Le post sarkozisme

En 29 jours pas plus, la jeunesse tunisienne réussissait à chasser Ben Ali, là où des formations politiques, barbues incluses, s’étaient usées en vain durant des années de stérilité militante.

En moins de jours encore la jeunesse égyptienne, à coups de pierres et de comptes twitter, virait Moubarak, prenant de vitesse tous les acteurs de la vie politique locale et planétaire, donnant un terrible coup de vieux à notre gérontocratie de la pensée européenne, parfaitement ethnocentrée.

Et pendant que Mam et Fion… excursionnaient en toute oligarchie déconnectée du réel, entre deux réveillons, au-dessus des petites contingences populaires (chômage, misère, austérité…) avec ce talent visionnaire que le monde entier nous envie, les enfants du 3eme millénaire et de la culture du résultat, révolutionnaient dans la soute à bagages avec une redoutable efficacité.

Cette génération qu’on percevait hélas, comme dépolitisée, individualiste, futilement consommatrice, parfaitement résignée, semble avoir, en fonction même peut-être de l’air de son temps, l’insurrection méchamment organisée et performante.

Moins d’utopie sans doute mais question pragmatisme…

Nous voilà entrés avec fracas dans l’ère Wikileaks et ses nouvelles formes militantes et subversives. Et comme nous le montre la crucifixion du messager Assange, et malgré ceux qui minimisaient son véritable impact, son pouvoir de nuisance envers l’ordre établi semble maintenant incontestable.

Les jeunesses tunisiennes et égyptiennes ont propulsé leurs pays dans le 21ème siècle, armées de comptes twitter, de pages facebook, de caméras intégrées et de blogs, jouant à déjouer la cyber-censure et laissant sur place les propagandes de bistrot salement ringardisées de chez Jean-Pierre Pernaut.

Pour avoir ici en France, hanté quelque peu les manifs, meetings et autre AG, ce n’est faire injure à personne et surtout pas aux activistes de tout poils de dire que la force de frappe militante n’y est pas de première jeunesse et de me demander inquiets, où sont les nouvelles générations engagées ?

Et de craindre l’indifférence.

Or si les engagements politiques existent bel et bien, les formes d’agit prop et de mobilisation ont sacrément mutées.

Un exemple emblématique parmi d’autres, qui, une fois n’est pas coutume ici, force mon admiration enthousiaste : Le boulot civique et créatif du collectif Raspouteam : « Paris, Désordres Publics »

Un projet de Street Art basé sur la technologie des QR Codes

À travers 20 céramiques disséminées dans Paris, le collectif Raspouteam propose un panorama des désordres qui ont agité Paris : la Commune, l’Exposition Coloniale, Mai ’68, Malik Oussekine…autant d’événements marquants, inscrits enfin dans la mémoire urbaine.

Là où les autorités ont effacé toute trace des révoltes parisiennes pratiquant un Alzheimer motivé de l’histoire univoque, Raspouteam redonne du sens à des lieux où des évènements symboliques se sont produits en se réappropriant l’espace.

C’est de l’activisme à la fois créatif, technologique et concret, s’inscrivant parfaitement dans notre monde contemporain, s’emparant avec maestria des nouveaux outils et travaillant local dans un monde global à l’intelligence collective.

Tandis que les pouvoirs tout à leur propagande de riche contrôlent à grands frais et dans un confort peu propice à l’inventivité, les grands outils à fabriquer du consentement (télés, journaux, radios, sondages, éditocrates, réseaux sociaux institutionalisés…) les nouvelles générations s’emparent du siècle nouveau et de ses moyens de communication avec la force de l’imagination contrainte par les moyens dérisoires et avec ce temps d’avance dans l’inconfort productif de l’avant garde.

Cours camarade, le vieux monde est derrière toi …jouant à la belote au bistrot de chez Pernaut

Que notre pitre national soit réélu ou pas, nous sommes déjà entrés dans le post-sarkozisme.

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

11 commentaires sur « Le post sarkozisme »

  1. Merci tgb, j’avais déja vu ces empreintes que je trouvais belles, sans comprendre, maintenant que j’ai l’explication je suis emballée! quelle belle idée de donner accès à l’histoire des désordres dans la ville!
    longue vie à la raspouteam, à quand l’application iphone?

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  2. c’est précisément fait pour ça – elle existe – Un QR code est lisible par les smartphones et les téléphones mobiles équipés d’une application de lecture (lecteur de code QR)

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  3. je croyais que ces carreaux de mosaïque servaient à repérer les maisons de fachos et de sarkozystes.. Comme je suis déçu ! je m’étais renseigné sur Internet sur la manière de fabriquer des coktails molotov… En vain ?

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  4. @ cui cui – oui je me suis lancé timidement (et sur tes conseils) mais on ne peut pas dire que je maitrise le truc pour l’instant
    @GdeC -tu peux prolonger l’initiative en ce sens avec de jolis portraits à la clef des personnages pas recommandables ce qui te permettra de ne pas gâcher de si précieux cocktails molotov…

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Commentaires fermés

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