Cette pauvre Europe des riches

Ce n’est pas parce qu’entre 2008 et 2011, l’Europe a offert sur un plateau 1600 milliards aux banques nécessiteuses, qu’elle doit s’exonérer de gratter 200 des 500 millions d’aide alimentaire pour les crève-la- faim privilégiés, dans une politique d’austérité d’une rare pertinence.

Une économie de bout de chandelle que n’aurait pas renié le père Ubu lui-même.

C’est donc le cœur léger et fier du travail accompli que la désopilante Merkel et le milliardaire Cameron peuvent laisser éclater leur joie soulagée.

Il faut bien reconnaître une véritable noblesse et une certaine hauteur de vue à économiser un quignon de pain aux uns pour mieux offrir du caviar aux autres, au nom de cette lutte des classes un peu démodée autrement rebaptisée dans cette novlangue subtile qui nous prendrait un chouïa pour des cons :

compétitivité.

Il fut un temps où les riches s’asseyant sur la justice sociale se sentaient au moins redevables d’une forme de charité. Non seulement l’Europe patronnesse dans son souci de dorloter les marchés, organise la régression sociale, fait exploser la pauvreté, mais encore refuse même aux peuples la dernière des mendicités.

Un pas immense vers la civilisation.

Heureusement Flanby, ennemi de la finance à ses heures perdues et dans cette volonté déterminée qui n’appartient qu’à lui, était là.

« je vous le dit tout net : pas question d’accepter de réduction du budget au-delà de ce qui est acceptable »

Le spécialiste de la menace qui s’annule toute seule dans la même phrase a du trouver parfaitement acceptable donc de rogner deux paquets de coquillettes aux Restos du Cœur par exemple, tandis qu’explose la demande.

L’essentiel restant par ailleurs de sauver à la sauce hollandaise, quelques riches céréaliers français, les abeilles et les pesticides, le tout en même temps.

Comprenons nous bien. Si donner 1600 milliards d’argent public à des banquiers privés ne fait évidemment pas d’eux des assistés, donner une barquette de lasagnes Findus aux miséreux risquerait bien de les conforter dans leur statut de parasites de la société.

Et ça naturellement, pour cette pauvre Europe des riches ou cette riche Europe des pauvres, c’est économiquement, idéologiquement, juste inacceptable.

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

12 commentaires sur « Cette pauvre Europe des riches »

  1. Ouaip,
    Entre l' »Europe qui protège » de Sarkozy et « Mon ennemi, c’est la finance » de Hollande, …
    On ne se foutrai pas un tantinet de notre gueule ? (ou comment, moi aussi, je peux mettre la réponse dans la question)
    Arf !
    Zgur_

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