Autodestruction à crédit

  » La croissance pour le bien de la croissance est l’idéologie de la cellule cancéreuse » Edward Abbey 

J’aime beaucoup cette photo si si, du genre allégorique ; le capitalisme se faisant dessus, enseveli en son triomphe, façon sépulture.

Aussi beau, aussi clairvoyant que du Alain Minc c’est dire : « Le capitalisme est un pari sur le mouvement : c’est de là que vient le progrès. »

Et c’est vrai que question mouvement, du geste pour le geste, de la productivité pour produire et du fric se nourrissant de fric pour faire plus de fric, paradigme de la vache folle, ça a tout de du syndrome suicidaire de l’île de Pâques, ou de Nauru.

S’exploiter soi-même jusqu’à en crever et après on avise.

Lénine disait : « les capitalistes nous vendront jusqu’à la corde pour les pendre« 

Il n’avait pas prévu que ce serait à crédit.

tgb

Les François parlent aux François

– dis donc François…

– oui François…

– t’as des nouvelles de François…???

– non mais j’ai revu François…

– Ah François ?!

– Non François !!!

– Il t’as parlé de Jean-François ??

– non…mais de la mort de François…

– Ahhh François…

– Non pas François, François…la France aux François…

– Ah ce mauvais François…

– sinon François, question rigueur on fait comme avec François…??

– Ben oui François restons entre François…

– Je signe quand François à la Saint-François ?

– Mais non François, comme d’hab, à la Saint Alfred !

tgb

Les touristes

Faudra quand même qu’on m’explique pourquoi les touristes mettent tant d’acharnement à se déguiser en touriste.

On se demande dans quelle mesure même ils n’achètent pas la panoplie complète histoire de se faire repérer illico par l’œil aguerri du pickpocket entraîné à les délester de leur larfeuille avec tous les papiers dedans, façon de bien pourrir leur séjour low cost.

Déboulant par fournées entières avec valises à roulettes des bus en double file, par grappe de 3 ou 4, quand ce n’est pas 50, ils partent bruyammant à l’assaut d’une France statufiée dans ses stéréotypes, sous le regard blasé des indigènes.

Plan à la main, guide à la ceinture du bermuda, bob vissé sur la tête, débardeur soulignant les épaules rougies au soleil ou faux Lacoste aussi moches que les vrais, on sait d’avance, ici dans le 18ème, qu’à leur air égaré, ils vont inévitablement vous demander dans un anglais approximatif (ça tombe bien le même que le mien) l’itinéraire pour se rendre au « Sâcrwé Keur ».

Cette saloperie de meringue ensanglantée, érigée sur les cendres des communards dont les touristes n’entendront jamais parler, pas plus que nous d’ailleurs.

Pourquoi à l’heure du numérique, arborent-ils encore en bandoulière d’énormes appareils photos avec objectifs pour prendre des clichés qu’on retrouve en mieux sur toutes les cartes postales ?

Pourquoi consommant du pire, made in n’importe où, du souvenir délocalisé couleur faussement locale, avalant de l’infect mondialisé pas cher à un prix exorbitant, bouffant dans les églises, s’agglutinant dans les musées, s’agrégeant grégaire sur la place du Tertre où des serveurs chinois déguisés en Poulbot leur font cracher de la monnaie, ne bifurquent-ils pas à la première voie de délestage, afin de se ‘perdre’ peinard, de se fondre dans le décor, histoire de pas trop dépayser parmi les autochtones ?

Les touristes, cette étrange population interlope au statut indéfini, de passage, en transit, qui n’a pas plus de nationalité que d’internationalité, tout juste figurants de notre histoire comme nous de leur film vidéo.

Le touriste, ce consommateur d’ailleurs, cet estivant de nulle part, ni citoyen du monde, ni habitant de quelque part, tout juste bon à doper en l’uniformisant l’économie locale.

Le tourisme : consumérisme standard d’un pays industrialisant faute de mieux et par facilité, son passé, son soleil, sans forcément d’avenir.

