Va comprendre, Charles…

A l’instant T de l’heure H du jour J, c’est à dire maintenant tout de suite, où 58% des français sont au bord de la révolte tout en plébiscitant à 79% d’opinions positives (Paris Match) le patron du FMI, garde chiourme de l’oligarchie mondiale, qui gagne 3 points selon Saint Ifop et en perd 7 selon Saint Ipsos, une telle schizophrénie mentale dans un tel bordel de chiffres me pousserait quelque peu à la circonspection.

Parce qu’un peuple confus au point de souhaiter à la fois le nouvel ordre mondial et la révolution, a, soit besoin de médocs de chez Servier et de toute urgence, soit joue à se rendre illisible aux experts de service et à lui-même. Symptôme s’il en est, que ça le travaille quelque part et qu’il nous couve quelque chose, entre fièvre et dépression.

Et ce n’est pas parce que la machine à fabriquer du DSK est portée à sa toute puissance que je risquerai un rond sur le mari de la speakerine à mohair.

A l’instant T de l’heure H du jour J où « la fille à Lepen » commence sérieusement à renifler le trou de balle de l’umps dans les sondages, le syndrome Balladurien/Jospin de l’affaire me pousserait à penser qu’à un an de la compèt finale, mieux vaut ne pas être champion toute catégories de l’entraînement à blanc et se la faire outsider plutôt que favori.

Toussa toussa me poussant à ne pas mettre non plus un jeton sur la prunelle de l’œil à Jean Marie.

Scénario 21 avril à l’endroit ou à l’envers, je n’en sais foutre rien et personne n’en sait plus que moi aujourd’hui.

Parce que la divination politique dans le marc à café du médiocrate qui se plante tout le temps et en fait des bouquins c’est bien gentil mais à l’instant T de l’heure H du jour J, c’est à dire maintenant tout de suite, où personne n’a vu venir 2 révolutions plus une demi douzaine en chantier, dont le Maroc, devrait nous inciter à la modestie chroniqueuse.

Ce qui n’a aucune chance d’advenir rassurez vous, sinon à quoi servirait le ménopausé de la tambouille électorale, Alain Duhamel, rentier de l’éditocratie tiède et servile.

Parce qu’à l’instant T de l’heure H du jour J, où l’on balance quelques millions à l’Otan pour chopper les clefs du parking à chars d’assaut et quelques milliards à Bouygues pour se construire un Pentagone à la française, on peut toujours se demander dans la cale de l’air force One en partance pour le G20 à quoi sert d’avoir les talonnettes plus grandes que les pompes quand on est juste en train de disparaître du radar international tout en misant sa réélection sur son envergure planétaire.

Et que je t’ultimatum du Gbagbo toujours là et que je te déclare la guerre au Mexique pour de faux, pendant que Mam et Pom, les Plic et Ploc de la politique papa maman, sont en voyage d’affaires et que le Boris Boillon, bulldozer officiel de la diplomatie subtile roule des mécaniques à Tunis.

Vaste foutoir.

Bref, dans la série j’analyse, je sonde, je projette, j’anticipe, pas sûr que la méthode power point l’autre pays du camembert, nez sur les sondages Opinion ouais…du visionnaire à vue basse soit hyper la bonne :

– mince ça baisse chez les vieux…envoyez du Pernaut

– zut y’a du mou chez les ploucs…inaugurons une usine à bouses

– fichtre y’a du malaise chez les cons…sortez moi du barbu

– diantre y’a du rififi chez les beaufs…trouvez moi de la meuf découpée en morceaux

Une certaine idée de la France.

Parce qu’à l’instant T de l’heure H du jour J quand on ne sait même pas de quoi sera fait la semaine prochaine, sentir ce qui va sortir de ce grand merdier est une sacrée gageure.

Une chose est certaine : l’histoire a forcément plus d’imagination que Christian Estrosi.

tgb

Le post sarkozisme

En 29 jours pas plus, la jeunesse tunisienne réussissait à chasser Ben Ali, là où des formations politiques, barbues incluses, s’étaient usées en vain durant des années de stérilité militante.

En moins de jours encore la jeunesse égyptienne, à coups de pierres et de comptes twitter, virait Moubarak, prenant de vitesse tous les acteurs de la vie politique locale et planétaire, donnant un terrible coup de vieux à notre gérontocratie de la pensée européenne, parfaitement ethnocentrée.

