRance au francés » a de très beaux intestins.
Et peut-être que monsieur « Zemmour mon amour » à un gros colon séduisant…

Va savoir…

Question : la laideur rend elle con et méchant ???

ou ne serait ce pas l’inverse ?

Etre con et méchant rend il laid, vilain, hideux ?

A cette question sans réponse je répondrai provisoirement comme Robert Sabatier :

« Le racisme est une manière de déléguer à l’autre le dégoût qu’on a de soi-même. »

Et ça se voit !

La forme, c’est le fond qui remonte à la surface.

Donc,

Oui le physique !

tgb

Rigolez rigolez vous verrez…

Rigolez rigolez vous verrez…

Qu’elle nous avait balancé l’intendante du collège derrière ses lunettes austères, la mine toute flétrie, alors que nous, les pions au bout de la table du réfectoire, on se piquait un fou rire à propos de je ne sais trop quoi !

On était jeune et beau, on se fichait de tout dans l’arrogance de nos 20 ans, on avait toutes nos dents et tout l’avenir à bouffer, trousser, inventer, changer.

Rigolez rigolez vous verrez…

ça avait jeté un froid parce qu’on n’avait pas trop compris, ce que cette sinistre sentence, un brin menaçante, signifiait et ce qu’elle faisait là comme un cheveu dans notre mauvaise soupe de cantoche.

On s’était regardé perplexe et puis on était parti finir notre fou rire ailleurs.

On avait appris plus tard que la dame en question, avait perdu son mari d’une rupture d’anévrisme quelques années auparavant puis son fils victime de cette même fatalité.

Rigolez rigolez vous verrez…

On comprenait un peu mieux le contexte et comment les drames de cette dame l’avaient finalement aigrie et comment ses tragédies lui rendaient insupportables la légèreté d’autrui

Jusqu’à la maudire, se l’interdire presque.

Alors on a rigolé, rigolé et puis on a vu. On en a pris plein la gueule, on a perdu nos dents, nos cheveux, nos illusions, nos amis, nos amours, on s’est perdu de vue, on s’est perdu tout court…On est mort ici, on est mort là, on a enterré des gens, on s’est enterré avec, on s’est ressuscité quand même et on a continué de rigoler, rigoler et de voir venir, d’être léger dans la profondeur, d’être frondeur dans l’adversité, d’avoir l’intelligence du désespoir et l’ironie de la désespérance. On a rigolé encore, jaune, vert ou bleu, grincé, grimacé devant le néant, nez en l’air.

On n’a jamais empêché personne d’avoir 20 ans ni interdit le rire qui va avec.

Si je comprends parfaitement combien les drames humains peuvent lester les âmes et alourdir le coeur, je n’ excuserai jamais les censeurs de la vie, les accablés du destin, qui finissent par interdire toute insouciance et reprocher aux autres de respirer et d’y voir comme une provocation à leur renoncement.

La souffrance des uns ne doit rien infliger aux autres.

Avons nous encore le droit d’être déraisonnable au delà de toute raison ?

Alors oui aux Buttes Chaumont soudain, en pleine pandémie, en plein confinement, en pleine contrainte sanitaire, en pleine idéologie hygiéniste, des mômes se mirent à danser, comme l’on danse sur un volcan, comme l’on s’expose sous les bombes, comme on s’éclate sans y penser, comme on profite d’un spasme d’existence et d’une ivresse spontanée dans l’immortalité toute illusoire de ses 20 ans.

Ils s’en battaient les couilles !

Et soudain l’ordre moral de dégainer son « rigolez rigolez vous verrez… » et son arsenal juridique et sa chasse au cluster et sa morale bourgeoise de pique assiette en loucedé.

Je suis bien conscient que le Covid n’est pas là pour rigoler.
Je suis bien conscient qu’il est tous les jours des drames humains et des putains de tragédies.
Je suis assez lucide pour savoir qu’il est des précautions individuelles à prendre dans l’intérêt collectif.

Mais je sais aussi qu’on n’est pas sérieux quand on a 17 ans.
Qu’on ne doit pas être sérieux quand on a 17 ans.
Et que si on est sérieux quand on a 17 ans, c’est qu’on est macronard.
C’est qu’on est macromort. C’est qu’on est macrochiant et qu’on est macrovieux.

