Lâcher prise !

Quand, en voile, tu as un vent de face, le simple fait de vouloir remonter contre lui te fait mécaniquement reculer. Paradoxalement alors le seul moyen d’aller vite est de choisir la route la plus longue, celle qui consiste précisément à tirer des bords.

On ne lutte pas contre le vent, on fait avec.

Quand le rapport de force est disproportionné, quand dans le combat on n’a visiblement pas les armes, est-il vraiment utile d’offrir son corps en pâture, de gaspiller une débauche d’énergie, de se ruiner jusqu’à entrer dans l’histoire en victime expiatoire, en héros sacrifié ?

On lâche rien ! ce slogan emprunté au monde sportif et à ses 10 mots de vocabulaire m’exaspère. On lâche rien quoi ? On lâche rien pourquoi ? on se cramponne comment et on s’accroche à qui ? On lâche rien jusqu’à être emporté par le torrent de l’histoire ? On lâche rien à ressasser indéfiniment ce qui devrait être, ce qui aurait pu être, ce qui n’a pu être et la faute à qui et yakafaukon ?

Et si on contraire, on lâchait quelque chose, voire tout, et si au contraire on lâchait prise !

Lâcher prise ce n’est pas renoncer, c’est juste différer, attendre. C’est décaler, changer de perspectives. C’est préférer la maîtrise au contrôle. C’est tel le surfeur, jouer de la vague plutôt que de l’affronter. C’est se la couler douce, épouser la courbe, dans la fluidité et le mouvement, souple comme le roseau, vif comme l’éclair.

Lâcher prise, c’est accepter nos limites, nos faiblesses nos insuffisances. En faire une force. C’est être la goutte d’eau dans l’océan, l’océan dans la goutte d’eau, n’être ni l’aile droite, ni l’aile gauche mais l’oiseau.

Lâcher prise, c’est identifier calmement les points faibles des forces adverses, privilégier la guérilla au combat, choisir l’embuscade plutôt que l’affrontement. Surgir et disparaître, se fondre dans le paysage, être partout et nulle part, invisible avant d’être éclatant, inconsistant à n’offrir aucune prise avant de s’incarner dans la fulgurance.

C’est pousser l’autre à s’épuiser dans le vide, à sortir de la grosse artillerie pour écraser une mouche. « Si tu crois que tu es trop petit pour changer les choses alors passe une nuit avec un moustique ».

Lâcher prise c’est se donner le droit au temps et à l’erreur.

Autre slogan qui me révulse, scandé dans les meetings et les manifs : « résistance ! »

Résister c’est s’arc-bouter en vain sur l’ancien, c’est intégrer le fait que l’on ne peut rien changer mais uniquement conserver. C’est protéger le passé sans inventer l’avenir. C’est se maintenir dans une posture figée, être sur la défensive, alors qu’il nous faut précisément attaquer.

Attaquer des cibles à notre mesure. Se contenter de petites victoires, de succès symboliques mais palpables. Ne pas se fixer des objectifs hors d’atteinte ni des obligations de résultats déraisonnables et démobilisateurs.

Etre modeste mais exigeant.

Au front de gauche nous faisons 6,3%. C’est ce que nous valons. Pas mieux. Inutile de nous raconter des histoires. Aux présidentielles nous fûmes 4 millions, aujourd’hui nous représentons un million de voix. C’est énorme et c’est trop peu. On ne rentre pas de force dans une histoire qui ne veut pas de nous. Pas encore. On n’oblige pas un peuple à faire son bonheur malgré lui.

Que savons nous d’ailleurs du bonheur et de la vérité ? Qui a décrété que nous avions raison.

Au moins avons nous nos raisons.

Lâcher prise c’est lâcher son égo, c’est se libérer du poids inutile de « sauveur de la patrie en danger », c’est se préparer tranquillement aux opportunités, quand le vent tournera car inéluctablement il tournera.

Pour ne pas revenir de tout, il suffit d’aller nulle part. Nous qui voulons aller quelque part ne nous infligeons pas de revenir de tout.

tgb

Du Général au Général sans passer par le particulier

Ah ben voilà un bon vieux coup d’état comme on les aime en Amérique donc en Europe. Voilà de la belle ouvrage, du putsch avec uniforme, de la junte militaire avec suspension de constitution et couvre-feu, de l’information au garde à vous et de la loi martiale.

