L’homme à l’oeuvre

Il est assez rare d’aimer autant l’oeuvre que l’homme.

Il se trouve que l’artiste peut être fascinant, son oeuvre éblouissante et l’homme au quotidien parfaitement gerbant ou méprisable.

En ces temps confus et maurassiens, il est bon de rappeler qu’aimer l’écriture de Celine, le cinéma de Polanski n’impose heureusement pas d’apprécier la personne.

L’homme n’est pas l’oeuvre, comme Lolita ou Alice au pays des merveilles n’est pas la pédophilie.

On peut avoir de l’admiration pour le génie et du dégoût pour le personnage.

L’homme comme l’oeuvre évolue. Il a ses ombres ses lumières, ses périodes lumineuses et ses médiocrités.

J’ai été foudroyé par l’Extension du domaine de la lutte de Houellebecq avant que ses romans suivants ne me tombent des mains puis me foutent la gerbe.

J’ai un immense respect pour l’humanité et la pudeur de JMG Le Clezio mais j’avoue n’avoir jamais réussi à finir un de ses romans.

Si un créateur a tous les droits, celui de transgresser, de déranger, de fantasmer, de manipuler, de violer, de tourmenter…d’exprimer sa monstruosité et de la sublimer, l’homme en revanche a des devoirs et son statut d’artiste n’excuse en rien ses comportements civils.

On peut être un génie et un con.

Il ne s’agit pas d’être un honnête homme pour être un grand créateur.

Un chef d’oeuvre ne se fait pas avec de bons sentiments, la vertu ne fait pas la grande littérature, pas plus que l’histoire du monde.



Il faut du vice. Il faut du sale, il faut de la cruauté, de l’amer, de l’acide, du miel et du sucré peut-être mais ni du mielleux ni trop de sirupeux.

Il est assez rare d’aimer autant l’homme que l’oeuvre.

Pourtant ça arrive.

Aki Kaurismaki.

Le personnage est attachant, simple, fondamentalement humain, authentique, brut, honorable mais pas lisse, associal mais fraternel, désespéré et drôle, charismatique et détaché.

Si l’homme engagé est à la fois taiseux et bavard, son oeuvre n’est ni pontifiante, ni démonstrative ni chiante. Elle a la politesse de la poésie, d’un esthétisme décapant, froid, parfois clinique mais finalement d’un noir profond et léger.

Burlesque.

Ce n’est pas par hasard si la dernière apparition du magnifique Pierre Etaix est dans « Le Havre » l’avant dernier film du finlandais.

C’est justement le côté sombre et radical, de l’homme qui rend les films de Kaurismami si lumineux, si espiègles.

Il a le point de vue moral, jamais moraliste ou donneur de leçon, plutôt taquin.

Kaurismaki aime la musique, aime les images, aime les gens, les acteurs, l’amour, la clope, l’alcool, la vie quoi, et c’est pourquoi sans doute il la fuit et la transcende.

Comment l’homme Aki, comme le créateur Kaurismaki connait la grâce de faire de tant de laideur quelque chose d’aussi beau ?

Peut-être l’évidence rare d’être homme et artiste tout en un.

tgb

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Les poubelles de l’histoire

La politique est l’anecdote plus ou moins sale de l’histoire – Salvador Dali

L’histoire frappe rarement à notre porte. On est plus souvent à la subir qu’à la faire. On se laisse la plupart du temps porter ou avaler par le torrent des jours dans l’impuissance politique et la passivité, même indignée, des évènements.

Mais il se trouve que parfois des hommes sont au bon endroit au bon moment et qu’ils ont la possibilité folle de tordre l’histoire, de s’en emparer et de changer le cours des choses ; non seulement d’en être l’acteur mais le réalisateur même.