« Et qu’il vaut mieux gâcher sa jeunesse que de ne rien en faire. »

Et je sais aussi que je me battrai jusqu’à mon dernier souffle, derrière mon masque de zombi, (et quelque soit leur légitimité) contre les formules verrouillées, morbides et fatalistes des pisse froids, des affligés, des tartuffes, des anéantis et des morts vivants.

Rigolez rigolez vous verrez…

Vous ne verrez rien du tout, rien d’autre que l’écho de vos rires enlacés.
Vous ne verrez rien d’autre que le jaillissement du vivre malgré tout.

Rigolez rigolez vous verrez…

Qu’au delà de toute douleur, il vaut mieux rire de tout plutôt que de pleurer sur soi.

tgb

La becquée !

Samedi dernier, je fais la queue à ma boulangerie. Avec mon masque, dans la distanciation sociale physique réglementaire.

Soudain, une jeune fille derrière moi, genre étudiante, mal à l’aise, empruntée, un peu honteuse, me désigne les sandwichs alignés et me demande tout bas et maladroitement si je peux lui en acheter un. Elle est au bord des larmes. Elle demande sans vraiment oser demander. Sans insister. En s’excusant.

Ce n’est visiblement ni une petite nana défoncée au crack, ni une de ces petites mendiantes exploitées par un de ces réseaux du business charité, et d’ailleurs au fond qu’est ce que ça change ?

Je lui demande quel sandwich elle veut ?
D’une voix mal assurée elle me dit en chuchotant :

-… au jambon…
– avec fromage ? j’insiste…
…oui…– elle dit timidement, craignant d’abuser.

Elle est fuyante.

Je lui offre le sandwich, qu’elle prend en remerciant, à peine audible, les yeux baissés. Comme humiliée. Elle sort rapidement de la boutique.

A l’intérieur de la boulangerie, tout le monde est bouleversé. Le client suivant, très ému, me remercie. Le boulanger déclare mi accablé mi blasé : – ça fait de la peine. Il y en a plein comme elle. Ce monde est sans pitié –

En rentrant chez moi je me dis que j’aurais pu lui offrir un gâteau, une boisson en plus…

J’ouvre mon ordinateur, je tombe sur une déclaration d’ Elisabeth Borne, ministre du travail ; de gôche il va de soi, comme tout le démontre :

«  Ceux qui proposent un RSA jeune ne répondent pas à ce dont les jeunes ont besoin: gagner leur autonomie en accédant à l’emploi »

Voilà, la prochaine fois que je croise un jeune qui crève la dalle je lui répondrai ça, que ce dont il ou elle a besoin, ce n’est pas de recevoir « la becquée », c’est de gagner son autonomie en accédant à l’emploi !

ça lui remplira le ventre.

Inutile madame Borne de vous dire tout mon mépris.

Je sais que parfois la politique est un sale métier. J’ai la confirmation avec vous, qu’en plus, on peut le faire salement.

tgb

La cordée

Il y a bien des années, j’ai fait quelques courses en montagne avec mon père.
Une demi douzaine de 4000 sur les 82 sommets répertoriés dans les Alpes.

Non, pas le Mont Blanc.

Même à Paris, je garde le pied montagnard. Je reste savoyard.

Sur toute l’approche des sommets, dans la progression sur glaciers, ou ce qu’il en reste, on s’encorde. Le premier de cordée fait la trace, dans l’horizontalité ou la pente. Le principe en est simple, deux personnes ou plus, 8 maximum, s’ accrochent à une même corde pour sécuriser la progression, prévenir la chute, à corde tendue.

Le principe même de la solidarité.

Cette technique est là pour prévenir avant tout l’effondrement du pont de glace et se retrouver englouti par une crevasse ; d’éviter d’aller vers les sommets et de finir dans les abysses. Cette démarche, dans la marche, c’est surtout assurer celui qui fait la trace, qui prend le risque. C’est donc fort logiquement plutôt le second qui assure le premier.

Dans la verticalité c’est autre chose.

En rocher, l’ascension se fait en tirant des longueurs. Le premier ouvre la voie, sécurisé par le second, installe les points d’ancrage, (pitons, mousquetons, sangles…) assure le relais, là ou la corde coulisse, puis sécurise le second qui récupère le matos et ainsi de suite. Chacun, à tour de rôle, assurant la progression de l’autre et sa sécurité.

Dans une cordée dite réversible, le premier et le second sont parfaitement
interchangeables. Comme au paradis, le dernier devenant le premier et vice versa.
Ainsi celui qui progresse est assuré par celui qui est en point fixe en alternance jusqu’à la cime.

