La startup notion

Un employé d’un Jobcenter berlinois «Nous proposons aux entreprises du matériel humain bon marché»

Si les romans d’anticipation avaient en général bien vu le système d’aliénation, de surveillance globalisée et de servitude volontaire à venir et venu, s’ils nous avaient appris et pour cause, après les expériences fascistes et communistes désastreuses, la perversité des états tentaculaires et omnipotents, du moins n’avaient ils pas forcément identifiés que le despotisme passerait des mains de l’état à celles des multinationales.

Non pas des états dans l’état mais des monstres sans frontières plus riches plus puissants que les nations elles mêmes et venant directement dicter leur loi par l’entremise des lobbies, des médias, des traités CETA, TAFTA, jusqu’à imposer leur novlangue déshumanisée, leur culture d’entreprise marchandisée, leur globish débile mais « moderne », leur « valeur » travail, dans un système managérial totalitaire transposé dans la vie courante.

Je gère ma famille.

Non ils n’avaient pas forcément imaginés que des conglomérats vendeurs de saloperies, prêts à liquider l’humanité pour refourguer deux barils de poison de plus, iraient jusqu’à assujettir les nations, les continents, jusqu’à les contraindre, les acheter, les mettre à leur disposition, échappant aux impôts, aux normes sociales et écologiques, aux juridictions nationales, aux intérêts généraux.

Rassurer les marchés.

Oui devant la surpuissance financière d’un Monsanto/Bayer par exemple, aucun pays, aucune organisation n’a les reins assez solides, pour imposer sa volonté politique, sa raison démocratique, ses intérêts généraux.

Quand les RH eux mêmes montrant le nouvel exemple, s’enrichissent en licenciant des salariés et deviennent ministres du travail, quand les députés suivent des stages de team building, quand les gouvernements se réunissent en séminaire, quand les présidents eux mêmes se vivent en manager, on comprend combien la startup nation a pris le pas sur la nation citoyenne, l’école se devant alors de former de la chair à business dans un prêt à consommer et à vendre de la merde tant qu’il en reste.

J’ai durant dix ans enseigné la communication au CELSA (Paris 4) à des RH en devenir, essayant d’injecter un peu d’humain et de distance dans le benchmarking et autre foutrerie de ce genre avant d’être éjecté pour cause d’arbitrage budgétaire sur un simple coup de téléphone. J’avais bien compris que ce que je représentais était considéré comme variable d’ajustement, sorte de superflu et de supplément d’âme peu rentable et au final nuisant même au profit.

Ainsi à l’heure où tout est devenu marchandise, de l’eau douce à l’organe, de l’air marché carbone à la sécurité privée, de l’oeuvre d’art à la catastrophe plus ou moins naturelle, à l’heure où tout est prétexte à la spéculation et aux dividendes, le profit étant devenu l’alpha et l’Oméga du pas vivre ensemble mais de tous se foutre sur la gueule, tout ce qui entrave, la libre concurrence, la compétitivité mortifère, la liberté de tout dévaster, devient illégal.

Un total renversement de valeurs.

Les milices privées ayant intérêt à la guerre, les laboratoires pharmaceutiques à la maladie, les consortiums du BTP au déluge…

Si encore le système privé était efficace, si la concurrence faisait comme ils le prétendent baisser les prix, mais en vérité très vite tel groupe impose son monopole, son organisation lié au profit au marketing finit par coûter bien plus cher à la communauté et génère une administration kafkaïenne encore pire que n’importe quel système étatique.

Pourtant si on râle à la poste dans la file d’attente on trouve normal de passer une demi heure à la caisse de chez Monop, si on gueule devant les retards de la SNCF, on attend sagement le SAV de chez machin qui passera entre 8 heures du matin et 13 heures. Si il passe.

C’est donc le contraire même de la victoire du pragmatisme auquel on assiste mais à une guerre idéologique qui au final n’est que le vernis d’une affligeante pauvreté argumentaire de la barbarie financière au service d’une poignée de tarés cupides et mégalos.