« Le tourisme consiste à envoyer des gens qui seraient mieux chez eux chez des gens qui seraient mieux sans eux »

et qui se croisent sans se connaître ni même se rencontrer.

tgb

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L’année des hannetons

Dans la série des questions existentielles gravement frivoles de l’été : Où sont passés les hannetons ?

Quand j’étais môme, il y avait ainsi des années à hannetons.

Tous les 3 ans environ, on voyait débouler dans la cour de l’école, à la récré, ces gros patauds de coléoptères carapaçonnés, cuirasse mordorée, casque éperonné, élytres rougeâtres, ce qui signifiait l’arrivée imminente des grandes vacances et de son

haut les mains peau d’lapin, la maîtresse en maillot d’bain.

Qu’est ce qu’on pouvait leur en faire baver à ces gros balourds d’insectes qu’on chopait si facilement à la main.

Le Melolontha de la famille des Scarabaeidae (pour faire savant) nous, on le nommait communément ‘cerf-volant’, parce qu’on lui attachait volontiers une ficelle à la patte pour se marrer dans la salle de classe, quand on le collait pas direct dans les cheveux des filles juste pour le plaisir de les entendre hurler.

Dieu qu’on était délicieusement con.

Autre variante délectable de l’apprentissage de la cruauté sur le dos de ces gros lourdauds était leur massacre programmé façon purée et enchevêtrement d’ailes et d’antennes. On te les enfermait par fournées dans une boîte d’Ovomaltine avant d’y glisser un pétard à mèche qui te hachait tout ça menu menu dans le genre attentat en Irak.

Notre approche merdeusement féroce de la boucherie guerrière.

Je ne dis pas que c’est à force d’expériences génocidaires de ce genre qu’on fit disparaître cet empoté de nuisible, notamment pour l’agriculture, mais bien plutôt la pulvérisation massive de ces putains de pesticides, n empêche, en ce début de juillet, je me sens un peu responsable de sa quasi-disparition.

Et soudainement, ce scarabée me manque.

Mais ce manque, surtout,c’est plutôt la nostalgie estivale de cette enfance perdue, dont on ne guérit jamais, comme tout le monde le sait.

tgb

Carte d’infidélité

Vu que l’été est là, du moins sur le calendrier, venons en à des questions existentielles d’une folle trivialité  :

As-tu mon ami, été au bout d’une carte de fidélité d’un de ces commerçants offrant, avec cet altruisme rare qui fait tout son désintéressement, un coup de tampon à chaque acquisition d’une…

disons pizza…(à emporter)

et qu’au bout de dix t’en as une de gratos ?

Moi jamais.

Parce que

– Soit t’as oublié ta carte

– Soit t’as paumé ta carte

– Soit c’est lundi, que le gars est fermé et que tu vas chez un concurrent qui t’inaugure une autre carte que tu repars à zéro

– Soit qu’à la fin, cumulant en vrac toutes sortes de cartes rajoutant à la confusion, t’as jamais la bonne carte quand tu vas chez ton pizzaïolo préféré, pas hyper chaud (et un poil courroucé), pour te tamponner la carte du confrère et néanmoins ennemi.

Bon, pour déjouer le mauvais sort j’ai bien pensé en acheter dix d’un coup de pizzas (à emporter), pour accéder au Graal, à la onzième offerte, mais à moins d’envisager une ‘pizza party’ c’est un peu con.

En balancer 10 pour le plaisir d’en manger une gratuite, je vois pas l’intérêt (et pourtant j’ai cherché).

En bâfrer 11, dans un ‘remake’ de « la grande bouffe », le gavage de pizzas comme esthétique du suicide…ça me disait moyen.

Sauf qu’hier je tenais le bon bout (de la pizza à emporter). Avec mes 9 tampons bien alignés sur ma jolie carte haute-fidélité, de « Chez Gino » alias Robert, j’étais plutôt confiant.