Oui, un bon vieux coup d’état des familles, tandis que des militaires américains participent conjointement à des manœuvres avec les militaires thaïlandais et découvrent tout à fait par hasard, c’est ballot, la prise de pouvoir par l’armée à la télé.

Et c’est donc tout naturellement que la communauté internationale, c’est à dire nous, vu que le reste du monde n’existe pas, condamne fort mollement cette atteinte à la démocratie, parce que pour l’occident les dictatures c’est un peu comme le cholestérol, y’en a de bonnes et de mauvaises suivant qu’elles nous arrangent ou pas et que sur ce coup, diplomatiquement, c’est ce que l’on appelle le minimum de l’indignation syndicale et médiatique.

Un peu comme pour le Honduras ou le Paraguay dont tout le monde se fout.

Parce que les révolutions Orange, les soulèvements spontanément préparés en Ukraine, les révoltes scénarisées au Venezuela avec tirs sur la foule mis sur le compte des méchants, ça va bien cinq minutes mais ça finit par ressembler à rien et faudrait voir à pas négliger les vieilles recettes qui ont fait leurs preuves.

Dégommer du Kadhafi c’est bien gentil mais ensuite qui c’est qui range qui nettoie tout le bordel hein ? et c’est pas Sarkozy qui risque de prêter sa femme de ménage pour un extra, qu’on peut pas trimballer BHL partout que des fois il a piscine.

Donc après avoir dégagé du Colonel bien obligé de remettre du général pour gérer le particulier.

Tout pareillement en Egypte ou Sissi, le militaire local, nous fait condamner à mort du frère musulman par paquets de 500 que c’est quand même plus productif que toutes ces fumisteries de révolutions colorées qu’on y comprend plus rien de qui manipule qui.

Et puis se retrouver acoquiné à des groupes néo-nazis ça finit toujours par faire un peu cracra.

Ahhh oui le bon temps, du « golpe de estado » avec son Pinochet et son école de Chicago pour expérimenter l’ultra libéralisme dans toute sa splendeur, la vieille nostalgie de la dictature sanglante de ce cher Suharto en Indonésie qui découpa en rondelles près d’un million de communistes sous l’œil ému et reconnaissant de l’Oncle Sam, la belle époque de l’Argentine aux ordres, du réseau Gladio

Merci donc aux militaires thaïlandais de perpétuer cette noble tradition du coup d’état sous l’œil attendri du monde libre, qui fronce un peu les sourcils par principe mais qu’est pas trop regardant au final tant ça lui rappelle sa jeunesse.

tgb

L’humain babord !

Le 9 janvier 2011 Nicolas Demorand chroniqueur désinvolte de radio publique puis privée puis publique puis privée…agressait verbalement dans un interview Jean Luc Mélenchon jusqu’au clash. Le 13 février 2014, il était poussé à la démission de la direction de Libération par ses salariés ne supportant plus son autoritarisme et son incompétence. Il redevenait simple chroniqueur de radio publique puis privée puis publique puis privée…

Le 8 janvier 2013 en direct à la télévision devant la France entière le ministre greffeur de cheveux Jérôme Cahuzac balançait à Jean Luc Melenchon qu’il était un homme seul. Quelques mois plus tard le 10 avril de la même année, Cahuzac pestiféré, au bord du suicide, dormait dans sa voiture dans un total dénuement, abandonné de tous.

Le 5 mai 2014, Natalie Nougayrède, directrice du journal de révérence le Monde, signait un éditorial au vitriol contre Jean Luc Melenchon. Quelques jours plus tard, le 14 mai, elle quittait son poste, sous la pression de sa rédaction exaspérée par ses comportements hautains et sa ligne droitière.

Etrange malédiction qui s’abat sur les ennemis du leader du PG, qui frappe tour à tour dénigreurs, manipulateurs, désinformateurs et autres chiens de garde, soudain rattrapés par quelque sortilège.

Ainsi déjà pouvons-nous trembler pour le renégat libéral libertaire Bové faisant dans l’amalgame Melenchon = Lepen d’une folle originalité populiste ce 17 mai en une de Libé. Ce journal militant socio libéral et anti-melenchonien, comme par fatalité, en faillite.