Et pendant que Mam et Fion… excursionnaient en toute oligarchie déconnectée du réel, entre deux réveillons, au-dessus des petites contingences populaires (chômage, misère, austérité…) avec ce talent visionnaire que le monde entier nous envie, les enfants du 3eme millénaire et de la culture du résultat, révolutionnaient dans la soute à bagages avec une redoutable efficacité.

Cette génération qu’on percevait hélas, comme dépolitisée, individualiste, futilement consommatrice, parfaitement résignée, semble avoir, en fonction même peut-être de l’air de son temps, l’insurrection méchamment organisée et performante.

Moins d’utopie sans doute mais question pragmatisme…

Nous voilà entrés avec fracas dans l’ère Wikileaks et ses nouvelles formes militantes et subversives. Et comme nous le montre la crucifixion du messager Assange, et malgré ceux qui minimisaient son véritable impact, son pouvoir de nuisance envers l’ordre établi semble maintenant incontestable.

Les jeunesses tunisiennes et égyptiennes ont propulsé leurs pays dans le 21ème siècle, armées de comptes twitter, de pages facebook, de caméras intégrées et de blogs, jouant à déjouer la cyber-censure et laissant sur place les propagandes de bistrot salement ringardisées de chez Jean-Pierre Pernaut.

Pour avoir ici en France, hanté quelque peu les manifs, meetings et autre AG, ce n’est faire injure à personne et surtout pas aux activistes de tout poils de dire que la force de frappe militante n’y est pas de première jeunesse et de me demander inquiets, où sont les nouvelles générations engagées ?

Et de craindre l’indifférence.

Or si les engagements politiques existent bel et bien, les formes d’agit prop et de mobilisation ont sacrément mutées.

Un exemple emblématique parmi d’autres, qui, une fois n’est pas coutume ici, force mon admiration enthousiaste : Le boulot civique et créatif du collectif Raspouteam : « Paris, Désordres Publics »

Un projet de Street Art basé sur la technologie des QR Codes

À travers 20 céramiques disséminées dans Paris, le collectif Raspouteam propose un panorama des désordres qui ont agité Paris : la Commune, l’Exposition Coloniale, Mai ’68, Malik Oussekine…autant d’événements marquants, inscrits enfin dans la mémoire urbaine.

Là où les autorités ont effacé toute trace des révoltes parisiennes pratiquant un Alzheimer motivé de l’histoire univoque, Raspouteam redonne du sens à des lieux où des évènements symboliques se sont produits en se réappropriant l’espace.

C’est de l’activisme à la fois créatif, technologique et concret, s’inscrivant parfaitement dans notre monde contemporain, s’emparant avec maestria des nouveaux outils et travaillant local dans un monde global à l’intelligence collective.

Tandis que les pouvoirs tout à leur propagande de riche contrôlent à grands frais et dans un confort peu propice à l’inventivité, les grands outils à fabriquer du consentement (télés, journaux, radios, sondages, éditocrates, réseaux sociaux institutionalisés…) les nouvelles générations s’emparent du siècle nouveau et de ses moyens de communication avec la force de l’imagination contrainte par les moyens dérisoires et avec ce temps d’avance dans l’inconfort productif de l’avant garde.

Cours camarade, le vieux monde est derrière toi …jouant à la belote au bistrot de chez Pernaut

Que notre pitre national soit réélu ou pas, nous sommes déjà entrés dans le post-sarkozisme.

tgb

De l’attentat kamikaze ou pâtissier

Une tarte à la crème dans la gueule, c’est toujours un peu vexant. Ça met du gras sur la cravate, ça fait des taches sur le Smalto. Ça te fait retomber le boursouflé au niveau du caniveau, ça t’envoie directe sa pensée toute maculée au pressing.

Ça fait des frais.

Une tarte à la crème dans la gueule, ça démystifie toujours un peu. Ça te situe le degré d’imposture du poseur onctueux. Ça te révèle la face burlesque du clown pompeux. Ça t’as un côté farce peu apprécié, on se demande, par le précieux ridicule, pas fairplay.

Le gag étant à l’égo, ce que l’émeute populaire est à la crème de Chantilly.

Un juste retour des choses.

Un entartage réglementaire reste donc salissant.

Pas aussi salissant que les diarrhées verbales d’un chroniqueur de bistrot

Pas aussi salissant que les insanités raciales pour ne pas dire racistes d’un « briseur de tabous »

Pas aussi salissant que le militant mépris fait à des plus bas que soi. Ça laisse pourtant des auréoles. Le genre de stigmates pour les cons méchants.