J’entrevoyais carrément le super bonus ‘Reine’, voire ‘Quatre Saisons’.

Ne lésinons pas.

C’est donc d’un pas léger et décidé que je me dirigeais vers ma pizzeria attitrée…

‘Changement de propriétaire’

C’était marqué sur la devanture en lettres capitales, que j’en suis resté tout penaud pantois et renfrogné.

Gino dit Robert ou l’inverse, s’était fait la malle avec son tampon encreur et mon rab de pizza (à emporter).

Luttant contre cette malédiction poisseuse, priant Sainte Margarita, j’essayais de négocier quand même mon dixième coup de tampon réglementaire, genre geste commercial toussa toussa, chez le nouvel enfariné.

Macache ! Cet enfoiré de petit commerçant à court terme se foutant de me fidéliser comme de sa première « calzone » m’expliqua qu’il ne se sentait nullement engagé par les initiatives marketing (je cite) de son prédécesseur.

La haine !

Que j’imaginais déjà découper le pâteux empâté, en parts égales saucetomatées avant que de me l’enfourner et de me le cuire au feu de bois.

Bref, plutôt que de me consommer sur place, je me suis emporté.

Donc voilà, me reste une très jolie carte de fidélité, souillée de quelques taches d’huile pimentée, avec 9 coups de tampons officiels de « Chez Gino » que j’aurai jamais le dixième.

Collector.

Inutile de te dire que le prochain licencié économique, reconverti en pizzaïolo, ayant foutu toutes ses indemnités dans une de ces camionnettes à frites fleurissant sur nos parkings de temps de crise, qui me propose une carte vierge toute de fidélité graisseuse, pourra aller se la tamponner quelque part.

Al dente.

tgb

La France normale de la France profonde de la majorité silencieuse (2)

Les Echelles : « pas de regroupements de mineurs après 23 heures » titre le Daubé.( Dauphiné Libéré du 25/06).

Les Echelles, patelin de 1250 habitants que si tu y passes c’est que tu t’es paumé grave.

Les Echelles c’est le rien sinistre, le vide considérable, le désert couleur muraille, c’est le grand walou sidéral, c’est l’ennui qui suinte des façades, le néant qui te choppes aux baskets, l’ombre du gris létal qui te plombe direct, que si t’y croises un chat, même en après midi et quand je dis un chat, je parle d’un chat miaou, c’est que t’as du bol.

Question number one : des mineurs y en a t’il ?

Oui semble dire le DL, parlant de « délinquance » d’une« poignée de jeunes squattant les entrées des immeubles ».

Dans ce bled de morts vivants, quelques pousses encore pourraient être une bonne nouvelle. Que nenni, affirme le maire, prenant cet arrêté municipal, et répondant aux « Echellois en colère ne dormant plus la nuit depuis un an ».

Un an sans dormir, en effet c’est long.

T’imagines même pas Les Echelles à 23 Heures en hiver, que si t’as un chien qui aboie c’est à la fois sépulcral et quasi rassurant. Cela dit, il fut une nuit, un bruit de mobylette, vers 23 heures 40…

Le bourg en parle encore.

Que reproche t’on à cette poignée de jeunes, désoeuvrés forcément, ‘en errance ‘ tu m’étonnes, pas un troquet, pas un mac do et pas un rond ? :

quelques conneries du genre : tags, fumettes, vol de bonbons, rideau de fer du ‘Spar’ cassé, objet explosif à base de jus de citron ???!!!, effractions et dégradations diverses… tu parles !

Des clopinettes rurales amplifiées par le DL, parlant de la peur ‘d’agressions’, de la peur ‘de rentrer chez soi’, de la peur de ‘représailles’ d’une population terrée vivante.

Bref, de cette peur M6, de cette Françapeur rabougrie, ratatinée, recroquevillée sur elle-même, en totale asphyxie, de cette peur de tout dans le rien, si mal définie.

Question number two : mais que fait la police ?

