On peut rire de tout (à condition que ce soit drôle) !

Si l’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui, selon l’expression de l’impeccable Desproges, si l’on DOIT rire de tout, de toutes les religions, de toutes les conditions, de tous les handicaps, des petits, des gros, des maigres, des riches et des pauvres, des belges, des français, des sénégalais et des chinois…, de l’autre et de soi,

si l’on doit rire de ce qui fait peur, de ce qui fait mal, de ce qui gène, de ce qui trouble, de ce qui nous dépasse, de nos angoisses surtout pour mieux les apprivoiser, les exorciser en exutoire, cette délicate politesse du désespoir, encore faut il que ce soit drôle.

On peut se moquer du physique, c’est le principe de la caricature, on peut se moquer du statut, on peut transgresser, on peut choquer, provoquer, mettre mal à l’aise, forcer la dose, charger, décharger, exagérer, décaler, décalquer, dézinguer, on peut faire dans le scato, (perso j’ai toujours eu un faible pour le pipi caca) dans la dentelle, on peut faire dans le grossier, le relou, on peut faire dans le cynisme, dans l’acide, le sarcastique, le grinçant, on peut se foutre des hommes, des femmes, des transgenres, des faibles et des puissants, de Macron et de sa dame, des hétéros burnés, des homos, des zamelles, on peut rire des vieux et des mômes, des bossus, des moches, des bellâtres et des Mimi Mathy, on peut se foutre de tout et de tout le monde dans la mesure où c’est drôle. et des fois ça l’est pas !

Exemple numéro 1 – le dessin de RISS à la une de Charlie Hebdo (je ne suis plus Charlie depuis Val) :

Il sue la haine, transpire le mépris, il fout la gerbe, mais le pire de tout, il n’est pas drôle ! pas même un sourire. Il n’a donc aucune excuse. C’est raciste et raté, c’est nul et c’est con : c’est de la merde.

Exemple numéro 2 – Sur le même thème avec à peu près le même message le dessin de Foolz :

C’est plutôt sans intention maligne, ça dit à peu près la même chose mais mieux, ça suinte pas la haine, ça pue pas du bec et du printemps républicain, surtout ça me fait marrer. c’est juste juste et juste drôle : C’est réussi.

A quoi ça tient ? à la nuance, à la subtilité des choses, au talent, à l’ intention, selon qu’elle soit malsaine ou pas, blessante ou pas, médiocre ou pas ? va savoir …

Chaplin disait privilégier toujours l’inspiration sur l’intention. Riss et ses potes à la dérive nauséeuse, en tout, cas feraient bien de méditer.

Ce qui fait que c’est drôle ou pas, réussi ou raté tient effectivement à pas grand chose. A une forme de légèreté dans la profondeur, de spontanéité travaillée, à tout un tas de paradoxes qui fait que ça tombe pile ou pas.

Et que ce soit grivois, myso, finaud ou pas, odieux, scabreux, crado ou pas n’est pas le problème.

Le problème c’est le contexte, avec qui quand comment sortir sa blague juive préférée, celle sur les arabes ou les gaulois, sur Hitler ou Staline et sur le dernier tsunami ou tremblement de terre aux 100 000 morts.

Le problème c’est que quand on touche à des sujets délicats, périlleux, sulfureux, en tension, en friction et que ça tombe à plat, ce n’est plus rigolo c’est juste fâcheux…

et facho.

tgb

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Un jour mon prince viendra (ou pas ) !

 S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu. (Cioran)

On dira ce qu’on veut, Walt Disney a beaucoup fait pour la famille royale d’Angleterre.

Si la fiction s’inspire de la réalité, la réalité ou du moins sa représentation dans son décorum, sa comm, et son emballage aura beaucoup emprunté à la fiction dans une sorte de tautologie autarcique, façon gentil dauphin qui se mord la queue.

On se demande même si d’une certaine manière ce n’est pas Walt Disney qui aura inventé les Windsor ou du moins notre perception de la chose.

Une famille Tuche endimanchée.

Si le mariage princier a beaucoup souffert de la mort de Léon Zitrone (pour les plus anciens) ou de la réincarnation de Stéphane Bern en Mr patrimoine du loto, il reste à n’en pas douter un archétype pseudo populaire vendeur, façon conte de fée/ma vie de merde et un puissant putaclic pour faire tourner la boutique à merchandising.