Quand De Gaulle rompt avec sa famille politique, avec Pétain, son parrain militaire, avec son milieu son monde sa tradition légitimiste et part, non pas se planquer à Londres, mais résister en n’étant rien ou si peu, condamné à mort, déchu de sa nationalité, avec le risque probable de ne jamais refoutre les pieds dans son pays, il faut croire en sa démesure, avoir une conviction en acier et sans doute une audace instinctive tout autant qu’irrationnelle liée à un égo surdimensionné, bref s’élever au niveau du héros, en dessous des dieux mais au dessus des hommes, pour se projeter dans le grand destin.

Il n’est évidemment pas donné à tout le monde de sauter dans l’inconnu avec toutes les chances ou les malchances, malgré son courage ou sa vision, de sombrer dans le néant, de disparaitre dans les soubresauts troubles de l’épopée.

Si, entrer vivant dans la légende tels Mandela, Gandhi, Castro ou Arafat reste exceptionnel, en sortir tragiquement en y laissant très vite sa peau tels Guevara, Moulin, Sankara ou Luther King en marquant de leur empreinte le roman national et la postérité est déjà un exploit, il est surtout plus fréquent de finir victime anonyme et sacrifiée d’un Panthéon illusoire, soldat inconnu d’une mythologie que l’on n’imprimera pas.

Bref au jeu des péripéties, des furies et des intrigues, s’il n’est pas simple d’accéder à la cour des grands hommes, il suffit d’un peu de veulerie et de médiocrité pour grimper en rampant sur le piédestal branlants des François de Rugy et autre minable.

A chacun son envergure.

Tout ça pour dire que Tsipras eut l’opportunité d’entrer dans l’histoire en la fracassant (un peu) et y renonça totalement pour finir par gérer en petit administrateur pragmatique et conciliant le désastre grec et le désespoir des grecs, rajoutant même à son malheur (et au notre), comme Benoît Hamon ( dans une moindre mesure) eut l’occasion d’exploser la fabrication programmée des dernières élections en rejoignant les Insoumis et en ouvrant un véritable possible avant que de signer sa reddition et d’acter sa petitesse à 6%.

Attention je ne dis pas que sauter dans le grand vide de l’ l’histoire est facile. Je ne sais pas ce que je serais capable de faire face au mur de la destinée et dans le vertige de l’hybris. Ce que je dis c’est que certains hommes confrontés à un moment propice du réel deviennent immenses et d’autres demeurent petits, voire rétrécissent.

Pour Tsipras et Hamon l’affaire est entendue. On sait ce qu’ils valent à l’échelle de la plus ou moins grande histoire et l’on sait aussi que le facteur de cette histoire là ne sonnera pas deux fois. L’histoire ne repasse pas deux fois les plats ou alors comme l’écrivait Marx , si l’Histoire se répète, la première fois, c’est une tragédie, la seconde une comédie…

Ces deux personnalités sont peut-être des personnes estimables, sympathiques, humaines, gentilles avec les enfants, douces avec les animaux et éventuellement sincères et convaincues, ils ne sont simplement pas des personnages du grand roman humain, pas à la hauteur des grands déchaînements historiques.

Il y a les nains, il y a les géants, ceux qui sont faits pour les petites histoires, les arrangements, les compromis pourris et ceux qui sont destinés à la grande, se transcendent, se subliment, s’arrachent à leur condition, à tout risquer quitte à tout perdre.

Dans l’instant effroyable des grandes décisions, il n’y a de place ni pour les velléitaires ni pour les pusillanimes.

Même juchés sur des poubelles, les timorés de la petite histoire ne font pas la grande.

tgb

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Les indiens des grandes prairies…

« Les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts. » Henry Kissinger

Les indiens des grandes prairies avaient installé leur campement au coeur de la ville, tout près de la rivière. Ils avaient érigé leurs tipis faits de bâches, de plastiques et de briques sur des palettes en bois récupérées ça et là.

Réfugiés des grands espaces, des horizons là bas ou d’ici, loin de leurs ancêtres et des grands esprits ou si proches, les migrants du réchauffement climatique, les exclus économiques, les réfugiés politiques, venaient se les geler dans ce territoire tempéré, modéré, de la start up nation où l’on privilégiait ceux qui avaient tout en culpabilisant, exploitant, méprisant ceux qui n’avaient rien.