D’après le DL roi de l’investigation ‘les forces de l’ordre ont procédé à plusieurs interpellations’ : 3 tagueurs, 2 shiteux, 1 racaille, c’est dire si le coup fut rude pour la pègre locale et la criminalité affecté, au soulagement d’une population en ayant ‘ras-le-bol’.

Ras-le-bol oui mais pas ras le Front.

Question subsidiaire : quid du front national ?

Dans ce trou du cul du monde donc, où il n’y a âme qui vive que quelques âmes qui meurent, le FN est à 30%. D’où par évidence, l’opportun décret du maire.

 Ainsi donc, quand notre poignée de lascars aura heureusement pour eux, désertés ce bled glauque et pourrissant, Les Echelles fort de ses valeurs et de son délabrement pourra disparaître sereinement de la carte de France.

 Mourons tranquilles mais mourons français devant TF1.

 Chronique d’une France normale, profonde et silencieuse qu’il ne faut surtout pas déranger dans sa tombe, des fois qu’on la réveillerait.

ET comme dirait l’autre, ‘l’éternité c’est long, surtout vers la fin’.

 tgb

La France normale de la France profonde de la majorité silencieuse (1)

J’aime beaucoup cette photo si si !

Trouvée dans le Dauphiné libéré (25/06) appelé par chez nous plus familièrement Daubé. Le Daubé est un de ces fleurons de la PQR qui, s’il n’existait pas, on saurait plus qui qu’est mort nécrologiquement parlant, qui qu’a la plus grosse citrouille en son jardin ou qui, qui pense quoi dans le courrier des lecteurs.

Exemple : « président de la République à gauche, gouvernement à gauche, sénat à gauche, assemblée nationale à gauche, tous les ingrédients pour une dictature. » RF74

Donc non seulement le Daubé, publie des conneries sous la forme de puissantes analyses politiques ciselées mais aussi des photos romantico-bidonnantes. Voir plus haut. (scusez pour la qualité)

Sans faire une étude sémiologique hyper pointue iconographiquement balèze, on constate assez vite tout le bon goût français, son raffinement, sa fraîcheur, dans une de ces hyménées du mois de juin, si représentative de la créativité pèquenot.

« une sortie originale des jeunes mariés » titre chaleureusement le Daubé et il est vrai que de voir partir pour une longue route con/jugale avec Jean-Pierre Pernaut pour témoin, ce délicieux couple, posé dans le godet finement décoré du tractopelle, avant de s’en envoyer un voire 50 avec éthylotest obligatoire dans la bagnole (gilet fluo triangle extincteur flic dans la boîte à gants) ne peut qu’ensoleiller notre lecture pluvieuse provincialo-quotidienne. `

La France éternelle bâtisseuse telle qu’on l’aime, celle qui se lève tôt pour faire des trous dans la merde molle et des jolies photos d’un jour de liesse de cérémonie nuptiale de Vanessa qu’a dit oui à Kevin, qu’on se repassera plus tard à la veillée, en se demandant dans quelle fondation déjà qu’on a coulé madame avec le béton, juste pour avoir son 1/4 d’heure de célébrité focale en cette délicate émission crapoteuse « Faites entrer l’accusé ».

J’oublierais pas kek chose ?

Ah voui, si, vive les mariés (et la pqr)

tgb

Scène internationale

J’aime beaucoup cette photo d’au théâtre ce soir.

De cette diplomatie de boulevard qui s’émeut des livraisons d’armes en Syrie par Poutine tout en livrant des armes au Bahrein pour mieux tirer dans le tas.

Décors de Roger Harth, costumes de Donald Caldwell pour les plus anciens, manque Pierre Arditi.

J’aime beaucoup cette photo si si, ce spectacle du monde libre et non faussé à géométrie variable, du colonialisme à veto, ou comment faire semblant d’être le camp du bien tout en fomentant en coulisses, de l’assassinat ciblé par drone, de la torture délocalisée avec prix Nobel comme Oscar assorti.