Mais que les pleurnicheurs scandalisés de l’attentat pâtissier se rassurent, le pompeux cornichon Zemmour, l’arroseur arrosé de la tartalacrème nauséabonde ne s’en sort pas si mal.

Il est des pays où on lui aurait pissé dessus.

Israël par exemple.

Ce pays exemplairement démocratique où, pour une pierre lancée, un gamin palestinien se prend huit mois de prison après s’être fait uriner dessus par la soldatesque tsahal. Le pipicaca n’étant pas forcément l’exclusivité de l’enfance et surtout pas des enfants qui en sont privés.

Car il ne suffit jamais pour l’occupant d’occuper, pour le dominant de dominer, pour l’oppresseur d’opprimer, encore faut-il bien humilier. Preuve à jamais indépassable de son omnipotence. L’abus de pouvoir restant le petit supplément bonifié de la domination.

L’humiliation, c’est ce que ressentit Mohamed Bouazizi quand il se fit gifler et cracher à la figure par la petite cheftaine du gouvernorat de Sidi Bouzid avant de lui confisquer sa marchandise. Encaisser la misère, l’injustice, l’arbitraire… ça on peut, tant qu’on peut. Mais survivre à l’affront…

C’est ainsi que Bouazizi implosa avant que la Tunisie n’explose.

Ce Même Bouazizi, que le manager Delanoë en plein zèle repentant soudain pour mieux faire oublier ses douteux silences ou connivences, cherche à honorer. Tout comme ce qui nous sert encore de ministre des affaires étrangères (et d’opposition) cherche à se refaire une piteuse virginité diplomatique sur le dos du Mexique à s’indigner de l’offense faite à Cassez, détenu de droit commun, alors qu’officiellement pour Salah Hamouri, détenu politique, le gouvernement français déclare : qu’il « n’appartient pas aux autorités françaises d’intervenir ou même de commenter les procédures judiciaires d’un Etat souverain ».

Putain d’hypocrisie, de deux poids deux mesures, quand il est dans ce pays, des innocents français plus innocents que d’autres.

Pour l’ensemble de son œuvre, dont le fond de commerce reste l’inépuisable haine de l’arabe, le pseudo moraliste Zemmour n’aura eu droit qu’à un attentat pâtissier.

C’est mieux que kamikaze.

Mais c’est pas cher payé.

tgb

Le peuple, ce pipole…

En 2000, dans le New Jersey, Jon Corzine, ancien PDG d’une firme d’investissement dépensa 60 millions de dollars pour se faire élire sénateur démocrate.

On compte aujourd’hui à la chambre des représentants et au sénat américains, un tiers d’élus milliardaires, démocrates ou républicains, contre moins de 1 % pour l’ensemble de la population.

Le tri social se faisant tout naturellement par le coût délirant des campagnes électorales.

En Grande Bretagne, alors que le gouvernement de coalition vient d’annoncer un plan d’austérité terrible et sans pitié envers les classes moyennes et les plus démunis, sabrant dans les dépenses sociales, les services publics ou ce qu’il en reste, le Sunday Times révèle que 18 ministres sur 23 sont millionnaires, dont David Cameron et Nick Clegg, deux fils à Papa assez peu concernés par les fins de mois difficiles.

Est il si compliqué de deviner quels intérêts ces privilégiés aujourd’hui servent et protègent ?

Puissants du monde entier unissons nous !

Et voilà comment s’impose une ploutocratie.

Et voilà comment quelques oligarques se retrouvent à 10 000 mètres au-dessus des masses laborieuses en fusion, trinquant à quelque tyran local dans des jets privés, en toute normalité.

Et voilà comment on inaugure un quinquennat au Fouquet’s et qu’on se retrouve à décorer tout ce qu’un pays compte de bailleurs de fonds d’un parti politique et d’un gouvernement mobilisé à mieux détricoter les lois sociales.

Pour se retrouver au final avec une indémodable politique de classe et de castes.

Pour faire simple : un pouvoir des riches contre les pauvres, tout à éradiquer par pure revanche historique, les quelques acquis conquis par des populations, pour y substituer, au mieux, une charité bien ordonnée.

Evidemment, si ces infos étaient balancées brutes de brut dans les journaux télévisés, ça ferait quelques remous dans les masses consentantes – même abruties par des années de pollution mentale, jusqu’à voter pour leurs propres prédateurs – qui comprendraient assez facilement l’arnaque et auraient comme une vieille remontée de rage.

C’est pourquoi il s’agit de bien canaliser cette légitime colère vers d’autres cibles : islamistes, immigrés, « assistés », multirécidivistes,…ennemis intérieurs et (ou) extérieurs, pour mieux la détourner des véritables enjeux d’une, osons les mots, guerre de classe.

Cette vieille rengaine infatigable et jamais disparue des dominants/dominés.

Sauf qu’après avoir voulu troquer du peuple contre du pipole, c’est paradoxalement le peuple qu’on croyait disparu qui se réveille, au Maghreb ou ailleurs et se réapproprie la Une de l’actu.

Le peuple est à nouveau tendance.

Méfiance ! ça pourrait être la dernière ruse d’un système marchand, qui à coup de révolution Jasmin ou Papyrus, refairait de ce peuple s’émancipant, saison 1 saison 2…, un pipole aliéné pour mieux le réapprivoiser et à nouveau le contraindre.

Ceci dit, ici ou là, en Europe et ailleurs, maintenant, la question n’est plus de savoir si l’insurrection viendra mais où et à quelle heure, suite à quel événement symbolique et cristallisant ?

Et qu’ici, ce soit Sarko le républicain ou Dsk le démocrate qui en fasse les frais n’a, pour moi, pas la moindre importance.

tgb

Photo 1 et 3 – Stéphane Le Garrec

L’avenir appartient à ceux qui sont jeunes tôt

La question n’est pas de savoir si telle ou telle révolution sera récupérée, corrompue, ou dévoyée vu qu’on sait d’expérience qu’elle le sera fatalement, que c’est dans l’ordre des choses, des menues contingences du réel et du monde tel qu’il va.

Il s’agit d’abord et avant tout de jouir de ce moment exquis où l’on brasse et redistribue les cartes, où l’on se délecte de voir quelques puissants autocrates du club très fermé de l’oligarchie mondiale, dont on mangeait dans la main la veille, se retrouver par terre c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau c’est la faute à Rousseau.

Il s’agit d’abord et avant tout de savourer, ce pur instant d’éternité, cette photo emblématique,

où la peur change de camp, où un peuple s’émancipe à mains nues.

La question n’est pas de savoir si telle ou telle révolution sera confisquée par les barbares barbus, islamo-fascistes et autres talibans. Encore faudrait-il savoir ce qu’est un islamiste, si un barbu ottoman a le même sens de poils qu’un moustachu arabe qui aurait la même pilosité qu’un perse hirsute.

Bref, comme s’il n’y avait pas quelques nuances entre le protestant ouvert et tolérant et l’évangélique régressif et fanatique, entre un chrétien démocrate et un catho intégriste.

Inutile effectivement de s’encombrer de ces subtilités quand on a pour fonds de commerce le choc des civilisations, qu’on pense tellement pileux qu’on voit tout en glabre et que si la presse Tunisienne faisait dans la finesse éditorialiste du « Point » par exemple, on verrait en une « le spectre fasciste ? » avec un dessin du Plantu local croquant une Marine Lepen nazifiée devant un clocher d’église en arrière-plan.

La question n’est pas non plus de savoir si « la France de demain » s’intéresse au monde qui l’entoure et si au-delà de sa semaine à 300 euros, vautrée dans un hôtel low coast de Djerba, la Tunisie ou l’Egypte à une réalité pour elle (ne parlons même pas du Yemen), puisque l’audience des JT a déjà tranchée.

Or la neige à Noël et les bouchons sur les routes des vacances, la France météo de Laurence Pujadas n’est curieuse de rien, ne s’intéresse à rien et surtout pas à ce qui aura directement une incidence sur sa vie quotidienne dans les années qui viennent.

Cette France moisie donc, toute calfeutrée et crispée sur ses vidéos surveillances, ses milices de quartier et son art de la délation se consacre à des projets autrement plus enthousiasmants, tels la réforme de la retraite, le plan de lutte contre l’Alzheimer ou l’inscription de sa gastronomie au patrimoine musée de l’humanité.

Heureuses perspectives.

A la petite boutique des marchands de peur, cette France là dans cette Europe là, d’acheter et de stocker ses peurs : la peur de la neige à Noël, la peur des bouchons sur la route des vacances, la peur de ses voisins pas comme nous, la peur du multirécidiviste de juge rouge et laxiste, la peur du bolchevik Melenchon qui ose traiter de larbin le journaliste de complaisance, la peur du Rom pas assez génocidé, du jeune de banlieue pas assez kärchérisé, du sportif antillais ne beuglant pas assez fort l’hymne national.

Non, le seule question qui vaille, c’est à qui appartient l’avenir ? Quelle société, civilisation ou culture immergée ou émergente incarnera le 21eme siècle ? Un peuple jeune, ayant faim de tout d’ouverture, d’avenir et de liberté enfin ou une population vieillissante, rance et sclérosée qui se ferme à tout, se replie sur son nombril, centre de rien ou de son propre vide ?

L’âge moyen de la France est de 40 ans.

L’âge moyen du Yemen est de 18 ans.

Faut-il faire un dessin (un dessein ) ?

La seule question qui vaille, c’est qui poussera le fauteuil roulant d’une Europe appauvrie, déclinante, à la mémoire défaillante et en état de dépendance physique demain ?

La réponse est dans la question.

Mon conseil du jour : les racistes, xénophobes et nationalistes décadents, incontinents sur leur fauteuil roulant, auront sacrément intérêts à être polis avec les jeunes immigrés qui auront encore l’amabilité de bien vouloir les mouvoir.

tgb

merci à Urbain et à Bachir K. pour les photos tunisiennes

<!– <!==

Une république irréprochable

Quand l’agitateur précoce inaugura le cycle du conflit d’intérêt tout décomplexé de la Rolex et de l’auto-augmentation, à s’épiler le maillot sur le yacht de l’ami Bolloré, il pensait pas à mal.

Il pensait que ça ferait de jolies photos pour les vieux jours, pour quand le dauphin Jean de l’EPAD, aurait repris l’affaire familiale et l’air force one qui va avec, un peu comme chez les Trabelsi ou chez les Moubarak. C’était bien tendance en ce temps-là.

Quand Estrosi ou Jouyandet se louaient à nos frais du jet à 150 000 Euros pour aller se torcher du cocktail dînatoire du côté de New York, ils pensaient pas à mal non plus. Pas plus que ne pensaient à mal, Christian Blanc fumant notre smic en havanes, Boutin et Proglio cumulant les salaires, Perol juge et partie se nommant à la caisse d’épargne ou Woerth plaçant sa dame en décorant du valet de pisse de Bettencourt.

Non ça pensait pas à mal, ça pensait pas faut dire. Ça dépensait surtout.

Ça s’auto-renvoyait de l’ascenseur, en haut en bas, sans même un pourliche pour le groom.

On était si fier de serrer la ceinture des autres.

Quand mme Bachelot ancienne salarié de labo achetait 100 millions de doses de vaccin H1N1 aux complexes pharmaceutiques, elle pensait pas à mal non plus. Elle faisait juste du préventif tout en déremboursant du médoc pour pauvre, tandis qu’on épinglait de la légion d’honneur à Servier et Wildenstein du premier cercle des joyeux donateurs tout dépénalisés des affaires.

Quand Kouchner faisait du droit de l’homme et du business deux en un dans quelque dictature birmane ou africaine, y pensait pas à mal non non, y regardait grimper sa côte de popularité pendant que la Christine promue en famille faisait son ménage à France 24.

Pensait pas à mal non plus Balladur touchant ses rétrocommissions subaquatiques, ni l’avocat d’affaires Copé, chef de groupe parlementaire jonglant avec son carnet d’adresses… Pas plus que Rama Yade faisant de la morale footeuse à trente mille euros les trois jours.

Non ça pensait pas à mal, sauf pour le bétail, les gueux, les Roms et la racaille avec ou sans papiers qui se prenaient du tonfa et du flashball pour moins que ça.

Et finalement, tout bien réfléchi, Ben Ali non plus y devait pas penser à mal quand il faisait tirer sur la foule avec du bon savoir faire de chez Hortefeux l’Auvergnat qu’une révolution ça va c’est quand il y en a plusieurs que…

Alors pensez bien que quand la pauvre Alliot Marie toute à ses vapeurs médiatiques et toute meurtrie, en quasi martyr de la révolution que les victimes de la répression à côté c’est du touche pipi, fait du covoiturage en jet privé pour s’économiser deux heures de bagnole, avec un milliardaire coassocié de tyran tout sanglant, jusqu’à l’hôtel, dont l’heureux propriétaire est, oh mais quelle coïncidence, le même industriel, elle pensait pas à mal non plus.

Elle devait juste calculer son bilan carbone avec le prince consort Ollier, sous ministre d’on sait pas trop quoi, pas même foutu d’ouvrir deux huîtres sans tout dégueulasser sa chemise à jabot.

Non non, tous, y pensaient pas à mal, ils avaient juste pris l’habitude de trouver ça normal, d’être entre bonnes gens, planant au dessus des lois, à faire payer les autres et à rien payer soi, en toute impunité et en toute indécence.

Sans amour propre mais ivres de leur propre amour sale.

Ils avaient juste oublié ce sentiment finalement pas si mal, qu’on éprouve nous à leur place :

La honte.

Non ils pensaient pas à mal et c’est bien ça qui fâche.

tgb

Dégage

Nouvelle variation insurrectionnelle autour du thème : « que se vayan todos » argentin et qui peu à peu, finit par se conjuguer à toutes les langues du monde pour devenir un cri universel :

Dégage !!!

Ce « dégage » que n’aurait pas renié Diogène dans son tonneau apostrophant le puissant lui faisant de l’ombre par un « ôte toi de mon soleil » rafraîchissant. Manière o combien désinvolte et imparable pour celui qui est riche de ne rien posséder de licencier d’un revers de la main, presque un SMS, celui qui a la misère de tout accumuler.

Ce Dégage !!! c’est l’être qui congédie (pour un instant au moins ) l’avoir.

C’est paradoxalement au moment même ou notre gouvernement franco-bushien, à la diplomatie néo con, parfaitement contre révolutionnaire et à la remorque de l’histoire, que le peuple tunisien avec ce zest de francophonie, redonne à notre France, une petite part de sa gloire révolutionnaire et lui restitue un peu de son âme vendue à la conformation mondiale.

Nous ne remercierons jamais assez la Tunisie pour cet hommage bien immérité pourtant à la France couchée de Mam et associés.

Considérons ce clin d’œil de l’histoire comme un éloge à la France éternelle, à cette certaine idée de la France plus grande que les français.

Qu’importe maintenant que le despote à la solde atlantiste Moubarak en soit réduit à faire taire Internet, puisque là où il est né, le téléphone arabe propage son cri libératoire : Dégage !!! Et quoi qu’il arrive demain, ce mot d’ordre ulcéré, aura résonné dans toutes les consciences des peuples humiliés.

Et tandis qu’à France 2, on se met au niveau de notre médiocrité diplomatique ouvrant son JT, sur le manque a gagner des « tours opérators » en Egypte, le vent de l’histoire passe sur les écrans d’Al Jazeera, nous reléguant à notre place enfin : spectateurs obèses et résignés de l’histoire qui va.

Tout soi disant maître du monde de G20 qu’on soit ou que l’on voudrait être, on ne peut à la fois célébrer une équipe de joueurs de baballe sur les Champs Elysées et prendre la mesure d’une secousse tellurique à notre porte. On a l’envergure et la vision qu’on peut.

Ce « dégage » donc, signifié aux derniers larbins de l’empire, fait enfin tomber les masques et c’est le président valet de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas qui téléphone à Moubarak pour exprimer sa « solidarité ». » et c’est le roitelet laquais de Jordanie de souhaiter à « l’Egypte, pays frère, la sécurité, la stabilité et l’essor » et tous de réserver déjà des suites au Hilton de Riyad, au cas où.

Ces despotes, remparts soi disant des barbus qui s’empressent de se réfugier au pays du fondamentalisme le plus régressif, bailleur de fonds du terrorisme et allié paradoxal de l’hyper démocratie yankee, une fois que la bise démocratique fût venue. Cette Arabie saoudite, maison de retraite des tyrans à la solde atlantiste.

Ce « dégage » qui laisse Israël cette « démocratie exemplaire », se satisfaisant si bien des potentats locaux qu’il lui envoie encore en urgence du matériel de répression massive, bien seul dans ses stratégies mortifères et qui risque fort à tout convoiter, tout annexer, rien concéder, de tout perdre.

Ce « dégage » enfin que devrait méditer la ploutocratie mondiale,, les agences de notation Fitch et compagnie, dénoncées à Davos et décorés à Paris, ainsi que les petites mains sales des cadres sups de la pensée molle et formatée made in TINA.

Ce « dégage » sous une forme plus familière ici,

qui tel un boomerang finira tôt ou tard par revenir dans la gueule de celui qui l’a dit.

tgb

Et sarkoflop et fiaskozy

Du premier cercle au dernier carré.

Par la porte de devant, Foutriquet moralise hop là, le capitalisme tout démoralisé en chasse neige à Davos.

Par la porte de derrière Foutriquet fait le paon tout en rasant les murs, devant son premier cercle de donateurs dans les caves de l’Hôtel Meridien.

Par la porte de devant, le modeste à pompons, tout à se re-re-re présidentialiser, donne de la conférence de presse G20 et de la taxe Tobin à qui n’en veut et pour ainsi dire personne dans l’incrédulité générale.

Par la porte de derrière Foutriquet de fanfaronner du biscoto et de racoler actif le compte anonyme du paradis fiscal qui n’existe plus du notable irréprochable, de ces 300 membres du club donnant donnant et corporate.

Et l’homme qui a tellement changé qu’il est toujours pareil, de se scandaliser des inégalités nord sud par devant et de l’ISF par derrière et tout en même temps avec cette duplicité tranquille du président de tous les français….de Neuilly.

Le président donc de tous les Français… riches, de ce 1% de la population concentrant le 1/4 des richesses du pays de faire de la retape devant le premier cercle du dernier carré sans plus d’éloge posthume sur nos chers disparus du chéquier : Servier, Bettencourt, Ben Ali, Bongo…

Et tandis que l’ancien trésorier Woerth excusé pour une gastroentérite de conflit d’intérêt se morfond du fusible, son remplaçant lampiste Dord, joyeux fonctionnaire libéral tout à sa ringardise, de vendre sa ville à la découpe et de faire des ronds de jambes obséquieux au dernier carré VIP qui paraphe en loucédé, on n’est jamais trop prudent, du virement préventif au gauchiste DSK.

Entendez vous encore cette vieille partition usée, cette rengaine d’ascenseur, faite de vanité et d’auto-insuffisance du pauvre pantin bravache laissé sur place par l’accélération de l’histoire et qui se fait sans lui ?

C’est sarkoflop et fiascozy les deux faces d’une même pièce de boulevard, qui ne fait plus rire que lui.

tgb

Le Barbier des barbus

Dès les premiers balbutiements de l’émancipation tunisienne, les agences de notation s’empressaient donc de dégrader la note de la jeune démocratie naissante, pour lui apprendre, cette leçon vaut bien une dictature sans doute, que la révolution c’est bien beau mais faudrait voir à pas perdre de vue l’essentiel : la liberté ç’est plus cher en emprunts que l’ordre policier.

ça leur apprendra à faire les malins.

Première branche de la tenaille.

Seconde branche de la tenaille, l’oligarchie–ploutocratie-technocratie et ses valets de pisse de l’éditocratie, de jeter en pâture les mots définitifs qui évitent de penser : terrorisme, islamisme et barbu.

C’est ainsi que les experts de la chose préemballée, les valets de pied de la grosse pointure, les proto facho façon Barbier, celui là même qui met de si jolies unes populistes à son si joli hebdo

(où sévit le Alain Duhamel du crobard tout Plantu se faisant fort de démasquer à coups de dessins qui puent le pseudo poujadisme des autres)

de nous balancer :

– Je veux la république. Si la république passe par la démocratie, c’est tant mieux, mais s’il faut parfois combattre les mécaniques démocratiques pour sauver la république…

Nous apprécierons les points de suspension.

C’est donc pour sauver la république des généraux d’Alger, que la caste à Barbier salua l’annulation des élections algériennes et la victoire du Fis : 200 000 morts.

C’est donc pour sauver la Palestine occupée que la clique à Barbier s’autorisa à combattre les mécaniques démocratiques en applaudissant à l’arrestation des députés du Hamas et au plomb durci. (Un Hamas largement instrumentalisé par Israël pour mieux se débarrasser du Fatah laïque d’Arafat.)

C’est donc, et à l’inverse, en ramenant Ben Laden et ses barbares barbus dans les soutes militaires que la bande à Barbier bouta le méchant communiste hors d’Afghanistan.

afghanstudentswww.jpg

afghanstudentswww.jpgLes femmes afghanes dans les années 70/80

les femmes afghanes dans les années 90/2000

Et c’est donc bizarrement, en éliminant un tyran certes mais laïque (et une partie de son peuple au passage), que les boss de Barbier mirent au pouvoir en Irak, du chiite islamique, tout en versant des larmes de croco sur quelque massacre chrétien.