Ami journaliste d’intox, du cadre circonscrit et de la doxa Tina, chers Alemagna, Quatremer, Barbier…pour échapper au maléfice et te protéger par quelque grigris ou talisaman, je ne saurais trop te conseiller cette amulette

aux pouvoirs magiques éloignant le mauvais œil à condition de l’introduire le dimanche 25 mai dans l’urne consacrée.

Je dis ça je dis rien, c’est juste que je ne voudrais pas qu’il t’arrive une bricole malfaisante.

tgb

Même pas peur !

 « Tant que l’homme sera mortel, il ne sera jamais décontracté » écrit Woody Allen tout à ses angoisses existentielles.

Eh ben ça dépend !

Il est quelques rares cas de mortels qui, face à la mort, ont cet étrange détachement qui laisse aussi admiratif que pantois. Une sorte de distance ironique face à leur bourreau qui semble signifier que s’ils sont bien la victime, l’autre est bien l’esclave, que si l’autre me tue, il ne m’atteint pas et que malgré les apparences, mes liens me font libre et ses armes le rendent faible.

Même pas peur.

Je suis plus fort, plus vivant, plus éternel que toi.

Ma maîtrise fait de moi le maître et renverse le rapport de force :

Feu !

Ainsi la fameuse désinvolture de l’ami Fortino Samano, compagnon du révolutionnaire mexicain Zapata, face au peloton d’exécution, mains dans les poches à mâchouiller son cigare et l’œil goguenard du genre à dire – c’est quand tu veux mon vieux, surtout te gène pas pour moi -.

Ainsi la grimace comme un bras d’honneur du jeune communiste résistant Jean Quarré au caméraman allemand juste avant d’être fusillé. (Nul doute que l’héroïque Michel Onfray, la Chantal Goya du concept, saura nous démontrer dans un de ces combats surhumains tout à éplucher du fond de poubelle, que Jean Quarré comme Guy Moquet ne fut pas résistant mais qu’un vulgaire salopard bolchevik, mais c’est une autre histoire qu’il nous racontera plus tard en faisant (de la philo) dans son froc).

Ainsi cet espion russe en Finlande, le revolver sur la tempe n’ayant pas l’air de prendre tout ça bien au sérieux, la vie, la mort et la vodka…

Cul sec ?

Ainsi encore le sourire tranquille et triomphant de Larbi ben M’hidi, héros national algérien, lors de son arrestation avant d’être torturé puis pendu par le Général Aussaresses. Convaincu comme par évidence que s’il tombe – un ami sort de l’ombre a sa place – et que c’est en mourant justement que justement il gagne.

Ainsi enfin, Georges Blind, connu comme ‘le fusillé souriant’, subissant détendu un simulacre d’exécution, avant de mourir en déportation et que cette photo fasse le tour du monde.

D’où ces hommes, jeunes pour la plupart, tiennent t-ils donc cette force, cette sérénité, cette drôle de plénitude là où chacun irait de son désespoir ? D’où tirent ils encore cette liberté du pied de nez à la mort tout autant qu’au tortionnaire dans un ultime « viva la muerte » plein de morgue ?

Sans doute ont-ils compris qu’ils n’avaient rien à perdre que leur vingt ans, autant dire pas grand chose quand on a vingt ans et que lorsqu’on a rien à perdre on est maître du monde même désarmé. Alors que nous qui osons si peu, connaissons les affres et l’extrême gravité de louper les soldes de printemps et la sortie vitale du prochain I phone.

Sans doute aussi croient-ils par la force de leur conviction qu’ils meurent pour quelque chose et que leur sacrifice leur survivra.

Je pense souvent quand je me baigne sur une de ces plages de Normandie, que peut-être à l’endroit même où j’étends ma serviette un jeune mec de l’Arkansas mâchant du chewing-gum est venu mourir pour que je puisse faire trempette en toute insouciance et que l’Eurovision de la chanson puisse cartonner à la télé.

C’est dire si ça valait le coup.

Je ne jurerais pas que les autres baigneurs avec glacière tout à mater du monokini y pensent aussi. Mais ainsi va Eros et Thanatos et la vie qui continue.