Le mariage de gens célèbres

comme inépuisable source d’infantilisation pour un public régressif, le pauvre toujours prêt à aider le riche, à acheter du chromo du kitch, à subir en boucle la mort de la maman de Bambi pour mieux oublier de penser.

jusqu’à la parodie

Pareil pour le parrain de Coppola. Evidemment que le roman ou le cinéma s’est largement inspiré du thème mafieux et de ses épopées familiales, mais l’on aura bien noté aussi que la mafia se sera largement nourrie du film, en récupérant les codes, les règles, les rituels scénarisés pour mieux se réinventer et rhabiller une mythologie bien plus triviale en réalité, vulgaire et médiocre que ce code d’honneur dans cette cruauté transcendée.

Oui La mafia doit beaucoup à Brando et à ses mouchoirs dans les joues.

De ce monde d’illusion ou le faux n’est rien d’autre qu’une affirmation assénée, ou l’ineptie, l’incongruité, le portenawak une assertion révélée, vient alors l’impossibilité de nommer les choses, de les conceptualiser et de mettre du sens dans l’histoire, ni même dans le story telling, autrement que par des éléments de langage.

Dans ce chaos d’images et de sons, ce fracas d’absurdités et de piètre théatralité, ce collage accéléré de faux, de vrais et d’autre chose, qui du réel ou de sa représentation fera la peau de l’autre ou s’en revêtira, qui gagnera au loto ou verra son prince venir ?

qui vivra sa résignation devant le carrosse de la télé ou rejoindra la grande marrée populaire pour tout chambouler ?

qui vivra ? qui verra ? ou ne voudra rien voir que les ombres sur les parois ?

Dans ce monde post moderne, confus et dégénéré, de ce mauvais spectacle organisé pour qu’il n’existe aucune alternative, ne jamais oublier que si l’on peut regarder passer le carrosse en projetant le vide de sa vie dedans, on peut aussi à tout moment le renverser.

Passer de spectateur à acteur…

Il suffit juste d’y penser.

tgb

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L’homme qui se plantait

Ainsi « …l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque… »

offrit en notre nom un chêne au grand chef glandu d’Amérique. Un de ces chênes que les chinois tronçonnent dans nos forêts en voie (comme le reste) de privatisation sous le regard ému de celui qui ferait mieux de retourner vendre du gel douche.

Ainsi, Jupiter, leader du monde libre et non faussé et fils à papa pelliculé fit donner de la pelle pour un planter d’arbuste symbolique et fraternel pour la postérité.

A peine le dos tourné et l’épaule époussetée du planton planteur planté, à peine la photo dans la boîte ou plutôt la start up nation et le chêne sans racines pour les générations futures sans avenir se déplantait et allait se faire replanter ailleurs.

incognito.

De l’influence colossale de notre fanfaron en globish, restait une trace jaune sur une pelouse verte

et une main au cul.

Dans les gares si on croise des gens qui ne sont rien, à la maison blanche aussi.

Celui qui n’obtint rien du grand crétin moumouté mais lui céda tout, d’Alstom à la prochaine guerre d’Iran, de l’augmentation de 35% d’argent magique à l’Otan jusqu’à la déclaration du ministre américain de la défense annonçant que le gouvernement français avait envoyé des soldats en renfort en Syrie, le Chicago boy, le young leader, l’apprenti maître du monde découvrait rétrospectivement qu’il comptait à peu près autant que du beurre de cacahuète.

même pas bio.

En sa panoplie de jeune manager moderne avec tableau Excel, le vieux réactionnaire à la pensée moisie utilisant des milices comme supplétifs, économiquement thatchérien, diplomatiquement atlantiste, illégalement élu et constitutionnellement disqualifié mais payant scrupuleusement ses croquettes pour chien finira expulsé d’une pichenette comme une pellicule sur un col de veston.

Celui qui vécut par l’image périra par l’image. Celui qui vécut d’arrogance finira humilié.

Je ne sais où je ne sais quand mais je sais que le petit Napoléon du jardin d’enfants, l’ado pharaon du Touquet redeviendra après une bonne branlée le petit morveux qu’il ne cessa jamais d’être après moult dégâts.