On les laissait crever de froid, de faim et de désespoir vu que c’était leur choix, leur liberté que de mourir dans la rue, sous une porte cochère, dans un abri de sans fortune, hérissé de piques d’acier et de tessons de verre, et que chaque homme dans ce monde libéral libertaire avait après tout bien le droit de vivre mais surtout de crever comme un chien.

Dans ce pays civilisé, où l’argent ruisselait, on se faisait un devoir de respecter leur volonté d’être né quelque part et de n’être rien ni quelqu’un.

Les indiens de tous les pays y compris du mien, attendaient résignés l’assaut de la cavalerie comme à wounded knee, en se serrant les uns contre les autres pour conjurer la peur avec pour tout drapeau leur peau et leur dénuement.

Les indiens d’ailleurs et d’ici avaient l’insigne courtoisie de mourir par centaine discrètement et d’être ramassés à la pelle par leurs frères de misère et de voirie au petit matin blême.

Les indiens de la terre mère, les expulsés du profit, les nouveaux sauvages du nouvel ordre mondial et de la néo-barbarie, les derniers de cordée, les premiers des Mohicans qui seraient bientôt des milliers des millions à errer, à se clochardiser moderne en toute urbanité, commençaient à former cette cour des miracles, cette armée de gueux en haillons, faite pour effrayer le voisin enjambant sans les voir les cadavres pétrifiés avant que de traverser à gué dans les clous.

Les indiens des grandes prairies et des terrains vagues, les femmes et les enfants, les improductifs, les malades, les vieux, toute cette horde de sans noms, de sans dents, tous ces pestiférés et autres détritus, les déracinés aux pieds nus, les losers de la vie, les perdants de la ville, expérimentaient sans le savoir le lent et subtil génocide un par un de la déshumanisation marchande, avant que de connaître l’euthanasie programmée.

Les indiens des grandes prairies avaient installé leur campement au coeur de la ville des néo-yankees, tout près de la rivière infecte et polluée entre deux tas d’ordures.

Ils méditaient pensifs et incrédules sur cet étrange eldorado qui leur claquait la porte au nez tandis que s’effondrait sous leurs yeux, une civilisation.

tgb

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La cabane au fond du jardin

Depuis la nuit des temps, les gouvernements successifs tapent sur les classes moyennes avec une imagination sans bornes qui fait la fierté de nos grandes écoles d’administration française : clopes, essence, péages, gaz électricité, tva…

que tant de créativité justifie amplement de faire tant d’études. 


Dans l’impossibilité évidemment de taper sur les intouchables classes dominantes, vu que nos gouvernants sont élus avec leur pognon et se trouvent être leurs domestiques, et de racketter les plus pauvres, puisque par définition ils n’ont pas un rond, ils s’appliquaient à rogner le peu de gras des citoyens juste au dessus de la ligne de flottaison.

Mais ça c’était avant.

La grande nouveauté et j’oserais dire, la grande modernité de la bande à Macron c’est que, sans vergogne, tout en continuant de faire les poches du français lambda, elle s’attaque à la misère en lorgnant sur les pièces jaunes.

Gratter 5 euros d’APL par ci, tandis que l’on octroie mille Euros aux députés pour se loger et 40% d’augmentation aux maires des grandes villes, et 3 euros de retraite par là, tandis que l’on supprime l’ISF aux nantis, soit par exemple pour l’exemplaire ministre Penicaud, 69000€ euros de ristourne, telle est la noble vision sociale du macronard décomplexé des bourses.

Il faut lire, ou entendre, les témoignages des petites gens spoliées dans les émissions de comptoir (et autour de soi), pour découvrir l’effet dévastateur de l’opération grattage.

– 4 euros sur mon allocation adulte handicapée

– Sur une retraite Arco de 25 € ils m’ont retiré 1 €

– Ma fille une bourse de 110€ et sans que sa situation ne change, on vient de lui enlever 30€ !!!