On peut y voir une métaphore.

Le premier de cordée n’est donc pas celui qui tire les autres. S’il ouvre la voie, équipe la parois, assure son groupe, il est aussi assuré, sécurisé par le groupe. Chacun étant ainsi responsable de l’autre en interdépendance.

On coopère.

Non, le premier de cordée n’est pas celui qui réussit, puisque le but de la cordée est précisément de réussir ensemble. De vivre et de survivre ensemble et même, dans la cruauté de la discipline, de mourir ensemble. L’un des encordés quand il dévisse, pouvant entrainer l’autre ou les autres dans sa chute.

On vit, on survit ensemble, ou on meurt ensemble.

Heureusement la cordée sauve bien plus qu’elle ne tue. Chacun sécurisé par l’un sécurisant l’autre.

Philippe Descamps

La seule réussite du premier de cordée, du guide, sur sa corde raide, c’est que les suivants de cordée dans leurs quêtes du sommet, en reviennent vivants ou survivants, vainqueurs ou pas du fascinant inutile.

tgb

Trêve des confineurs

Affr’euses, affr’eux, ceci est le billet 1000

tout rond.

Y’’en aura sans doute d’autres
à l’occase. de temps en temps
si j’ai quelque chose d’irrépressible à dire

sinon non.

Sur ces 1000 « posts » pas de quoi rougir
pas écrit trop de conneries durant ces 14 ans !

Fut une période, il y eut jusqu’à 1000 lecteurs par note
on tourne aujourd’hui plutôt à 200…

pas si mal…
à défaut de la quantité reste la qualité

Je ne vous souhaite rien de spécial pour 2021
ces temps-ci vaut mieux avoir le voeu économe
mais le coeur y est et la rage tout autant

et depuis que le masque a tout bien démasqué
c’est les yeux dans les yeux que ça se joue…

et allez comme disait l’excellent Jean Carmet


La seule arme qui m’intéresse c’est le

c’est notre LBD à nous…

à la votre…

tgb

Ce que je n’ai rien à dire

Il faut bien reconnaitre que depuis que ceux qui ont quelque chose à dire
s’autorisent à le dire on commence sérieusement à apprécier ceux qui n’ont
rien à dire et qui ont l’élégance de la fermer.

Ça nous fait des vacances.

Je n’exclus pas qu’il y ait des gens qui aient plein de choses essentielles à dire
et qui, par fatigue, ironie, paresse, ou jmenfoutisme se les gardent pour eux
tout en n’en pensant pas moins.

On a bien assez de livres à lire.

Ces temps-ci j’exècre particulièrement ceux qui beuglent sur tous les tons
et sur tous les plateaux (repas) qu’on ne peut plus rien dire

tout en le disant effroyablement.


Les – je suis Charlie – qui interdisent les – je suis pas Charlie – à l’ouvrir –
les MichelOnfrayMieuxDSeTaire…qui visiblement ont mis au goût du jour
le fait qu’il était de bon ton de péter à table par la bouche.

C’est vrai que ça manquait.

Tant d’années à se contraindre du refoulé fait indubitablement
que dès qu’ils l’ouvrent ça refoule sérieux du goulot.

Moi honnêtement je n’ai plus grand chose à dire. Mais j’en profite encore
pour le dire.

Ce que je voulais dire, je l’ai dit et pour résumer ça consistait essentiellement
à dire que le fascisme peut venir sous un forme cool et sympa, qu’il ne
klaxonne pas avec une petite moustache pour prévenir et que le
totalitarisme peut prendre bien des aspects, les mieux adaptés, les plus
séducteurs pour nous la mettre bien profond.

Ce que j’avais à dire et je l’ai dit 1000 fois c’est que le capitalisme
préfèrera toujours le fascisme à l’humanisme, Lepen à Mélenchon,
et que la bourgeoisie – et ce que j’entends par bourgeoisie c’est ce
gras confort à pas trop déranger les couches de crasse de la tête – a
toujours un macron de rechange qu’il déguise en fonction des
circonstances, des modes, des tendances et qu’il peut être féminin,
vert, métissé, homo, trans…qu’importe le genre ou le non genre tant qu’il reste
aux ordres et dans le cadre.