Qu’il se plante on s’en fout qu’il nous plante se paiera.

Et c’est pourquoi, le 5 mai nous nous ferons une joie de lui faire

                                              sa fête !!!

tgb

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Qu’un sang impur…

Chez les gens bien mis, on prend toujours soin de tirer des missiles en costume cravate. On a l’extrême obligeance de s’essuyer la conscience sur le paillasson avant que d’exploser la gueule de l’humanité à coups de bombes propres sur elles, subtilement chirurgicales, qui ont la délicatesse de frapper avant d’entrer.

C’est une marque d’hygiène élémentaire et de bonne éducation versaillaise.

Oui, chez les opportunistes à la carrière tirée à quatre épingles, on fait de la politique sans auréoles sous les bras. On a les valeurs propres parce qu’on n’a pas de valeurs. On a la parole impeccablement repassée. On change de conviction comme de slibard tous les jours et on passe à la machine sa signature histoire de pas trop puer la sueur.

On lave, on délave.

Non, chez les petits marquis tout poudrés, les aristos de l’ascenseur en chaise à porteur, on ne se permettrait pas de sortir sans cravate. On a l’argent sale peut-être mais la pochette assortie, on a l’opinion modulable mais le pli du pantalon strict et vertueux. Car rappelons le encore, le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler faire trimer les autres.

En revanche notons que chez les feignants d’en face, les grévistes, les activistes, les zadistes, les prolos, les gauchos, les riens, les punks à chien, les assistés, les incultes, la racaille, les pouilleux, les crasseux, les sans dents, les gueux…bref les nuisibles, on laisse toujours les universités occupées (insalubres depuis des années) dans l’état où on ne les a pas trouvées en entrant, après s’être adonné au sexe, à la drogue, à la prostitution et à la violence (tiens pourquoi pas à l’alcoolisme ?).

On a l’interview déboutonnée sans même donner du « monsieur le président », on a la tenue débraillée et forcément les idées qui vont avec, on souille, on pullule, on pollue, on pisse à côté, on ne fait pas là où on nous dit de faire :

On n’est pas fréquentable. On n’est pas respectable. On est sale.

Dans la bonne société où l’ordre de la femme de ménage exploitée mais startupeuse règne, on ne confond pas l’écologie bien peignée, bien rangée sur l’étagère du fond avec l’anarchie toute avachie.

On a le mépris, la morgue ou l’arrogance toujours bien épilé du maillot. On licencie en smoking, on expulse avec déodorant. On embastille les gosses peut-être mais avec l’haleine fraîche, on matraque sans doute mais toujours scrupuleusement manucuré.

On n’aime pas les chemises arrachées

On aime les chemises grises.

Oui, dans cette bonne bourgeoisie glabre, rasée de frais, on pratique la guerre au nom de l’humanitaire, on préfère la milice en uniforme plutôt que le juste hirsute, on donne de la charité mais jamais la justice, on libère ses sphincters au micro de radio bistrot pour mieux balancer du stéréotype sur l’opposant mal léché, mal lavé mal blanchi, mal élevé, mais sans mettre son doigt dans son nez.

Enfin faut voir…

Oui, chez les gens bien, on a l’idée crade certes, la pensée dégueu sans doute, la diarrhée verbeuse comme jamais, mais la mimine gantée et les ongles vernis. On fait semblant de disrupter le petit doigt en l’air. On jette de la menue monnaie du haut des balcons particuliers. On s’offusque du déboutonné pour mieux piétiner les blouses blanches entre deux blanchisseurs.

On baise les babouches ensanglantées avec distributeur. On privatise les profits, on socialise les pertes. ON vend, on brade, on récompense, on ristourne aux riches amis fraudeurs, on traque, on stigmatise on culpabilise le petit gratteur de rien. 



Leur morale n’a pas d’odeur. Celle qu’on nous inflige pue.

Ils sont purs, nous sommes impurs c’est une affaire entendue, tranchée, définitive et totalement récurrente durant les siècles des siècles, car plus c’est moderne et plus ça sent sa vieille lune.