De cette mesquinerie misérable et méprisante au détriment des retraités dont on sait qu’ils votèrent massivement pour le jeune paltoquet arrogant, que dire, au delà de l’ignominie sociale, si ce n’est que l’opération est non seulement improductive mais totalement con.

Car loin des complexités du CETA, des lois liberticides et autre loi anti FAKE-NEWS… sans doute très abstraites pour la grande masse des citoyens, la taxation des petites retraites soudain se matérialise directement dans le panier des ménages et sur toutes les feuilles administratives que l’on dissèque avec stupeur.

Cette faute politique ravageuse, comme un coup de poing soudain à la gueule du petit peuple, ce véritable carnage social, ressemble à un incompréhensible suicide politique.

Et donc quitte à continuer dans la mesquinerie et tandis que l’on exonère le yacht, c’est avec une discrète opiniâtreté dans la saloperie que ce gouvernement totalement azimuté du réel s’attaque à la cabane de jardin.

On sait combien la tondeuse à gazon, la binette et le parasol sont des objets de luxe pour le jardin ouvrier et combien le clapier à lapins représente une marque de richesse ostentatoire. Dans cette folle dynamique imaginative on suppute déjà d’autres initiatives opportunes telles la taxation des sacoches de vélo, des caddies des petites dames au marché et du carton flambant neuf du sdf.

On se souvient, dans cette perspective grandiose des visionnaires du 21eme siècle, du coup d’éclat de la véranda à la Sarko. Si dans cet exemple précis, les deux politiques semblent antagonistes, en revanche on peut se demander pourquoi une telle obsession de l’appenti ou de l’abri de nains de jardins.

Cherchons pas, ça doit être le côté moderne furieusement jupitérien.

Et ce matin même, cette petite dame, qui me demandait si, avec sa bouteille de pétillant à 5,95 euros elle pourrait, pour l’anniversaire de sa petite fille, abreuver huit invités de sa petite famille. Lui avouant que s’ils picolaient comme moi huit bouteilles n’y suffiraient pas et devant sa pudique détresse, je lui offrais une bouteille supplémentaire.

Ma bonne action du lundi.

On se doute bien que ceux qui possèdent la moitié de la planète ne sont pas à 10 ou 20 milliards près, je ne suis pas certain que ceux qui nous dirigent savent concrètement ce que signifie au quotidien de regarder à 1 euro.

Quand on en est à taxer le cabanon du fond du jardin, nul doute que quelque part on a déjà les deux pieds dans la merde.

Pour Macron

ça pue déjà.

tgb

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Le pot de déconfiture

« Le spectateur ne trouve pas ce qu’il désire. Il désire ce qu’il trouve. » GuyDebord

Bon on se bouffe de la merde c’est une affaire entendue. Il y va de la nourriture comme de l’éducation ou de la santé…une pour les pauvres, une pour les riches, selon que vous pouvez vous offrir le luxe de manger bon et sain, ou que vous devez subir la malbouffe, l’empoisonnement à petites doses par le minerais industriel : la junk food, la daube.

Ensuite que le ministre des finances, le cuistre Le Maire fasse semblant de s’indigner de l’affaire Lactalis de celle là ou d’une autre après avoir supprimé 600 postes de fonctionnaires liés à la sécurité alimentaire – Trop de normes blablabla…trop de fonctionnaires blablabla…pas assez de compétitivité blablabla – les lobbies de la FNSEA et de la grande distribution, c’est à dire pour faire simple de l’agroalimentaire imposant leur loi ou plutôt imposant d’y échapper –

et que le macro-président au doux et double langageL’État fera toute la lumière sur l’affaire du lait contaminé de Lactalis et il faudra en tirer toutes les leçons…Il n’y aura aucune tolérance…car la sécurité alimentaire est une priorité…blablabla – s’empresse d’éteindre la lumière laissant en toute impunité les géants industriels continuer à appauvrir les paysans, défiscaliser leurs bénéfices et cerise pourrie sur le gâteau rassis, intoxiquer nos bambins – sang ou lait contaminé même réflexe délirant : L’infâme et les profits d’abord ! – 

Rien de nouveau à Tartufland !

