Le syndrome de Stockholm

Que penser du peuple italien plébiscitant à 80% Mario Monti, technocrate imposé par les marchés et Bruxelles, ancien collaborateur de Goldman Sachs directement responsable de la crise mondiale ?

Que penser du peuple espagnol ramenant au pouvoir le PPP, parti ultra droitier, pourtant à l’origine de la bulle immobilière, dans une surenchère malsaine de rigueur et d’austérité ?

Que penser des peuples grecque, portugais, anglais…de cette propension des peuples d’Europe à se réfugier dans les bras de leurs bourreaux à l’origine même de la dette ?

Que penser de ces peuples désorientés, victimes d’une idéologie libérale dévastatrice et fonçant à droite toute, remettre les clés de leurs geôles à leurs propres tortionnaires ?

Oui que penser de ces peuples pris en otage par les banques qui raisonnablement devraient se révolter et pendre les banksters aux branches, et qui pourtant s’empressent de se pendre à leur place après avoir vidé leurs poches, renonçant sans combattre sous l’arbre du sacrifice ?

Car si la piètre image de la prise d’otage d’usagers dont nous bassine à longueur de grève, les Jean-Pierre Pernaut de l’info moisie est une pure escroquerie sémantique, en revanche ici, il n’est pas abusif de dire que les peuples soumis à un violent chantage, se font directement braquer, un flingue sur la tempe.

On pourrait considérer sommairement que les peuples sont cons, que la machine à fabriquer du consentement tourne à plein régime et qu’à défaut d’alternative, les derniers électeurs chassent l’un pour remettre l’autre jusqu’à épuisement.

Ces explications sont vraisemblables. Elles ne suffisent pas.

Au-delà même de cette analyse, on peut se demander dans quelle mesure, il n’y a pas, dans ce comportement irrationnel et mortifère, quelque chose de l’ordre du syndrome de Stockholm.

Théorisé par le psychiatre Nils Bejerot en 1973 suite à l’affaire Jan Erik Olsson, le syndrome de Stockholm désigne la propension paradoxale des otages à développer une empathie, voire une sympathie envers leurs ravisseurs.

Ce syndrome serait un réflexe de survie inconscient, où la victime prendrait le parti du bourreau pour mieux sauver sa peau. Relation contre-nature, que l’on peut observer entre un dictateur, objet d’adulation morbide et son peuple, dans les phénomènes de violence conjugale ou de maltraitance où les victimes ni ne résistent ni ne se plaignent et continuent même à aimer leur tortionnaire.

A l’image même des délires du ravi de la crèche européenne, l’euroshooté Quatremer, plus le bourreau bruxellois au service des marchés fait mal plus les peuples semblent rechercher sa protection.

Il ne serait pas étonnant alors de retrouver bientôt notre nabot national remis en selle (de vélo) tandis que Flamby fin stratège, travaille, en guise de rançon, à effacer toute trace suspecte de socialisme dans son calcif.

On ne désespère toutefois pas ici, par fatalité plus que par optimisme, qu’un jour, inversement, émergera enfin le syndrome de Lima.

Le jour où les preneurs d’otage finiront épuisés sous l’influence enfin de leurs victimes.

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

22 commentaires sur « Le syndrome de Stockholm »

  1. Comme tu peux l’observer « dans les médias » , et conformément au schéma marxien de la contradiction centrale de l’accumulation capitaliste ( la baisse tendancielle du taux de profit qui débouche sur la valeur sans valeur et au final la contrainte de croître en décroissant ) , tout part en couille ( avec l’europe des marchés et de l’euro ) .
    C’est là le symptôme le plus significatif du diagnostic à faire.
    Le syndrome du larbin disparait spontanément quand le larbin n’a plus rien à attendre du maître .
    « Alors commence une période de révolution sociale » …
    ( lire le bouquin de Robert Kurz : http://levillagedesnrv.20minutes-blogs.fr/archive/2011/11/23/vie-et-mort-de-la-social-democratie.html )

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  2. Un certain La Boëtie, au XVIème siécle a très bien étudié ce phénomène dans son discours sur « la servitude volontaire » ! Tout y est déjà dit….