Alors oui et pour en finir avec ce malentendu de la marseillaise, quitte à s’en prendre plein la gueule, à se faire insulter, cracher au visage par les bien nés, les cuillerés de la bouche en cul de poule, leurs valets, leurs larbins, leurs chiens policiers et leurs chiots de micro, qu’un sang impur, le notre, celui qui n’est ni de sang royal ni de sang bleu, abreuve à nouveau nos sillons.

Ce n’est pas à coups de pistolet à eau qu’on se fera respecter.

Puisque nous sommes affreux et sales, devenons enfin méchants !

tgb

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L’armée est dans le pré

Ainsi nos « va t’en guerre » réformés, qu’ont trop vu la télé,

de jouer aux petits soldats et de diriger, planqués, les grandes manoeuvres entre deux salades.

Dans la salle de crise, martial, le général Tapioca, de mener les opérations et d’envoyer les forces aéroportées affronter les légumes.

Bio

2500 militaires avec blindés, contre 200 joyeux jardiniers avec tracteurs, de surjouer la guerre et de singer quelque blockbuster hollywoodien pour mieux finir en navet pour dérangés bien rangés du bocage.

Et de les imaginer déplacer les petits drapeaux sur la carte et se projeter sur la ligne de front :

– chef, chef on vient de reprendre le poulailler et de faire prisonnier trois brebis dont deux avec armes de destruction massive.

– j’informe immédiatement le QG !!

Mais ne nous y trompons pas, ce ne sont pas trois cabanes inoffensives que cherche à détruire l’état de l’ordre capital, du flic et du fric, c’est bien toute trace d’alternative, de solidarité et d’entraide, toute idée de résistance et d’autrement. Les zones de non droit étant réservées exclusivement aux potes de l’oligarchie.

Et de parfaire l’offensive en faisant donner la troupe et la milice, la grenade dans les champs et la matraque fasciste dans les facs, sur les piquets de grève, dans les gares où l’on croise les riens, sous le regard énamouré de quelque retraité 68, de ces jeunes putains finissant en vieilles maquerelles à toucher leurs dividendes mérdiatiques.

Pas super bottom up la start up nation mais bien super has been à genoux dans la boue à défendre le vieux monde vermoulu qui craque de partout et la Tina ripolinée comme un camion qui fait le tapin.

Et le Maréchal Macaron dans sa panoplie immaculée d’aviateur frelaté de baiser les babouches de l’acronyme le plus abject de la planète, SMB,

de s’associer aux crimes de guerre du Yemen, aux coups de fouet donnés aux poètes,

à l’obscurantisme pétro-monarchique relooké par Publicis entre une pincée de sabre, une autre de goupillon.

Et le Maréchal Macaron, entre deux bisous à Sissi impérator, à Erdogan dictator, de s’indigner sur facture avec le marchand d’armes Trump de la Syrie sans preuve mais avec scénario et de s’offrir enfin son baptême de bombardement unilatéral en violant la charte de l’ONU comme un grand au risque de tout faire péter.

Lui faire sa fête le 5 mai au petit troufion de carnaval, au télévangéliste versaillais, au petit larbin des banques et des finances, à ce genre de trouduc tiré à quatre épingles qui adore faire la guerre avec la vie des autres pour mieux montrer son petit poing tout bushien.

tgb

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Le silence des oiseaux

Il y a encore aujourd’hui dans les campagnes chinoises comme une impression bizarre.

Un étrange silence.

Au début des années soixante pour lutter contre la disparition des graines de céréales mangées par les oiseaux fut instaurée par Mao une grande opération d’hygiène qui avait pour but d’exterminer les « quatre nuisibles » : moustiques, mouches, rats, moineaux.

Pour tuer les oiseaux, les paysans chinois tapaient sur des casseroles empêchant les moineaux notamment, de se poser et de se reposer jusqu’à ce qu’ils meurent d’épuisement et tombent du ciel comme des pierres.

Les autorités ayant juste négligé le fait que dans l’ écosystème (qu’on ne maîtrisait pas encore) les oiseaux ne mangeaient pas que les graines mais aussi les « parasites » le résultat ne se fit pas attendre : une recrudescence d’insectes, une invasion de criquets et un effondrement des rendements de riz.

Cette planification à courte vue, avant d’être corrigée, fit des dégâts considérables et fut l’un des facteurs contribuant à la grande famine chinoise où près de trente millions de chinois crevèrent de faim.