Circulez y’a plus rien à voir : pensez printemps jusqu’à l’hiver prochain.

Et alors soudain le pot de Nutella.

Fait divers anecdotique mais signifiant que cette mini émeute liée à la pâte à tartiner et à tout déboiser en promo.

– Quand l’émeute montre la misère l’idiot regarde le #Nutella !

Comme l’écrit pertinemment JLM, le premier réflexe étant de s’alerter de cette ruée primaire vers l’or chocolaté non sans un soupçon de mépris pour cette foule en furie dans l’hystérie consumériste, il est bon d’analyser le phénomène sans forcément hurler avec les loups et le lire, comme le symptôme d’une pauvreté ordinaire, d’un pouvoir d’achat à trois euros près et du désir légitime d’offrir aux gamins un produit de marque à priori hors budget.

Oui il est toujours facile de se moquer face à l’hystérie collective du tout marchandisé, de ses victimes conditionnées, plus ou moins consentantes.

Alors, ressortir son Bourdieu, sa sociologie de combat, son déterminisme social, sa reproduction de classe…

dont acte !

N’empêche que si l’on doit chercher à comprendre, à analyser à expliquer froidement et non dans l’excitation du buzz, il est aussi une autre forme de mépris que celle de nier avec complaisance toute conscience, toute responsabilité à quiconque et ce quelque soit sa classe.

tous les pauvres ne se conduisent pas comme des porcs

tous les démunis ne se ruent pas comme des veaux

tous les damnés de la terre ne sont pas à ce point dépolitisés qu’ils préfèrent voter pour Jennifer surtaxée dans telle merde de téléréalité plutôt que d’utiliser gratuitement leur bulletin électoral.

Car respecter le peuple c’est aussi lui accorder sa part de connerie, cesser de l’infantiliser ou de lui trouver des excuses.

Nous n’en sommes pas encore aux émeutes de la faim, même si ces bousculades pourraient bien en être les prémices, et si une foule en est presque à s’entretuer pour du chocolat on imagine ce qu’il en sera pour une bouteille d’eau quand il fera soif.

Et c’est pour bientôt.

Dans cette misère culturelle, économique et sociale organisée, encouragée, théorisée, abandonnant leur statut de citoyen pour un statut de consommateur, que les gens luttent et s’usent pour du dérisoire tandis qu’on leur supprime sans qu’ils réagissent, l’essentiel (libertés, acquis, conquis, droits…) tel est bien le projet idéologique, la politique en kit de la classe dominante et d’imaginer à la vue des images la joyeuse frénésie dans les bureaux du groupe Ferrero (quelle pub !!! ) et le sourire de contentement de l’oligarchie à savourer tout à la fois la dernière cuvée de Mouton Rothschild et la subtile moelle de leur stratégie d’épuisement :

– ils sont des millions nous ne sommes que quelques uns tant qu’ils luttent entre eux ils nous épargnent beaucoup. Nous restons tout, ils demeurent rien.

Non, pas de révolution à venir tant que le neuro-marketing sert de religion et promet 72 pots de Nutella au paradis de chez Auchan, à moins d’offrir gratos du pur Orangina sur les barricades ou à défaut des fraises Tagada dans les isoloirs.

tgb

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Petite leçon de proxémie (ou donne moi ton cheval je te prêterai mon panda)

A l’heure où Jupiter maître du monde reçoit en toute simplicité en ses appartements versaillais, l’oligarchie transnationale et défiscalisée pour un pince fesses privatif, ou comment brader nos bijoux de famille aux copines et copains de chez Tina, petite étude proxémique en passant :

Puisque notre génie national, leader du monde libre et phare de la pensée thatchero-reaganienne moderne est le plus grand stratège que le monde civilisé ait jamais connu, analysons donc ce moment clef de la réception par le président de la république chinoise Xi Jinping, il y a quelques jours :

la poignée de mimines.