Le sourire de Fortino, de Jean, de l’espion russe, de Larbi ou de Georges, c’est le sourire du chat d’Alice. Le sourire qui reste quand tout a disparu. Le panache, l’élégance, l’honneur…

Même si on voit plus souvent dans ce monde trivial « un chat sans sourire plutôt qu’un sourire sans chat ».

tgb

François Hollande, l’autre pays du fromage

Ah mes amis, vous croyiez naïvement habiter un pays, une histoire et une géographie, avec ses paysages contrastés, ses légendes, ses héros, ses salauds et ses gens. Toute une sociologie mélangée, toute une mythologie universalo-franchouillarde. Vous pensiez innocemment que la France dans toute sa transcendance, avec sa conscience tourmentée et son inconscience tranquille était la matrice de voltaire et Rousseau, de Hugo et Rimbaud…et de la divine cantatrice Morano.

Cette exception culturelle.

Que nenni mes amis, vous vous trompiez lourdement, vous vous égariez dans cette sorte d’immanence et de mauvais territoire. Vous habitiez sans le savoir une petite entreprise d’import export dont vous élisiez tous les cinq ans le chef comptable.

« Il faut aller encore plus loin, encore plus vite », pour obtenir des « résultats », remettre en marche « l’entreprise France » et améliorer sa « compétitivité » alors qu’elle a failli « déposer le bilan »

Ainsi parlait l’ectoplasme plat en cette novlangue corporate, ce sabir de la fonctionnalité énarque, cet art de la métaphore de supérette, devant son staff HEC, ses N+1 N+2 à tête de genoux binoclards, tout à tracer de la courbe power point pour mieux offrir comme destin au peuple de France l’épopée ardente de la réduction du coût du travail.

Anaphore en trois Bullet points au conseil d’administration :

1) Moi chef comptable, je ramènerai l’endettement à 3%

2) Moi chef comptable j’allègerai les charges patronales

3) Moi chef comptable j’ouvrirai les magasins de bricolage le dimanche

Immense idéal, qui allait à coup sûr faire souffler sur nos têtes les grands vents de l’histoire et faire résonner à nouveau la voix singulière de la France éternelle dans le concert des nations : ouarf ouarf.

Accroché au gouvernail du pédalo le capitaine dans la tempête, en gilet de sauvetage jaune fluo bedonnant, fixait le cap au doigt mouillé et nous exhortait à pédaler ferme afin de tenir la trajectoire, de ne pas sortir de l’histoire sans que l’idée même de la faire puisse l’effleurer un instant en cette ambition décoiffée de la synthèse du macaroni cuit et du chamallow rose.

La France, vous la rêviez conquérante, indépendante, humaniste et pionnière, vous lisiez au fronton des mairies de la république non sans une émotion certaine, les mots « liberté égalité fraternité » avec ce petit frisson révolutionnaire qui sommeille encore en chaque auditeur des grosses têtes.

« Productivité, compétitivité, employabilité » répondait en chœur la chorale HEC du fond de la succursale. L’histoire de France s’écrit avec une calculette.

Mitterrand disait qu’après lui il n’y aurait que des comptables, François Nollande tout à présenter du camembert de parts de marché, lui rétorque avec cet humour et ce panache qui le caractérise tant :

Power point l’autre pays du fromage

slide suivant !

tgb

L’opinion publique a t’elle une opinion ?

Réunissant ses administrés pour faire valider en sa salle des fêtes je ne sais plus quel projet foireux, le maire de Springfield, ville bien connue pour y abriter la célèbre famille Simpson, donnait à ses ouailles le choix suivant :

Si vous êtes pour dites « oui » !

Si vous êtes contre hurlez « mort à l’Amérique ! »

C’est ce que l’on appelle en termes de communication une induction (plus ou moins finaude) ou une question alternative (vachement) orientée. Bref quand la question détermine le champ de la réponse, y’a plus trop de suspens quant au résultat.

C’est le principe même de la question rhétorique à la Sarko : Croyez vous Mr Pujadas que je doive laisser en liberté l’égorgeur cannibale qui découpe en morceaux avant que de les faire rissoler les petits enfants innocents de nos villes et nos campagnes ?

Bon courage à super David qui tenterait le oui, mais y’a pas de danger.

Maintenant, prenons les derniers sondages, rapport à la fabrication en présidentiable, du dernier premier ministre à la mode Bilderberg, l’espèce de Drucker de la politique botoxée, Valls.

Le baromètre CSA lui attribue 39% de popularité.

Ipsos : 44%

Ifop : 58%

BVA : 64%

Soit une étonnante fourchette faisant le grand écart avec une modeste marge d’erreur de 25%.

C’est vous dire l’extrême fiabilité du truc.

Bref, selon que le sondage sera commandé par vos propres communicants de la bande à Fouks aux prestigieuses références ( Jospin, DSK, Cahuzac…) dans cette fabrication du consentement maintenant bien identifiée ou au contraire par un clan concurrent, le résultat variera plus ou moins du simple au double, le principe étant au final fort commercialement de faire plaisir au client.

Ainsi du dernier sondage bidon du torchon libéral dont l’intérêt est surtout de parquer en son sein les journalistes et experts les plus cons de France « L’Opinion » où il est démontré dans une interprétation acrobatique que le français est un libéral qui s’ignore alors qu’on y constate surtout une grande confusion mentale, un réflexe négatif quasi pavlovien à certains stimuli rabâché du genre « état providence » et au final un véritable attachement aux services publics.

Bref, une chose et son contraire. Damned encore raté.

S’il était une photographie de l’état du pays, c’était au moins le jour des élections. On prenait les résultats, on mesurait l’état de l’opinion, on projetait les tendances et les aspirations… Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Quand près de la moitié des électeurs s’abstiennent, que le pire des maires corrompus peut se retrouver triomphalement réélu avec 25% des électeurs inscrits ça ne révèle plus grand chose de tangible, si ce n’est que ceux qui votent encore, sont ceux qui regardent encore la télé, à savoir les abonnés du déambulateur, les installés de la zapette et les affalés du sofa.

Pas d’bol.

Mais c’est ce plus grand chose justement, cette part d’ombre croissante qui pourrait bien un de ces jours nous surprendre, puisque de moins en moins, mesurable, analysable et donc prévisible, ce trou noir de l’opinion qui commence sérieusement à échapper aux commentateurs de la commanterie officielle et blablateuse.

Ainsi quand un de ces exégètes patentés y va de son « les français pensent ou les français nous disent » je commence sérieusement à me demander de quoi ou de qui qu’il cause si ce n’est de lui-même, de son partenaire de golf ou de son jardinier sans papiers.

En tant que français, franchement je ne sais pas ce que les français pensent, je ne sais même pas s’ils pensent quelque chose d’ailleurs, je me dis juste que dans ce grand jeu de dupes, à force de faire les questions et les réponses, il se pourrait bien qu’un de ces quatre, l’on retrouve attaché à un poteau, un de ces tristes cuistres.

Ce qui pourrait d’ailleurs sous un angle radical, lui donner enfin un point de vue relativement différent.

tgb

Santo subito mon Paulo

Donc ce dimanche, à l’heure sacrée de la procession Ikea et du rassemblement oecuménique de chez Casto, nous canonisâmes du pape. En effet, grand embouteillage papal au Vatican où pas moins de 4 grands mitrés étaient convoqués ipso facto, dont deux afin de sanctification.

Pour rejoindre le cercle assez fermé des 10 000 Saints (canonisés = 1 miracle) et Bienheureux (béatifiés = 2 miracles) non seulement il te faut, être mort, griller la priorité aux 1500 candidats ayant envoyé leur CV et postulants devant le grand jury de la « St Pierre Académy »et bénéficier d’un bon gros coup de piston pour accélérer les délais. (tu connais l’administration, ça traîne ça traîne…)

Notons encore que, pour accéder à la qualité de saint, à l’égal de Saint Nectaire, Saint Marcellin ou Saint Félicien et passer à la postérité sous la forme d’un vieux fromage pourri, un certain nombre de conditions préalables et autres formalités sont requises :

– Succéder à Jean-Paul 1er, ayant eu l’indélicatesse de mettre son nez dans les finances vaticanes et passé avec pertes et profits ad patres pour tant d’intègre candeur.

– Continuer de lessiver l’argent sale planétaire pour mieux financer Solidarnosc, les Contras, ou tout autre mouvement contre-révolutionnaire, par anticommunisme mystico réactionnaire.

– Soutenir Pinochet et autre dictateur psychopathe contre la théologie de la libération et les prêtres ayant l’infâme volonté de consacrer l’église aux pauvres.

– Aider à la propagation du sida, notamment en Afrique, par des déclarations irresponsables et criminelles sur l’abstinence ou le préservatif et être à l’origine de centaines de milliers de victimes à la galipette fatale mais heureusement non plastifiée.

– Protéger les curés pédophiles telle l’ordure Maciel et imposer l’omerta au-delà du périmètre somme toute restreint du confessionnal, ce qui pourrait d’ailleurs tomber sous le coup de la loi et être considéré comme non-assistance à personne en danger ou non-dénonciation de crime et pu conduire, s’il y avait quelque justice en ce bas monde, le Paulo directement en taule.

– Enfin, épreuve subsidiaire et non facultative : faire 2 miracles.

Ainsi, dans le Cas de numéro 2, la guérison notamment de Sœur Marie Simon-Pierre souffrant de parkinson et démontrant l’immense désintéressement de tonton Paulo touché lui-même par la tremblote qui eut pu égoïstement se contenter de se miraculer lui-même.

Si c’est pas une preuve ça…

Une précision toutefois : la croix de trente mètres érigée à Brescia en l’honneur du souverain pontif JP2 écrasant le 24 avril un jeune pèlerin de 20 ans et pouvant être considéré comme un mauvais présage ou un signe de protestation divine selon certaines superstitions, n’annule pas le miracle précédent.

La sublimation d’une vieille fille hystérisée n’ayant évidemment pas d’équivalent avec la mort d’un touriste au mauvais endroit au mauvais moment et n’ayant visiblement rien compris au principe même de la crucifixion.

tgb

Le ministère touristique des affaires étrangères du dimanche

De jeunes français djihadistes exaltés, en lutte contre le régime d’Assad qui prennent en otage des journalistes français venus couvrir la guerre en Syrie et témoigner des utilisations présumées des armes chimiques du même Assad, c’est déjà pas banal.

De jeunes français djihadistes (entre 250 et 700) en lutte contre le régime d’Assad, dénoncés et traqués par les autorités françaises qui étaient pourtant à deux doigts, il y a moins d’un an, de foutre sur la gueule ce même Assad, avant de se retrouver seules en rase campagne à pousser du triporteur, ça devient abscons.

Surtout pour les mômes embrigadés.

Des journalistes français otages du groupe de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) en guerre contre Assad mais également en confrontation directe avec d’autres groupes islamistes comme le Front Al-Nosra ou le Front islamique de libération (FILS) à se décapiter à qui mieux mieux mais toujours d’accord au final pour dézinguer de l’ASL (armée syrienne libre) ça devient franchement illisible.

Mais des journalistes français otages libérés sans que la France n’ait payé de rançon puisque, pour jouer sur les mots, si ce n’est nous qui y allons du chéquier ce sont nos amis du Qatar ou des Emirat Arabes Unis qui, il n’y a pas si longtemps pourtant, finançaient encore directement ou indirectement ces mêmes organisations ou les armaient par le biais d’ONG, ça devient carrément le merdier.

Quand vers l’Orient compliqué, De Gaulle volait avec des idées simples, Fabius vers l’Orient complexe fait du rase motte avec pas d’idées du tout. (ou celles d’hollande ce qui revient au même).

Quand on sait, dans la continuité de la politique étrangère atlantiste et otanesque tout à l’émancipation des peuples, ce qu’il advint :

– de l’Irak supplicié aux attentats quotidiens

des massacres ethniques du Soudan du sud autrefois nommé Darfour avant partition occidentale

– de la Libye en plein chaos et régression, base arrière et poudrière de tous les trafics

– de la Bosnie où les communautés séparées et meurtries se réconcilient aujourd’hui dans la révolte sociale

– de l’Amérique du sud, ce modeste continent méprisé à envoyer du coursier aux obsèques de Chavez, avant d’interdire hors usage diplomatique et pour complaire aux ricains le survol de notre territoire par l’avion officiel de Morales avant de platement s’excuser tout ça pour finir par aller quémander quelques affaires juteuses à Cuba

– de l’Ukraine, dans ce suivisme béat fabricant officiel de guerre civile à bien s’aliéner la modique Russie…et à soudain défendre de l’unité nationale quand la spécialité de l’empire est généralement de la découper en morceaux..

on peut en conclure raisonnablement que la France n’a pas plus de politique étrangère que Valls de logiciel gauche ou Botul d’aptitude pour la géostratégie.

Pour une fois, devant ce constat navrant mais lucide, Grolardos l’ectoplasme qui nous sert de président eut enfin une idée géniale : confier à ce grand ministère des affaires étrangères devenu parfaitement inutile, le tourisme. (et accessoirement le commerce extérieur.)

Enfin Fabius, délaissant les relations internationales taillées un peu larges pour ses frêles épaules et partisan inspiré du travail dominical, à considérer qu’un estivant trouvant un magasin fermé le dimanche ne reviendra pas jeudi (mais peut-être mardi ?) trouve enfin ici sa pleine mesure et peut déployer toute l’envergure de son immense talent visionnaire.

La cinquième puissance mondiale détenant un siège permanent au conseil de l’ONU peut enfin jouer de toute son influence grâce à l’invention fulgurante de la diplomatie par le tourisme dominical.

Devant de telles pointures, on n’est plus très étonné que le solférinien lambda se fasse cirer les pompes, à domicile. Même si on ne doit pas oublier toutefois que c’est à ce mec-là

dans un moment d’égarement qu’on confia la mallette nucléaire.

tgb

L’esclavage temporaire avec toucher rectal

ça commence comme ça en « brisant les tabous »

il vaut mieux quelqu’un qui travaille dans une entreprise avec un salaire un peu moins élevé que le smic de façon temporaire et transitoire plutôt que de le laisser au chômage. »

Pierre Gattaz, fils à Papaz

et ça finit comme ça, dans un journal d’Athènes avec cette offre d’emploi en Crète  » on recherche des  femmes de chambre, sans salaire, contre nourriture et gîte ».

 Grèce, laboratoire du libéralisme par le chaos où le taux de mortalité infantile a augmenté de 40% et qui revient, dieu soit loué (mais low cost), se faire triomphalement dépecer par les marchés, ou comment passer de la civilisation à la barbarie en 5 ans.

Oui toute la logique mortifère de la compétitivité est inscrite en ce violent cheminement et soyons bien certains alors qu’il y aura des Pascal Lamy à tête de genou ‘un petit boulot c’est mieux que pas de boulot du tout ’ ou des Hubert Vedrine socialisse LVMH, pour nous expliquer toujours en brisant courageusement « les tabous » qu’il vaut mieux un boulot avec une petite gamelle que pas de gamelle du tout.

Briser les tabous consistant naturellement à dégoiser sur le coût du travail et jamais sur le coût du capital, cela va sans dire.

– Les objectifs sont clairs : revenir sur les acquis sociaux, privatiser la sécurité sociale, baisser les salaires d’un tiers.

– La stratégie bien au point : comme il ne s’agit pas de tout bazarder du jour au lendemain-pas-si cons, on ruse, on avance par petites touches, par grignotements successifs par travail sémantique : réforme tabou modernisation…par travail de sape.

1) – quelques francs-tireurs lancent un ballon d’essai, une rumeur…Smic APL…

2) – on évalue l’indignation, la résistance, au besoin on recule mais l’idée est dans les têtes

3) – on laisse l’idée faire son chemin avec frappe médiatique (éditocrates, sondages…)

4) – quand l’idée est mure, elle s’impose d’elle même devant une population résignée.

On n’a pas le choix !

La fabrication du consentement.

Et même si 0 miracle, cette idée ne s’impose pas du moins pendant que nous luttons pour que notre cadre de vie ne se dégrade pas trop ne luttons-nous pas pour qu’il s’améliore. C’est ainsi qu’une réforme aujourd’hui est synonyme systématiquement de régression. On te propose de te donner 20 coups de marteau sur la tête, tu résistes, on finit par ne plus que t’en donner 10.

Victoire et soulagement !

Il est évidemment impensable de faire disparaître la sécu du jour au lendemain d’un coup de plume. Elle est une institution pour les français, le socle de notre république, un principe fondateur. Alors faut-il l’affaiblir, creuser, entretenir son déficit (Ah la subtilité de la question rhétorique – peut-on laisser cette dette à nos enfants ? – notez bien que pour ce qui est des déchets nucléaires ou de la déforestation nos enfants on s’en branle considérablement -) par pacte de responsabilité successifs, par déremboursements progressifs jusqu’à la bascule, jusqu’à ce que l’assurance privée s’y substitue peu à peu.

Ainsi du travail du dimanche. Quand l’essentiel de la population « bénéficiera de cette nouvelle liberté acquise » croyez vous encore que cette journée sera payée double ?