Aujourd’hui encore, 50 ans plus tard, dans les campagnes chinoises : le silence.

Ce silence est en train de gagner nos campagnes à nous, où, à ce rythme mortifère, bientôt nous nous passerons du gazouillis des zoziaux, du bourdonnement des abeilles sans plus de frissonnement des arbres.

Si le gouvernement chinois pêcha par ignorance et par logique absurde, nous c’est en toute conscience que nous participons à l’éradication de la faune et de la flore, de la bio diversité de nos campagnes, nous c’est par cupidité, sous le joug des lobbies, que nous organisons le silence des oiseaux.

C’est le printemps et l’on remarquera les pudeurs de gazelle du Niel-Pigasse de référence

pour ne pas lâcher le mot insecticide en sa une, en ces temps de fusion monstrueuse Bayer/Monsanto.

Le profit du poison, la rentabilité du médicament.

Face à cette extinction progressive et discrète notons l’indignation triste de notre tout vert Nicolas Hulot, l’homme qui ne recule jamais, s’en prenant courageusement au ministre de l’écologie, caution de la start up gouvernementale à tout manager qui pense et dépense le printemps avant de l’épuiser.

Une telle schizophrénie dans l’impuissance ferait presque peine à voir.

C’est le printemps et nos forêts en voie de privatisation, de marchandisation, d’attendre la grande faucheuse à pognon, l’impitoyable tronçonneuse à profit tandis que les pseudo castors bradent les barrages aux actionnaires et finissent de mettre en bouteille le liquide à dividendes.

C’est le printemps et alors que les matraques des milices fascistes bourgeonnent dans nos universités,

tout autant que les paroles embourgeoisées des « starlettes » appointées de mai 68 ralliées à la grande saloperie en marche, une député LREM propose de tirer sans sommation sur quelque écolo lanceur d’alerte, introduit dans une centrale nucléaire.

En ce printemps donc, le paltoquet de la globishonie se pique de sauver la planète en éteignant la lumière.

Pour rien. Pour mieux faire écran. Comme on joue à faire clignoter la tour Eiffel, les jours sanglants.

Il y a longtemps que dans ce monde disjoncté, la commémoration printanière muséïfiée permet de mieux tuer le vivant du printemps, d’éteindre les voix dissonantes

et le chant des oiseaux même pas rentables.

tgb

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La réponse est dans la question et vice versa

En termes de communication, vous avez tout une typologie de questions qui va de la question ouverte – que pensez vous de…

à la question fermée oui/non.

Entre les deux, en entonnoir, on trouve également la question semi ouverte ou semi fermée, genre, question de fait : qui quoi quand comment …que l’on mémorise avec ce truc mnémotechnique CQQCOQP,

la question alternative, qui certes offre un choix, mais pour le moins cadré

la question orientée qui induit le champ de la réponse …

jusqu’à la question rhétorique

qui elle n’appelle pas de réponse tant elle est inductive.



induction négative s’il en est.

bref, combien je vous dois ? ou est-ce que je vous dois quelque chose ?

si le sens de la question reste le même l’impact en est bien différent.

Il n’est pas de question innocente, toute interrogation véhicule du connoté, de l’implicite de l’influence plus ou moins.

Ainsi les sondages reposent sur des questions types qui se voudraient neutres mais dont les biais conscients ou inconscients voulus ou pas, influent largement le champ de la réponse.

choix des mots, dramatisation ou pas, tournures des phrases, occurrences, figures rhétoriques…


N’oublions jamais que l’objectif de l’institut de sondage est de satisfaire le client et donc de lui offrir clef en main ce qu’il espère.

Rien de plus facile donc que de manipuler l’opinion, fabriquer le consentement ou un président et ce n’est pas par hasard si les milliardaires

en plus de s’offrir les médias complètent leur panoplie avec des instituts de sondage.

Comment convaincre l’opinion publique ?

La méthode est maintenant connue, rodée, même un poil éventée :

Un sous ministre lance une idée moisie de réforme bien pourrie, des éditocrates bien larbinés – Cohen Aphatie Barbier…- reprennent l’idée en la vantant, un article élogieux parait soudainement dans quelque journal de référence, un rapport sur le sujet sort comme par enchantement d’un tiroir, puis un sondage trafiqué indique qu’une majorité de français soutient le projet et le tour est joué.