J’aime beaucoup cette photo si si, de la tartuferie Clinton, de l’hypocrisie ricaine défendant le freedom tout en couchant avec le Honduras, ce pays où la vie d’un journaliste est moins chère, à fomenter du coup d’état par çi, du terrorisme par là, sans que le droit-de-l’hommiste de service tout à dénoncer Cuba, Chavez (quoi Cuba ? quoi Chavez ?) n’y trouve rien à redire.

J’aime beaucoup cette photo de l’empire si si, du cabot qui fait sa comédie, son show, son numéro de putain puritaine ; de la scène internationale au théâtre des opérations, Irak, Afghanistan, Libye…et se fait applaudir en après midi, par la claque corporate du comité d’entreprise : « cuistres et larbins » à l’orchestre.

J’aime beaucoup cette image si si, ce concert des nations faux cul et dissonant, cette communauté internationale à l’indignation sur un plateau, et qu’on oublie toujours de préciser atlantiste.

Cette main invisible qui pourtant, dés que tu alternatives un rien, te prends dans la gueule à l’entracte.

J’aime beaucoup cette image de fausse comédie où tout est simulacre, pendant que les nations en realpolitik, sale et cynique, déroulent leur tragédie en faisant la leçon, en faisant la morale, du bien contre le mal, du civilisé contre le barbare, du glabre créationiste contre le barbu obscurantiste.

Et l’on jurerait entendre la diva Hilary entre deux salutations, reprendre la réplique du regretté Desproges :

« L’ennemi est bête : il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui »

tgb .

Aux grandes pompes funèbres

J’aime beaucoup cette photo. Si si !!!

De ce vieux couple funèbre, séparé par la table de chevet avec les deux fanions dessus, comme deux dentiers dans un verre à dents.

Je kiffe cette photo si si, le Herman Achille Van Rompuy, rimailleur à ses heures, l’ectoplasme président que tu vois la CE à travers et le Barroso, José Manuel Durão de son prénom, serpillère atlantiste, libéralo-paillasson, joyeux croque morts d’une Europe déjà raide.

Sexy et désirable cette Europe-là. D’entrée ça donne envie. Fraternelle, coopérante, harmonieuse, tu sens emblématiquement parlant, tout l’épanouissement des peuples Porto-hispaniques et du miracle Gréco-irlandais.

Loin de la compétitionite, du dumping social, du nivellement par le bas et de la guerre qui vient, d’emblée t’as envie de mourir pour elle, cette Europe généreuse, juste par solidarité, pour la libre Lituanie par exemple, lituaniens nos semblables nos frères tout en proximité culturalo-sociale attaqués au cas où, par les ultra-bolcheviques.

Gagnons du temps enfin, abrégeons les souffrances, l’Euro aussi à le droit de mourir dans la dignité. Glissons les deux comiques bruxellois dans leurs urnes dans leurs bières.

Légalisons l’euro-euthanasie.

A Chapi Chapo, les peuples d’Europe multi reconnaissants !

tgb

Marc Dolez, discret et triomphant

Bon je ne vais pas me faire que des amis, mais j’en ai l’habitude et ça fait un moment que ma plume me démange.

Puisque les jeux sont faits, analysons le match.

Le front de gauche avait une vingtaine de députés à l’assemblée nationale, une quinzaine d’élus communistes plus ou moins tolérés par le PS, plus trois élus PG. 3 élus PG ou plus exactement 2 élus issus du PS, plus une élue écolo, privée de sa circonscription par un subtil charcutage électoral.

Il partirent donc une vingtaine mais par manque de prompt renfort ils se virent 10 glandus en arrivant au port (sans plus de groupe parlementaire) dont UN seul et unique représentant du Parti de Gauche :

Marc Dolez !

Marc Dolez qui c’est ça ?

Juste le co-fondateur du Parti de Gauche, seul député socialiste en son temps, à avoir voté « non » au congrès de Versailles.