Et ainsi du salaire mini minimum jeune, puis vieux, puis femme, puis pour tout le monde…

Et pendant ce temps-là, la grosse nouille Hollande dont on se demande si à l’heure actuelle il a plus de lucidité que Bouteflika lui-même, déjeune avec trois pantins libéraux partisans d’un plus petit que le smic : Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen alors que Thomas Piketty est reçu avec les honneurs par les conseillers économiques d’Obama…

Cherchez l’erreur !

Et c’est ainsi que paradoxalement et sans doute par tactique mais peu importe, aujourd’hui Dame Parisot ou Rachida Dati se retrouvent être plus à gauche que le gouvernement du valet Valls. Et c’est ainsi que 67 personnes possèdent autant que 3,5 milliards d’individus et que demain 5 auront tout et tous les autres rien. Et c’est ainsi que ce cuistre de Lamy ou son frère de venir demain nous expliquer avec condescendance que ce rien c’est déjà beaucoup et qu’après tout le tout n’est pas grand chose.

Sauf que ça n’arrivera pas, sauf que le capitalisme sera mort d’indigestion avant. Sauf que comme pour Berlusconi, Pascal Lamy condamné à des travaux d’intérêt général torchera Pierre Gattaz ou l’inverse pour un carambar par jour et que le peuple mort de rire de lui envoyer dans les dents :

– Camarade Lamy un carambar par jour c’est quand mieux que pas de carambar du tout.

tgb

Glandeur nature

Et pendant que le barnum médiatique en son service après vente nous fait avaler du bellâtre politique avec violon, cette sorte d’Escort boy maquillé d’un libéralisme peu frais, d’atlantisme proxo, le Credoc (centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) nous sort une étude sur les nouvelles tendances de consommation des français qui ne manque pas d’intérêt.

Oui, pendant que les flagorneurs de l’éditocratie française nous fabriquent du jeune avec du vieux, du moderne avec du ringard, du Valls avec du Thatcher, de la figure historique avec de la starlette pubarde, et pourquoi pas du Mendes-France avec du Delon comme l’écrit le pitre de la lèche barbichue, l’impayable Joffrin – prière de pas rire, pas se moquer des incontinents de la flatterie – on apprend par ce rapport que, si en ces temps de crise ou plutôt de hold up bancaire, les français se serrent la ceinture et optent pour une frugalité contrainte, il émerge aussi une pratique significative de la frugalité engagée et choisie, de la consommation alternative, une nette évolution des représentations sociales et de la conception du bonheur.

Loin des termes rabâchés par les « jeunes cadres dynamiques » de la politique moisie : compétitivité, performance, rentabilité, réussite, profit – on constate un total décalage entre les discours officiels et les nouvelles pratiques sociales.

A l’heure du travailler plus à produire n’importe quoi pour gagner moins que le smic et se faire gueuler dessus et cracher à la gueule par des kapos surpayés de l’ordre mondial, les français privilégient de plus en plus les loisirs, la famille, les amis, les enfants, donnent une part croissante à la réalisation de soi plutôt qu’à la réussite sociale, mettent en avant les mots « vacances – liberté – temps – soleil – amour – épanouir – profiter – joie – tranquillité – et commencent joyeusement à se foutre du productivisme et du consumérisme, tout autant que de ses représentants pour lesquels d’ailleurs il ne prennent même plus le soin de se déplacer certains dimanches.

Bref, visiblement la société évolue bien plus vite que ses cabotins de la politique spectacle, et l’on assiste clairement à un déphasage, voire à un profond hiatus, entre cette nouvelle réalité qui se dessine et le jeu de dupes d’ombres et de marionnettes politicardes qu’on nous survend.

Contrairement donc aux injonctions des fonctionnaires de la compétitivité, en parfaite inadéquation avec les gesticulations paniquées des notables de la pensée tunique, de plus en plus de français aspirent à vivre peinard, au vert, à prendre leur temps, à regarder pousser leurs gosses et leurs arbres, quitte à gagner moins tant qu’ils vivent mieux.

Et tandis que les petits soldats aux ordres de la mondialisation s’acharnent à éradiquer toute humanité au sommet d’un état qu’ils sont chargés de détruire tout en s’empiffrant, la population est en train de la réinventer là où elle se trouve, à coups de projets singuliers, foutant un sacré coup de vieux à certain produit euro RSCG.

Valls à la noix, premier ministre d’une coquille bientôt vide.

tgb