Exemple : la réforme de la sncf –

quand on pose une question fermée assez neutre

Avez vous une bonne image des cheminots ?

la réponse est sans ambiguïté

oui à 72%

On s’étonnera d’ailleurs de l’amateurisme de ce média en pleine crise d’honnêteté sondagière, car en principe si on pose une question fermée on prendra soin d’y mettre un avant propos un chouïa subjectif

ou de libeller la question de manière radicalement pourrie

J’en ai concocté une moi-même, testée sur un panel de 4 participants, échantillon parfaitement représentatif donc, et le résultat escompté ne s’est pas fait attendre

Dans mon florilège de questions bien tordues bien perverses, j’ai un petit faible pour celle ci :

ou comment, que vous soyez d’accord ou pas avec la réforme, vous devez quand même dire oui à la fin et pis c’est tout.

A ce stade d’acrobatie sémantique et de jeu d’influence, la réponse est tellement dans la question qu’elle n’a même plus lieu d’être.

Ma réponse est oui maintenant posez votre question – Woody Allen

En passant, je vous livre ce petit bijou où l’absurde le dispute à la poésie

Bref on nous sonde en nous enfonçant une carotte dans l’oignon bien profond.

Et me revient alors un extrait des Simpson…

Alors que le maire de Springfield en débat public propose de valider une décision fort discutable, il propose à son auditoire de crier

oui s’ils sont pour

ou

mort à l’Amérique s’ils sont contre

je vous laisse deviner le résultat de la concertation

tgb

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120 abattements (fiscaux) par minute

Donc Bernard Arnault, 4ème fortune mondiale et médaille en chocolat, gagne presque un smic par seconde.

hop un smic

hop un smic

hop un smic

etc…

et ne paie quasiment pas d’impôts.

Il y a 20 ans, 11 milliardaires français pesant 80 milliards figuraient dans le classement Forbes, ils sont aujourd’hui 88 à peser 570 milliards, multipliant leur fortune par 7 en 20 ans pendant que le PIB français ne faisait que doubler.

Devant tant d’absurdité et d’indécence certains milliardaires américains vont jusqu’à déplorer de ne pas payer assez d’impôts et ont décidé de ne pas céder leur entière fortune à leur progéniture.

Pour cet éclair de lucidité plus ou moins philanthropique, dont acte.

Il se trouve que pour certains autres milliardaires plus réticents à partager le magot et un poil chatouilleux de l’altruisme, un certain prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane, a trouvé une méthode assez radicale pour forcer un chouïa la main de ses nombreux cousins, enfermant une grande partie de la famille dans un hôtel de luxe sous l’accusation assez pratique de corruption, jusqu’à ce que chèque s’ensuive.

La corruption étant dans les pétro-monarchies obscurantistes une sorte de pléonasme, et le prince héritier à forte tendance djihadiste de nos bons amis, on notera que cela souleva assez peu d’indignation dans le concert des nations, d’autant que l’affaire permettait d’acheter pour quelques milliards d’armements aux puissances occidentales particulièrement soucieuses d’humanitaire.

Si l’accusation de corruption permet aujourd’hui de se débarrasser assez sournoisement d’un adversaire politique, voir comment le très très pourri et faisandé Temer au Brésil a su éjecter injustement Mme Roussef du pouvoir et confisquer la prochaine élection au détriment du très très populaire et si peu compromis Lula (lire l’excellent papier dans le monde diplo de l’ex président de l’équateur Corréa), elle n’en demeure pas moins un excellent prétexte à régler ses comptes par le truchement d’une justice à sa botte.

Une nouvelle forme élaborée de coup d’état.

Certes, me direz vous en référence au pétromonarque un tantinet abusif, est-ce le privilège d’une monarchie ( d’une l’oligarchie aussi ) que de faire à peu près ce qu’elle veut en son divin pouvoir.

On se rappellera comment Louis 14 prit ombrage de l’immense fortune de son surintendant des finances Nicolas Fouquet et le fit arrêter par Dartagnan avant que de s’accaparer son pognon.

Une forme d’imposition assez musclée pour le moins.

N’empêche le peuple étant également souverain, l’idée pourrait être creusée et à défaut de courir en vain tous les paradis fiscaux à la fois, être mise en application avec convivialité, sans même ressortir la guillotine.