Alors tel immonde salopard politique peut déclarer que seuls ceux qui travaillent ont le droit de manger ( et qu’il est hors la loi de se servir dans les poubelles)

tel ignoble PDG écrire que l’accès à l’eau potable n’est pas un droit de l’homme

et le monde carcéral de l’entreprise avec ses objectifs à 15 jours, ses évaluations permanentes et ses open spaces comme unique espace social de devenir la seule option possible.

Citoyens soyez consommateurs, clients, abonnés, collaborateurs, employés jetables et pour les plus vicelards d’entre vous, milliardaires éventuellement.

je m’exploite moi même.

Et alors de ne plus savoir d’où par exemple Hubert Védrine parle : « La France est le seul pays très développé qui n’a pas réalisé l’indispensable réforme de son modèle social » de sa condition d’ancien ministre socialiste ou de chez LVMH.

La confusion et la porosité étant à son comble et d’autant plus dangereuse quand elle est portée par un type dit «  de gauche ».

Et alors le cuistre Collomb de se vanter d’un partenariat gagnant gagnant (je me suis toujours demandé dans le win win comment on pouvait être deux à faire une bonne affaire) – J’ai toujours été favorable à la collaboration entre public et privé mais dans un cadre gagnant-gagnant. tandis qu’il liquide sa ville de Lyon au profit de VINCI.

Oui en effet comme l’exprimait si bien mal N. Sarkozy – l’homme n’est pas une marchandise comme une autre – le vivant étant le bien le moins précieux et le plus abondant, il est devenu la marchandise la plus anodine. De la chair à canon à la chair au marché.

La multinationale est aujourd’hui la nouvelle forme synthétique du totalitarisme et du fascisme réuni. Si l’état jouait avec notre peau, l’entreprise n’a d’autre but que de la vendre.

A nous de la défendre chèrement.

Elle est au final notre seul drapeau.

tgb

Share|






Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

14 commentaires sur « La startup notion »

  1. En 1974 j’étais en classe Terminale, un prof nous a conseillé de lire « L’imprécateur » de René-Victor Pilhes qui expliquait comment une multinationale broie l’humain et prohètisait la fin des démocraties par ceux qui auront voulu « faire du monde une seule et immense entreprise. »

    J'aime

  2. je n’ai hélas pas tout lu et je suppose oui qu’il y a quelque auteur s’étant emparé du sujet mais peut-être pas les plus connus – ce titre me dit quelque chose

    J'aime

  3. Il y a aussi le film « Mille milliards de Dollars » (de Verneuil avec Dewaere en 1982)tiré d’un bouquin: « Mille milliards de dollars : le monde économique de demain » paru en 1969.

    J'aime

  4. A l’époque Pilhes était trés « médiatisé » ainsi que les défenseurs du néolibéralisme,Nouveaux philosophes, De Closet. Dans le milieu plus confiné des intellectuels, les débats sur le devenir de la société sous l’emprise de la Nouvelle Economie, faisaient rage entre Sartre, Aron, Faye, Sollers, Jouffroy, Braudel, etc…

    J'aime

  5. Très bon billet en effet, merci…
    Sauf une coquille dans le titre : « Startup Nation » plutôt que « notion »… Non ?
    (ou bien c’est une erreur volontaire, pour une raison subtile qui m’échappe!)

    J'aime

  6. c’est bien la deuxième proposition – une notion subtile qui t’échappe mais rassure toi elle m’échappe aussi mais c’était parfaitement intentionnel

    J'aime

  7. Parait qu’il est question de transférer le taf des gendarmes de la route au privé. Que Mr Colomb facilite le transit des fonds de l’intérieur n’est finalement guère surprenant…

    J'aime

  8. faudra quand même songer à lui changer les couches à papy mouillette – moi qui retourne au guignol avec ma petite môme je regrette la disparition (rah le politiquement correct) des coups de bâton sur le chef de la maréchaussée public ou privé d’ailleurs
    mort aux vaches !

    J'aime

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :