Le peuple, ce pipole…

En 2000, dans le New Jersey, Jon Corzine, ancien PDG d’une firme d’investissement dépensa 60 millions de dollars pour se faire élire sénateur démocrate.

On compte aujourd’hui à la chambre des représentants et au sénat américains, un tiers d’élus milliardaires, démocrates ou républicains, contre moins de 1 % pour l’ensemble de la population.

Le tri social se faisant tout naturellement par le coût délirant des campagnes électorales.

En Grande Bretagne, alors que le gouvernement de coalition vient d’annoncer un plan d’austérité terrible et sans pitié envers les classes moyennes et les plus démunis, sabrant dans les dépenses sociales, les services publics ou ce qu’il en reste, le Sunday Times révèle que 18 ministres sur 23 sont millionnaires, dont David Cameron et Nick Clegg, deux fils à Papa assez peu concernés par les fins de mois difficiles.

Est il si compliqué de deviner quels intérêts ces privilégiés aujourd’hui servent et protègent ?

Puissants du monde entier unissons nous !

Et voilà comment s’impose une ploutocratie.

Et voilà comment quelques oligarques se retrouvent à 10 000 mètres au-dessus des masses laborieuses en fusion, trinquant à quelque tyran local dans des jets privés, en toute normalité.

Et voilà comment on inaugure un quinquennat au Fouquet’s et qu’on se retrouve à décorer tout ce qu’un pays compte de bailleurs de fonds d’un parti politique et d’un gouvernement mobilisé à mieux détricoter les lois sociales.

Pour se retrouver au final avec une indémodable politique de classe et de castes.

Pour faire simple : un pouvoir des riches contre les pauvres, tout à éradiquer par pure revanche historique, les quelques acquis conquis par des populations, pour y substituer, au mieux, une charité bien ordonnée.

Evidemment, si ces infos étaient balancées brutes de brut dans les journaux télévisés, ça ferait quelques remous dans les masses consentantes – même abruties par des années de pollution mentale, jusqu’à voter pour leurs propres prédateurs – qui comprendraient assez facilement l’arnaque et auraient comme une vieille remontée de rage.

C’est pourquoi il s’agit de bien canaliser cette légitime colère vers d’autres cibles : islamistes, immigrés, « assistés », multirécidivistes,…ennemis intérieurs et (ou) extérieurs, pour mieux la détourner des véritables enjeux d’une, osons les mots, guerre de classe.

Cette vieille rengaine infatigable et jamais disparue des dominants/dominés.

Sauf qu’après avoir voulu troquer du peuple contre du pipole, c’est paradoxalement le peuple qu’on croyait disparu qui se réveille, au Maghreb ou ailleurs et se réapproprie la Une de l’actu.

Le peuple est à nouveau tendance.

Méfiance ! ça pourrait être la dernière ruse d’un système marchand, qui à coup de révolution Jasmin ou Papyrus, refairait de ce peuple s’émancipant, saison 1 saison 2…, un pipole aliéné pour mieux le réapprivoiser et à nouveau le contraindre.

Ceci dit, ici ou là, en Europe et ailleurs, maintenant, la question n’est plus de savoir si l’insurrection viendra mais où et à quelle heure, suite à quel événement symbolique et cristallisant ?

Et qu’ici, ce soit Sarko le républicain ou Dsk le démocrate qui en fasse les frais n’a, pour moi, pas la moindre importance.

tgb

Photo 1 et 3 – Stéphane Le Garrec

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

16 commentaires sur « Le peuple, ce pipole… »

  1. « suite à quel événement symbolique et cristallisant? » heu… la prise du siege de tf1 par des émeutiers, aprés la suppression de la retransmission des matchs de coupe du monde de foot sur les chaines tv gratuites ? ou tiens là trés fort la suppression du loto national? ou les 2, arf je sais pas moi, je sais plus …

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  2. ah non je pensais pas à un truc aussi violent non, plutôt Barbelivien enregistrant un duo avec Bruni là ça peut déclencher des trucs assez incontrôlables

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  3. « Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. »
    Warren Buffet, milliardaire américain, 1ère fortune mondiale en 2008
    Bref , ils ont gagné pas mal de batailles , mais pas la guerre ,
    et comme disait l’autre : « l’espoir changea de camp et le combat changea d’âme » .

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  4. Un duo Barbelivien Bruni ça peut faire peur! meme aux oligarques,mais on a déjà eu Mireille Mathieu dans « Milles colombes »et il ne c’est rien passé, en tout cas moi j’en suis encore tout cristallisé et tremblant !

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  5. Bon, faut quand même pas trop s’exalter, pour l’instant c’est pas encore la panique au sarkoland et le moins qu’on puisse dire c’est que l’insurrection n’y pointe pas même le bout de son nez.
    Ici , pour résoudre ce genre de contradiction, on a (déjà) « des élections libres » …
    autrement dit le « choix » (entre deux ou trois guignols)

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  6. Oui on a l’illusion d’une démocratie ou plutot une démocratie sans illusion, ou encore un mirage démocratique tout les 5 ans qui s’évapore aussitot les resultats proclamés .

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  7. mais vu l’accélération de l’histoire et nos guignols qui restent sur le quai à la regarder passer ce qui se fait ici n’a plus guère d’importance
    et de toute façon vu l’état de déliquescence dans lequel notre petit pouvoir se trouve suffira de plus grand chose pour que ça s’effondre tout seul – y’a plus qu’à laisser faire les termites

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  8. A l’examen du palmares du petit bonhomme et de sa clique branquignolesque dans une véritable démocratie la sommation « dégage » aurait du leur etre signifiée depuis longtemps par les institutions, sans avoir recours à une quelconque pression populaire!

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  9. Ce que, privilège del’age, je peux vous confirmer, c’est que les exploits « à jet continu » de nos branquignols n’ont pas de rpécédent de toute l’histoire de la Vème république.
    Et ce que nos branquignols des médias oublient de relever c’est le « sans précédent » le plus disqualifiant : la « révolte » unanime du « pouvoir judiciaire » ( flics compris ) contre les « dérapages » puants de démagogie du « chef de l’état ».
    Sous la IVème république, sous la troisième, sous de gaulle , pompidou et même giscard ou mitterand , sous toutes nos républiques le gouvernement serait « tombé » déjà une dizaine de fois et cette protestation du pouvoir judiciaire aurait achevé de disqualifier la gestion du pays et de l’état.
    Bienvenu chers tunisiens, chers égyptiens au monde merveilleux de la démocratie .

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  10. @urbain – c’est aussi bien qu’ils ne démissionnent pas – y’a qu’à laisser pourrir sur pied – ça gangrène…
    @ Chomp’ – voui c’est tout moi…

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