Nous noterons sans trop nous moquer que tout dans la verticalité assurée (et assertive dirions nous en comm) bien ancré au sol et sûr de ses appuis, c’est le modeste Xi Jinping, homme politique de seconde zone quasi anecdotique, qui impose l’espace, la distance et les rôles, lors de ce rituel à mains nues.

– Je te salue d’un bras tendu, d’une main ferme et je te pose mes conditions gestuelles et spatiales comme je poserai tranquillement mes exigences lors des négociations commerciales à venir. Tu ne viens pas coller ta main sur mon épaule et envahir ma bulle intime, on n’ a pas élevé les banquiers ensemble chez Rothschild, et tu ne me joues pas du bras de fer tout à la gonflette comme avec le zouave Trump à la mèche postiche rebelle.

Pour ce qui est de la plus grosse (start up nation) l’affaire est entendue : c’est moi le boss !!

Et notre jeune quadra jupitérien, PDG intérimaire de l’entreprise France à 30 milliards de déficit de balance commerciale avec la chine de bien capter le message comportemental et de ne pas trop se la péter pour une fois en faisant profil bas c’est déjà ça.

Bref en termes sémiologiques, ce cliché nous confirme que quand le leader jupitérien du monde libre sous tutelle néo-libérale offre un cheval à son homologue chinois, l’homologue chinois nous prête un panda.

tgb

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De Guignol à Notre-Dame-Des-Landes

Il se trouve que depuis que j’ai l’honneur et la joie de partager la vie d’une petite fille de 30 mois à ce jour (mais ça ne cesse de changer), je fréquente assidument les castelets de Guignol au parc des Buttes Chaumont.

Je dis les, car il y en a deux. L’un couvert pour la saison hivernale, mini théâtre à fauteuils rouges, l’autre découvert, avec bancs en bois rudimentaires pour la belle saison, tous deux prolongeant plus ou moins la tradition populaire.

Si, historiquement Guignol crée par Laurent Mourguet du côté de la Croix-Rousse à Lyon à longtemps été associé à la révolte des canuts, milieu de la soierie dont Mourguet était issu, la marionnette populaire n’a jamais été à proprement politique.

Guignol n’est pas un rebelle ni un révolté encore moins un révolutionnaire, c’est plutôt un petit malin, gouailleur, insouciant, à la fois courageux/poltron et bon vivant, cherchant plus à se la couler douce, entre bonne chère et beaujolais, tout en échappant à l’acariâtre madame guignol, qu’à changer l’ordre des choses.

Ni compétitif, ni ultra productif, s’il n’a pas de discours subversif, ce n’est en tout cas pas un modèle macronard mais bien plutôt le genre aujourd’hui à pointer au chomdu entre deux voyages aux Bahamas.

Bref, un rien.

L’heureux paradoxe fait que c’est la censure imposée par Napoléon 3 qui contraindra les troupes de ce mini théâtre oral à soumettre les textes par écrit et donc à conserver ce patrimoine.

Plutôt satire que politique, n’empêche, on se souvient tous dans les brumes de notre enfance dont on ne guérit jamais, que Guignol ne se gênait pas pour bâtonner le gendarme dans les éclats de rire et nous venger des pandores dans une vieille tradition saine et jubilatoire du « mort aux vaches ».

Mais aujourd’hui, dans le conformisme ambiant et la conformation prégnante, plus de coups de bâton sur la tête du brigadier, plus de Gnafron un peu trop porté sur la bouteille. Si l’on donne encore de la batte, c’est le gendarme qui rosse le vilain, s’il existe encore quelques interactions avec les enfants, c’est pour leur demander où est passé le voleur et dans un politiquement correct ravageur et aseptisé, pour il va de soi ne pas traumatiser nos petits, si le loup a toujours de grandes dents, il ne mange plus la grand-mère.

On a sagement par absorption du modèle dominant, bien dilué l’esprit frondeur, opportunément pactisé avec la maréchaussée, formaté l’imaginaire au projet sociétal ambiant.

Et c’est ainsi que j’en arrive à Notre-Dame-des-Landes, à la fabrication de l’opinion rapport au débarquement de Normandie de nos valeureuses forces de l’ordre, à nos honnêtes médias de référence et aux instituts de sondage, véritables auxiliaires de police préparant le terrain mental à l’intervention aéroportée et à l’élimination militaire définitive de ce petit village dissident retranché résistant encore et toujours à la rentabilité, au profit et aux conflits d’intérêts.

Il semble patent dans ce monde de connivence conscient ou intégré, qu’il est aujourd’hui de bon ton de bien désigner « le méchant » dés l’enfance pour mieux dénoncer « le dangereux marginal terroriste » à l’adulte un tantinet avachi du crémol.

Je ne saurais conseiller à quelqu’un d’un peu désoeuvré et en panne d’activité de bricoler d’urgence un castelet bariolé et de retrouver l’esprit guignol à grands coups de bâton sur les pandores aux ordres des maîtres du monde.

Il y a une place (de théâtre) à prendre (et des coups de matraque aussi).

tgb

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Le petit Cash Flow à sa moman

 “Notre civilisation : une jolie fille, pomponnée et maquillée, assise sur un tas de merde.”  François Cavanna 

Donc, dans notre jolie start up nation, de ce monde occidental particulièrement civilisé et corporate, il existe un « délit de solidarité ».

Je repose la formule là et vous la laisse apprécier « délit de solidarité ».

Cela veut dire que dans ce pays où la modernité le dispute à la performance, il est de votre devoir de laisser crever les gens de faim de froid de soif et d’enjamber les cadavres avec la bonne conscience d’un apprenti milliardaire aspirant miraculeusement au tout et craignant fatalement le rien.

On appelle ça l’humanité.

Donnez à manger à un réfugié vous deviendrez suspect, montrez lui le chemin vous deviendrez coupable, hébergez le et vous serez exécuté.

Donc, dans notre jolie start up nation, de ce monde occidental particulièrement civilisé et corporate, donnant des leçons universalistes au reste de l’univers, il est également interdit de se nourrir dans les poubelles.

Je repose la phrase là, afin d’en capter toutes les finesses humanitaires et d’en relire posément les subtilités : Il est interdit à un affamé de se nourrir dans les poubelles.

Donc, dans notre jolie start up nation, de ce monde occidental particulièrement civilisé et corporate, donnant des leçons universalistes au reste de l’univers et exigeant sur le champ d’être Charlie gentil ou ennemi méchant, un miséreux se retrouve avec moins de droits qu’un rat.

Il vous reste maintenant à expliquer à vos enfants dans une saine morale compétitive, individualiste tout en rentabilité financière et affective, qu’il est profitable de tricher, de plagier, de truquer les élections, de bidonner les reportages, de s’enrichir sur les licenciements et de finir ministre du travail, de ne pas payer d’impôts mais de profiter des infrastructures publiques, de renier sa parole, sa signature, de faire la guerre aux pauvres, de mépriser les faibles et de compatir aux tourments des riches audacieux, responsables, entrepreneurs, en serrant vos derniers chicots pour ne pas en faire partie.

Bienvenue au petit Cash Flow, dans ce monde marche ou crève aux valeurs renversés, ce monde sans pitié, sans amour, sans même de charité, où nous voilà ennemis jurés les uns les autres, tous désunis dans une somme d’individus carburant au mépris, à la suffisance et à la barbarie financière, où l’amour est un produit,

où « avant Airbnb, une chambre inoccupée à la maison était une chambre d’ami, et où c’est désormais un manque à gagner. » (Comité invisible)

Mais peut-être est-ce dans l’ensauvagement, en tuant l’humanité en nous et l’humanité tout court qu’on sauvera la planète du jeune Cash Flow ayant mis aux enchères dés 16ans les organes juteux de maman.