L’instrumentalisation du « barbu » dans un sens ou un autre importe peu. Pas plus qu’importe que Ben Laden soit vivant, mort ou en bandes dessinées.

Ce qui importe avant tout c’est que l’on fasse entrer de gré ou de force, le réel dans le schéma préconçu : le choc des civilisations.

Sinon rien de changé : Plutôt Hitler que le front populaire. Plutôt Lepen que Besancenot. Plutôt Moubarak que les frères musulmans. Et les privilèges des puissants seront bien gardés.

Quitte à serrer la tenaille.

Qu’importe de laisser bouillir la marmite populeuse, du moment qu’on fout un bon gros couvercle dessus donc.

Sauf que dans les faits une opposition muselée se radicalise. Sauf que dans les faits, tels les chrétiens démocrates ici, un parti islamiste arrivé au pouvoir, l’AKP turque par exemple, se démocratise. Sauf que la Tunisie par exemple, échappe au modèle pré vendu. Et c’est bien ce qui dérange les petites mains sales du système.

Et de chercher laborieusement et de toute urgence, dans les rues de Tunis, de l’islamiste qui fait peur à défaut de burqa. Et les petits rentiers de l’islamophobie rentable, Zemmour à droite, Fourest à gauche, de nous prédire, de nous prévenir et probablement d’espérer, l’instauration de la Musulmanie bestiale dans les six mois à Tunis.

Oui, en oligarchie centrale ça commence à penser qu’une bonne dictature éclairée c’est quand même plus pratique qu’une vieille démocratie poussive. Que c’est stable. Qu’on gagne du temps. Qu’on fait l’économie d’une opinion publique qui sent des pieds. Que ça dit pas non à Lisbonne. Que ça bosse pour 2 ronds et que ça la ferme. Que ça aime la Bruni et que ça hait le Rom.

Et de regarder soudain le régime chinois avec envie.

Si, paradoxalement en Tunisie ce sont les militaires qui sont garants de la démocratie, ici c’est l’éditocratie qui commence à rêver d’une bonne dictature. A coups de Ben Ali plutôt que Ben Laden. A coups de AAA plutôt que de LEF (Liberté, Egalité, Fraternité)

Sauf que le Ben Ali et Laden sont les deux créatures du même système.

Sauf que le AAA est le bras armé de dame TINAAA.

A ce jeu-là, à ce rythme là, demain nous irons prendre des leçons de démocratie au Maghreb.

tgb

La révolution n’est pas une marchandise

Commencent à me bassiner grave, les résistants mondains de la 25éme heure avec leur révolution jasmin.

Ce besoin qu’ils ont, les parfumeurs de l’info, de nous les exhaler vendables, les insurrections populaires et d’en faire recta un produit calibré, à consommer sur place ou à emporter dans l’explosion florale.

La révolution populaire passée de toute urgence au Saint-Marc ménage et à l’air wick WC pourvu que ça sente bon, pourvu que ça sente rien, pourvu que l’odeur du sang et de la sueur populaire soit recouvert fissa par le déodorant Narta.

Oui commencent à me brouter sérieux les colorieurs d’images, et orange en Ukraine, et verte en Iran et des roses en Georgie, et de velours en Tchécoslovaquie, et des œillets au Portugal. A nous réduire en concept market le bottage de cul sanglant de quelque prédateur.

Ce réflexe marchand de tout édulcorer au numéro 5, d’ émasculer la chose pour mieux l’annexer et mieux la lessiver, pour bien la rendre inoffensive.

Cette tentative permanente du consumérisme et de l’ordre à tout passer à la machine à recycler et à enjoliver et à flouter la mort et à laver l’affront en dépolitisant pour mieux l’accaparer en produits dérivés : tee shirts briquets, préservatifs, mugs…

Un pays, c’est une marque nous la bave Seguela, le pubard momifié des années 80.

Un pays c’est un peuple nous a hurlé soudain la foule de Tunis, filant un coup de vieux aux modernes ringards calcinés aux UV.

La révolution française fut française, ni des cerises, ni du laurier en fleurs.

La révolution Tunisienne restera tunisienne, pas plus jasmin que fleur d’oranger.

N’en déplaise aux châtreurs patentés chargés de formater le peuple de la marchandise.

tgb