Les temps sont ramollos, faut avouer.

C’est pourquoi à l’instar de l’immense penseur de bistrot de chez Drahi, Eric Brunet,

je me réjouis également d’avoir en notre beau pays quelques spécimens milliardaires bien dodus, qui enfermés dans un luxueux Ritz local, s’honoreraient assez rapidement et avec enthousiasme j’en suis sûr, de payer leur côte part dans l’intérêt général (disons les 9/10éme de leur fortune) ; le restant leur permettant encore amplement de jouer les généreux mécènes avec notre pognon et d’acheter avec de sympathiques subventions publiques tous les médias de France pour mieux chanter leurs louanges et cracher sur l’état providence qui les engraisse.

Oui je ne doute pas une seconde (hop un smic) qu’encarltonner ou qu’encrillonner nos 88 milliardaires jusqu’à ce qu’ils se soulagent d’une grosse partie de ce qu’ils nous ont allègrement siphonné, serait enfin une forme de ruissellement salutaire et légitime.

Il est évident que rapport au personnel dévoué des palaces, le service ne serait pas compris.

tgb

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L’homme à l’oeuvre

Il est assez rare d’aimer autant l’oeuvre que l’homme.

Il se trouve que l’artiste peut être fascinant, son oeuvre éblouissante et l’homme au quotidien parfaitement gerbant ou méprisable.

En ces temps confus et maurassiens, il est bon de rappeler qu’aimer l’écriture de Celine, le cinéma de Polanski n’impose heureusement pas d’apprécier la personne.

L’homme n’est pas l’oeuvre, comme Lolita ou Alice au pays des merveilles n’est pas la pédophilie.

On peut avoir de l’admiration pour le génie et du dégoût pour le personnage.

L’homme comme l’oeuvre évolue. Il a ses ombres ses lumières, ses périodes lumineuses et ses médiocrités.

J’ai été foudroyé par l’Extension du domaine de la lutte de Houellebecq avant que ses romans suivants ne me tombent des mains puis me foutent la gerbe.

J’ai un immense respect pour l’humanité et la pudeur de JMG Le Clezio mais j’avoue n’avoir jamais réussi à finir un de ses romans.

Si un créateur a tous les droits, celui de transgresser, de déranger, de fantasmer, de manipuler, de violer, de tourmenter…d’exprimer sa monstruosité et de la sublimer, l’homme en revanche a des devoirs et son statut d’artiste n’excuse en rien ses comportements civils.

On peut être un génie et un con.

Il ne s’agit pas d’être un honnête homme pour être un grand créateur.

Un chef d’oeuvre ne se fait pas avec de bons sentiments, la vertu ne fait pas la grande littérature, pas plus que l’histoire du monde.



Il faut du vice. Il faut du sale, il faut de la cruauté, de l’amer, de l’acide, du miel et du sucré peut-être mais ni du mielleux ni trop de sirupeux.

Il est assez rare d’aimer autant l’homme que l’oeuvre.

Pourtant ça arrive.

Aki Kaurismaki.

Le personnage est attachant, simple, fondamentalement humain, authentique, brut, honorable mais pas lisse, associal mais fraternel, désespéré et drôle, charismatique et détaché.

Si l’homme engagé est à la fois taiseux et bavard, son oeuvre n’est ni pontifiante, ni démonstrative ni chiante. Elle a la politesse de la poésie, d’un esthétisme décapant, froid, parfois clinique mais finalement d’un noir profond et léger.

Burlesque.

Ce n’est pas par hasard si la dernière apparition du magnifique Pierre Etaix est dans « Le Havre » l’avant dernier film du finlandais.

C’est justement le côté sombre et radical, de l’homme qui rend les films de Kaurismami si lumineux, si espiègles.

Il a le point de vue moral, jamais moraliste ou donneur de leçon, plutôt taquin.

Kaurismaki aime la musique, aime les images, aime les gens, les acteurs, l’amour, la clope, l’alcool, la vie quoi, et c’est pourquoi sans doute il la fuit et la transcende.

Comment l’homme Aki, comme le créateur Kaurismaki connait la grâce de faire de tant de laideur quelque chose d’aussi beau ?