Restons positifs.

tgb

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La bonne résolution

De bonne résolution, ce matin de début janvier, et tandis que je me demandais ce que je pouvais faire pour la France,

et par exemple m’accrocher très fort

de tomber sur cette photo

et de me dire qu’au vu de la servitude volontaire de mes concitoyens touchés en plein coeur par le syndrome du larbin avec de la patasse toute consentante dans la tête et des histoires de maillon faible…

on n’ avait pas le cul sorti des ronces avant longtemps.

Voir dans l’allégresse générale tous ces gentils employés au rabais, aspirants milliardaires, marcher avec un enthousiasme docile dans le plan market tout fumeux du bon bwana de la start up nation superette en attendant de se faire virer pour faute grave – c’est à dire avoir mangé une gaufrette du paquet entamé par un client indélicat – ne me disait rien qui vaille.

Espérer du loto d’entreprise idéologique sa prime de noël

et le mini jack pot qui ambiancera sereinement, dans la jalousie et la frustration, l’esprit d’équipe du un contre tous et du tous contre un dans cette boite de merde où l’on se hait tous dont surtout un…

m’ouvrait comme de fâcheuses perspectives.

Alors pour ne pas commencer l’année dans cette sale désespérance, à renoncer d’emblée à l’humanité, la décence et l’honneur, admirer plutôt ces petits gars

affrontant à mains nues et pour la 133ème journée de grève, sans lâcher sans fléchir, l’une des pires et symboliques multinationales de la daube géométrique à obésité défiscalisée.

Alors voilà ce que je pouvais faire ce matin de janvier où le vent soufflait à renverser mes lauriers sur le balcon, écrire ce texte pour rappeler avec Brecht, le cul sur mon sofa,

que celui qui combat peut perdre, mais que celui qui ne combat pas a déjà perdu.

tgb

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Nos justes

Chacun est seul responsable de tous. St Exupéry

En ces fêtes de noël, je voudrais dire toute mon admiration et ma gratitude à ces montagnards qui montent au col de l’Echelle par -15C au secours des migrants. Je voudrais marquer mon respect à cette cordée solidaire qui sauve l’honneur et la dignité de ce triste pays, qui remet simplement de l’humanité dans cette France start-up, glacée et sans pitié, qui traite l’autre comme on aimerait dans cette situation, être traité.

Toute ma reconnaissance aux gens de la montagne qui ne se résignent pas à ramasser les cadavres au printemps, qui ne se contentent pas, indifférents, de ranger les gens errants, les pieds gelés, traversant les cols enneigés, les frontières d’Italie, dans d’abstraites statistiques.

Merci à ces villageois, à ces professionnels de la montagne, qui ont de commun avec les gens de la mer de connaître la cruauté de la nature, le danger des éléments et qui ne pouvant se résoudre à abandonner des frères humains, offrent un refuge aux réfugiés dans les règles élémentaires de l’hospitalité,

tandis qu’ailleurs un pauvre larbin tout à son objectif de résultat dans un monde toujours plus crétin et désincarné verbalise deux fois un SDF en 15 mn pour occupation abusive des trottoirs et pour quête.

Merci oui à ces femmes à ces hommes, dans ce monde où les riches sont monstrueusement trop riches

et les pauvres désespérément trop misérables,

qui sans faire dans la métaphore à 2 balles savent eux le principe même de la cordée.

On se sauve tous ensemble du premier au dernier, les uns assurant les autres, ou l’on dévisse tous ensemble mais pas l’un sans l’autre, pas l’un contre l’autre.

Personne ne se sauve au détriment des autres.

J’en profite ici pour cracher au visage de tous ces salopards encravatés mon mépris en leur déniant tout droit de parler à ma place.

Qu’ils assument au moins leurs saloperies et leur obscène indignité en leur nom propre ou sale.

Pour avoir gravi aussi quelques sommets de mes alpes chéries, je sais avec mes pieds mes mains, mes fatigues, mes épuisements, mes angoisses des séracs, des crevasses, des avalanches, des éboulis et mes ivresses des cimes et des copains, que même si seul l’on va parfois plus vite, ensemble assurément l’on va forcément plus loin.

tgb

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