Cet élu du nord, aux fortes convictions aussi discret que Melenchon est spectaculaire, aussi efficace sur le terrain que fin tacticien, aussi engagé dans ses combats qu’intègre et disponible

– par exemple, il est l’un des rares politiques à avoir visité Salah Hamouri en sa prison, pendant qu’un appel pour sa libération prenait la poussière sur le bureau du « conducator » –

semble avoir pris quelques distances avec le mouvement, tout autant que les fins stratèges parisiens en profitait pour le mettre sur la touche.

C’est donc par les journaux que l’élu de Douai apprenait la venue à Henin Beaumont de l’impétueux Mélenchon. Ni concerté, ni informé, Dolez eût pu donner pourtant quelque conseil avisé rapport à sa région, mais l’état-major en son génie visionnaire avait décidé que Dolez comptait pour du beurre et leur stratégie indiscutable pour du caviar.

Effectivement on se demande bien au non de quoi, il eut fallu changer une stratégie qui foirait si bien, jusqu’au désastre de Stalingrad, de cette soirée sinistre où le soir du premier tour des présidentielles, aucun dirigeant n’assuma les 11% du Front de Gauche, laissant la masse de sympathisants barboter en son malaise.

Résultat pourtant qui, si on ne s’était mis connement dans une obligation de résultat rapport à la Lepen et à ce tête-à-tête réducteur, eût été formidablement prometteur. ou comment transformer un succès en débâcle.

Bref, il n’est pas grave de se planter dans la mesure où l’on en tire quelque conséquence et ajustement et que l’on évite dans la foulée de reproduire la connerie aussi sec.

Henin Beaumont nous voilà !

Ainsi de ma modeste place, je ne saurai trop conseiller à Melenchon reprenant l’impec formule de l’excellent Bernard Langlois « d’écouter plus ses amis et moins ses courtisans… » pour ne pas dire ses fans.

Je ne parle pas ici de ces jeunesses melenchonistes exaltés pour qui le chef a forcément raison, de ces beni oui oui d’un parti pourtant fondé sur un NON, mais surtout de ces petits cadres opportunistes au plan de carrière mijotant déjà dans l’arrière cuisine des compromis daubés et du quarteron de décideurs qui a comme un urgent besoin d’oxygène.

Il est quand même navrant que dans un parti où l’on réclame de fortes têtes, l’on tape assez vite sur toutes celles qui dépassent et que l’on promeuve les bons petits soldats tout à leurs galons en excommuniant les grandes gueules.

Je ne doute pas un instant qu’il faille de l’ordre et de la discipline dans un mouvement (12 000 adhérents quand même) c’est d’ailleurs pour ça que je n’en suis pas, mais de là à ne plus voir qu’une seule tête….

Je ne remets pas en question ici la formidable épopée de Jean-Luc Melenchon et du Front de gauche. Si la dynamique prodigieuse a existé c’est qu’elle existe encore et ressurgira, inéluctablement.

« Mais où on était passé ? Où on était disparu tout ce temps ? On se manquait ! On s’espérait ! On s’est retrouvé ! » Bastille 18 mars 2011

Rien que pour ces moments d’ivresse là, le jeu valait déception.

La graine est semée, le mouvement refleurira…

N’empêche maintenant, deux ans sans élections, deux ans de vache maigre, je ne sais si le front y survivra, mais loin des coups médiatiques et des shoots au show c’est bien par un humble et laborieux travail de terrain, plus ingrat que glorieux qu’il doit s’enraciner.

Sans plus de semi-démente, loin de ces postures morales et indignées qui ne marchent pas, aller chercher un à un les électeurs égarés au FN et ailleurs.

En attendant, après un an de campagne électorale épuisante, que Jean-Luc Mélenchon parte en vacances, lise, réfléchisse, pense à autre chose et surtout écoute, écoute, écoute, un Marc Dolez par exemple, du fin fond de sa province.

Sans plus d’esbroufe.

tgb