Peut-être l’évidence rare d’être homme et artiste tout en un.

tgb

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Les poubelles de l’histoire

La politique est l’anecdote plus ou moins sale de l’histoire – Salvador Dali

L’histoire frappe rarement à notre porte. On est plus souvent à la subir qu’à la faire. On se laisse la plupart du temps porter ou avaler par le torrent des jours dans l’impuissance politique et la passivité, même indignée, des évènements.

Mais il se trouve que parfois des hommes sont au bon endroit au bon moment et qu’ils ont la possibilité folle de tordre l’histoire, de s’en emparer et de changer le cours des choses ; non seulement d’en être l’acteur mais le réalisateur même.

Quand De Gaulle rompt avec sa famille politique, avec Pétain, son parrain militaire, avec son milieu son monde sa tradition légitimiste et part, non pas se planquer à Londres, mais résister en n’étant rien ou si peu, condamné à mort, déchu de sa nationalité, avec le risque probable de ne jamais refoutre les pieds dans son pays, il faut croire en sa démesure, avoir une conviction en acier et sans doute une audace instinctive tout autant qu’irrationnelle liée à un égo surdimensionné, bref s’élever au niveau du héros, en dessous des dieux mais au dessus des hommes, pour se projeter dans le grand destin.

Il n’est évidemment pas donné à tout le monde de sauter dans l’inconnu avec toutes les chances ou les malchances, malgré son courage ou sa vision, de sombrer dans le néant, de disparaitre dans les soubresauts troubles de l’épopée.

Si, entrer vivant dans la légende tels Mandela, Gandhi, Castro ou Arafat reste exceptionnel, en sortir tragiquement en y laissant très vite sa peau tels Guevara, Moulin, Sankara ou Luther King en marquant de leur empreinte le roman national et la postérité est déjà un exploit, il est surtout plus fréquent de finir victime anonyme et sacrifiée d’un Panthéon illusoire, soldat inconnu d’une mythologie que l’on n’imprimera pas.

Bref au jeu des péripéties, des furies et des intrigues, s’il n’est pas simple d’accéder à la cour des grands hommes, il suffit d’un peu de veulerie et de médiocrité pour grimper en rampant sur le piédestal branlants des François de Rugy et autre minable.

A chacun son envergure.

Tout ça pour dire que Tsipras eut l’opportunité d’entrer dans l’histoire en la fracassant (un peu) et y renonça totalement pour finir par gérer en petit administrateur pragmatique et conciliant le désastre grec et le désespoir des grecs, rajoutant même à son malheur (et au notre), comme Benoît Hamon ( dans une moindre mesure) eut l’occasion d’exploser la fabrication programmée des dernières élections en rejoignant les Insoumis et en ouvrant un véritable possible avant que de signer sa reddition et d’acter sa petitesse à 6%.

Attention je ne dis pas que sauter dans le grand vide de l’ l’histoire est facile. Je ne sais pas ce que je serais capable de faire face au mur de la destinée et dans le vertige de l’hybris. Ce que je dis c’est que certains hommes confrontés à un moment propice du réel deviennent immenses et d’autres demeurent petits, voire rétrécissent.

Pour Tsipras et Hamon l’affaire est entendue. On sait ce qu’ils valent à l’échelle de la plus ou moins grande histoire et l’on sait aussi que le facteur de cette histoire là ne sonnera pas deux fois. L’histoire ne repasse pas deux fois les plats ou alors comme l’écrivait Marx , si l’Histoire se répète, la première fois, c’est une tragédie, la seconde une comédie…

Ces deux personnalités sont peut-être des personnes estimables, sympathiques, humaines, gentilles avec les enfants, douces avec les animaux et éventuellement sincères et convaincues, ils ne sont simplement pas des personnages du grand roman humain, pas à la hauteur des grands déchaînements historiques.

Il y a les nains, il y a les géants, ceux qui sont faits pour les petites histoires, les arrangements, les compromis pourris et ceux qui sont destinés à la grande, se transcendent, se subliment, s’arrachent à leur condition, à tout risquer quitte à tout perdre.

Dans l’instant effroyable des grandes décisions, il n’y a de place ni pour les velléitaires ni pour les pusillanimes.

Même juchés sur des poubelles, les timorés de la petite histoire ne font pas la grande.

tgb

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