Tout à sa fabrication du produit, du profit et du consentement, le capitalisme détruira tout jusqu’au dernier arbre, spéculera sur tout, jusqu’à la dernière goutte d’eau, salopera tout jusqu’à à la dernière bouffée d’oxygène, marchandisera tout, jusqu’à l’amour, la mort et notre humanité, parce que telle est sa nature profonde et indécrottable.

Ce que j’avais à dire et que j’ai dit cent fois, c’est qu’aucun changement vital et radical ne se fera dans l’angélisme, avec des fleurs autour et que face à la violence sociale, policière, culturelle, médiatique, morale, et qui appelle, bien décomplexé de la gâchette, à tirer dans le tas, seule la violence populaire et légitime peut être redoutable.

Ce que je voulais dire et que j’ai dit dix fois c’est qu’aujourd’hui on peut
encore à peu près dire, tant qu’on n’est pas entendu, qu’on reste confidentiel
et que même ce confidentiel finira par être interdit sur les réseaux
sociaux, sera fliqué dans les rues, espionné au téléphone, filtré, fiché, algorithmé,


mais qu’on trouvera toujours une combine pour le dire parce qu’on peut pas s’empêcher et que de la contrainte nait la créativité et donc la liberté.

Ce que je voulais dire et je vais le dire une fois c’est qu’en tant que professionnel
de l’expression et de la prise de parole, durant 30 ans j’ai écouté, entendu des
gens parler, faire du bruit avec la bouche, ressasser du blabla, enfiler du souverain
poncif et du lieu commun, jusqu’à ce que parfois, dans ma somnolence,
mon oreille soudain se dresse à l’écorce d’une parole, à l’aspérité d’une pensée
même maladroite, même rudimentaire et qu’il n’y a que celle là qui me parle
encore.

Ce que je veux dire aussi, c’est – que le silence est un moment du langage ;
que se taire, ce n’est pas être muet, c’est refuser de parler, donc parler encore
…-

comme l’exprimait Jean-Paul Sartre qui aurait parfois mieux fait de se taire.

Enfin, ce que je tiens à dire ici, c’est qu’à force de nous confisquer
le langage, d’abuser la rhétorique et les images,

d’anéantir le lexique ou de le travestir, bref à force de nous désarmer les mots, il nous faut maintenant penser

à armer nos silences…

tgb

Le blues du poisson rouge

Je rêvais d’un autre bocal. Je rêvais qu’un autre bocal soit possible.
Tout en remplissant mon bon de sortie du bocal, j’avais bien intégré
qu’hors la bocalisation mondiale, il n’était point d’alternative.

Tout juste une alternance.

Celle de choisir tous les 5 ans ma façon de tourner en rond dans l’eau,
de choisir mon sens giratoire, de droite à gauche, de gauche à droite,
de penser en rond, sur moi, en moi, autour de moi, sans jamais sortir ni du cadre
ni des confins du bocal, tout juste à me demander, pourquoi il y avait un bocal plutôt que rien, tout juste à me demander, si j’étais la goutte d’eau dans la mer ou la mer dans la goutte d’eau…

tandis que le chat-peau melon veillait :


Tout ce qui était interdit d’interdire…

dis, crois tu que Dieu existe – disait mon co-locataire de bocal ?
– bien sûr – répondais je – sinon qui changerait l’eau du bocal ? –

Mais de quel Dieu s’agissait il ? du sien ou du mien ?

Ainsi occupions nous notre temps de poisson domestique, de poisson domestiqué,
tout bocalisé du bocal, à nous battre dans le bocal, à nous contester le peu d’oxygène que la grande Oxygénation (qui en consommait 90%) voulait bien nous tolérer dans le bocal, tout en nous conduisant à nous oxygéner sur la dose de l’autre…

et tandis que le chat-peau Melon surveillait


…devenait obligé d’obliger.

Mais dans le coin de mon bocal, je me débocalisais. Et je me répétais

– faire péter le bocal pour enfin respirer –

Et j’ explosais mon bocal et m’éjectais loin du bocal
jusqu’au lavabo au moins, à me faire un siphon d’enfer, à nager dans les tuyaux,
les canalisations, les canaux, loin, loin si loin du bocal…

jusqu’à la mer…

promise !

tgb

photo 1 : Danièle Atala

Hervé

Tu voulais pas dormir, jamais. Tu trainais tes nuits dans l’alcool.