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  3. Les italiens et les grecs ont voté ? Alors attendons.
    Quant à l’Espagne, les chiffres indiquent un effondrement du PS et les médias un triomphe de la droite !
    Cette affaire ne se règlera que dans la rue. Où et quand cela commencera-t-il ? Nul ne peut le prévoir.
    En attendant relisez donc des récits concernant 1788 – 85 en France…

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  4. Rousseau a quand même ajouté la formalisation sociale du principe, Hegel en a déduit le concept général et Marx sa théorisation décisive dans la pratique sociale et économique .
    (sans oublier naturellement l’excellente vulgarisation du Pr. Mehlang Chang )
    Il n’y a pas que le capital qui s’accumule dans l’histoire humaine …

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  5. @lyonnais – Il se trouve oui que j’ai relu « la servitude volontaire  » tout récemment et que je ne peux que recommander aussi ce petit livre écrit à 17/18 ans je crois par l’Etienne.
    @urbain – Certes il n’y a pas que le capital qui s’accumule mais le capital se transmet voire s’accroit tandis que le savoir c’est moisn sûr

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  6. De mon point de vue « marxien » , assez clairement validé par l’histoire humaine, et singulièrement par la « volatilisation » récente et future de quantité colossales de « capital » accumulé, c’est précisément le contraire qu’on observe .
    En réalité la seule « valeur d’usage » qui « passe » ( et croît) , par ce que précisément elle ne s’éteint pas du fait de sa seule objectivation ( usage/consommation) , dans l’histoire humaine, c’est précisément … le savoir humain.
    C’est d’ailleurs la seule chose dont nous « héritons » … tous .

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  7. sans doute mais à l’heure du retour de l’obscurantisme, du créationisme… de tous les Savonarole de tous les intégrismes on ne peut pas dire que l’intelligence éclairée soit en expansion ces temps ci

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  8. Ne pas confondre le savoir ( relatif à une réalité objective ) et sa transmission/accumulation
    avec les formes idéologiques ( religieuses , juridiques , politiques , etc. ) sous lesquelles le rapport social est reproduit, autrement dit « l’opinion » .
    Ne pas confondre l’action d’informer le jugement avec celle de le rendre informe, même si elles sont abusivement substantivées dans le même mot.

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  9. Bon Dieu, quel charabia élitiste ! Même pas du Français avec des apostrophes partout.
    A pas changé le pauvre Urbain… Nous dégoûterait du marxisme à jamais. Cet intellectualisme pédant est vraiment verbeux, obscur, incompréhensible, sans intérêt.
    Ces gens qui parlent du peuple avec ce charabia intello-sociologico-philosophique me font rire. Pas un citoyen modeste ne comprend ce langage hermétique !
    Rire jaune.
    Étonnez vous que les idées de droite soient hyper majoritaires dans ce pays ! Avec des intellos de gauche de ce niveau les BHL et autres pantins ont une autoroute devant eux.
    Misère de misère…

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  10. Je note quand même qu’il met un conditionnel quand il déplore que je le « dégouterait du marxisme à tout jamais ».
    Ce qui laisse supposer qu’il ne l’est pas (dégouté ) , et donc accessible à la dialectique marxienne.
    Et ça c’est déjà une bonne nouvelle … qui atteste du « retour du réel » , même chez les moins réceptifs d’entre nous .
    « Les faits sont têtus » il est vrai.

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  11. D’accord, d’accord.
    Sauf que le syndrome de Stockholm n’a pas sa définition au conditionnel et que ça me froisse un peu de comparer otages et peuples. Ca n’a rien à voir.
    Je saiiiis, c’est une imaaaaage.
    Mais réellement: rien à voir.
    Bises tgb! (ça fait plaisir de revenir)

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