Comme si tu savais déjà, craignais déjà qu’un jour, qu’une nuit tu t’endormirais pour ne pas te réveiller. Tu brulais ta superbe humanité consciencieusement en fumées, en nuits blanches sensibles en ivresses diverses et variées et généreuses. Je n’essayais même pas de t’en dissuader. Parfois je les partageais, souvent je les abrégeais, te laissant finir seul, ta nuit Quincampoix, à massacrer ton coeur en sursis. A vivre ta vie tout en densité.


Tu avais le désespoir joyeux, léger, amical et tellement séducteur, gentiment cabotin des fois. Tu étais un grand acteur, un immense acteur qui avait pris son temps pour devenir grand, pour bien s’incarner pour bien se jouer. Je t’ai vu triompher sur scène, dans Festen à Annecy avec cette magnifique présence faite de force et de fragilité enfin reconnue.

On avait des projets qui ne se montaient jamais. On avait des conversations qui n’en finissaient pas. On avait des absences qui nous faisaient nous retrouver d’évidence et poursuivre. nos errances verbales, nos connivences.


T’étais venu chez moi, dans les Alpes, j’étais allé « chez toi », à Saint Raphaël,
sinon on était parisien, toi de Lyon, moi de Savoie. Tu étais mon ami depuis trente ans.
Depuis ces séances de stress partagée dans des stages de com.

La dernière fois que je t’ai vu, à l’automne je parlais des années à venir, tu avais eu un geste las du genre…- tu sais les années à venir, moi…- Je ne me doutais pas qu’il ne t’en restait même pas une…


Et puis ce coup de téléphone à la fin de l’été, comme un coup de poignard me laissant sidéré, orphelin, amputé de toi, de ta fraternité sensible et délicate. Je n’imagine même pas effacer ton nom de mon répertoire.

Je vais conserver tes messages pour te garder encore un peu égoïstement près de moi.
Ces derniers messages où tu me disais avoir joué un prêtre à Saint Eustache dans un court métrage.

Je t’avais donc demandé avec un brin d’ironie – priez pour moi mon père – tu m’avais répondu – c’est fait ! – Je ne savais pas encore que ce serait dans cette église Saint Eustache que c’est nous qui « prierions » pour toi des sanglots plein le corps et l’âme.

Qu’est ce que tu vas me manquer frérot ! qu’est ce que tu vas nous manquer Hervé !

TGB

L’écologie de confort

Une touffe d’herbe sur la tête et la gargouille capitaliste se donne comme un air de punk à chien. C’est une de ces ruses que le bloc bourgeois dans sa perversité funeste manie à la perfection. Se travestir superficiellement, s’acheter la panoplie tendance, pour se perpétuer et continuer à se bâfrer sur la bête.

Il faut admettre que l’oligarchie a l’échine souple et l’art du camouflage façon caméléon. Elle garde toujours dans sa manche, un autre Macron plausible à peine reverdit, un autre Flanby vert et inoffensif, un autre ultra centriste compatible avec tout, le marché, ses noires milices, son nouvel ordre mondial, son Europe verrouillée.

Elle conserve toujours une de ces rustines, un de ces avatars greenwashisé
à l’occase, avec des morceaux de « durable » et « d’équitable » dedans. Un de ces produits pseudo nouveau mis en vente à grand renfort de pub, dans les rayons de son supermarché mondial.

Ainsi donc le bloc bourgeois, dans ses villes bourgeoises sait parfaitement recycler, renouveler son clergé servile en petits hommes verts pourquoi pas, concédant de la piste cyclable pour mieux vendre ses bagnoles. Le flux vaguement vert d’hier, n’étant qu’une tactique de plus. L’écologie en son égologie, sans rupture radicale
ne restera à jamais qu’une bonne conscience de confort, une sale manie.

Comme dirait Chico Mendes° – l’écologie sans lutte des classes est elle autre chose que du jardinage ? -° La question elle est vite répondue.

La bonne nouvelle malgré tout, est que la marée abstentionniste d’hier, semble démontrer que la population lambda ne se fait plus guère d’illusions sur ce simulacre de démocratie en tenaille et plutôt que de faire semblant de changer tout pour rien, elle préfère visiblement plutôt planter des choux…

En prévision sans doute du prochain confinement.

tgb

° activiste brésilien, assassiné en 1988 dans sa lutte pour préserver l’ Amazonie, reprise par Eduardo Galeano : La ecología sin lucha social es jardinería

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