Les histoires de Tina (on refait le match)

Il était une fois, une planète sur laquelle on jouait un drôle de jeu :

On appelait ça le capitalismball.

Ce jeu subtil voyait s’affronter deux équipes durant un certain temps :

Le Team Oligarchico-Ploutocrate (TOP) ; maillot or Prada (équipe A)
Le Populo-Olympico-Football club (POF) ; maillot gris Crado (équipe B)

Les règles étaient assez simples.

L’équipe B devait suivre strictement le règlement : pousser le ballon à cloche pied, une charge de 70 kilos sur le dos, yeux bandés, tandis que l’équipe A jouissait de tous les droits avec une totale impunité. Le capitaine de l’équipe A par exemple, bénéficiait d’un taser dont il pouvait user à convenance.

On appelait ça le fair-play.

Si du côté B on jouait à dix, le goal ayant été licencié suite à une réforme modernisant le jeu archaïque, dans l’équipe A on pouvait jouer à 33, étant entendu qu’y étaient recrutés à prix d’or les meilleurs joueurs du monde.

On appelait ça le Mercato (ou marché)

Quand un joueur de l’équipe B se montrait talentueux, il était transféré dans l’équipe A, acheté ou vendu, cela même au cours de la partie.

On appelait ça l’ascenseur social.

Il allait illico se domicilier en Suisse ou Monaco.

On appelait ça : Allez la France ! (tu l’aimes ou tu la quittes)

Si un joueur de l’équipe B osait la moindre réclamation il était immédiatement expulsé du terrain puis du territoire. En cas de récidive, il était condamné à perpétuité.

On appelait ça l’escalier B.

On le remplaçait au pied levé par un joueur philippin de moins de dix ans ou un plombier polonais.

On appellait ça l’externalisation.

L’équipe A avait en revanche droit à autant de remplaçants qu’elle le souhaitait. Ne subissait ni carton jaune ni carton rouge et pouvait sous les yeux de l’arbitre objectivement partial : un politique corrompu et incompétent…

On appelait ça un pléonasme,

…finir n’importe quel joueur adverse à coups de crampons sous le regard ému des télévisions Murdoch avec les commentaires enthousiastes et racistes de Brice Hortefeux.

On appelait ça le nationalisme.

Du côté A les cages mesuraient 1 m de large sur 50 cm de haut, protégées par des mines à fragmentation (expérimentées en Libye), du côté B, les cages mesuraient 54 mètres en largeur sur une hauteur de 44 mètres 72 (environ).

On appelait ça la glorieuse incertitude du sport.

Si par miracle l’équipe B marquait un but, il était immédiatement crédité à l’équipe A, qui si elle même marquait à son tour, triplait son score donnant aux supporters autorisés (le premier cercle ou CAC 40) bonus et dividendes défiscalisés.

On appelait ça la moralisation du capitalismball.

Le joueur de l’équipe B ayant par inadvertance (ou inconscience) scoré, était éxécuté sur le champ dans la surface de réparation sous le regard admiratif d’Alain Minc et de Christophe Barbier.

On appelait ça le tir ou but (ou penalty)

L’équipe A jouait à domicile, recourait au dopage, s’hydratait, l’équipe B n’avait ni vestiaires, ni coach, ni soigneur, devait jeûner une semaine avant la rencontre et se faisait lapider par le public encourageant ces « feignants d’assistés ».

On appelait ça un handicap (ou rigueur ou austérité)

Le plus curieux de l’affaire était que l’équipe A réussissait parfois l’exploit de perdre un match.

On appelait ça la crise (ou crach ou révolution ou game over)

Match qu’on s’empressait d’annuler pour tricherie cela va de soi.

On appelait ça la fraude sociale.

A la fin c’est toujours l’équipe B qui payait l’addition.

On appelait ça la mondialisation (ou nouvel ordre mondial).

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

11 commentaires sur « Les histoires de Tina (on refait le match) »

  1. Très imagé , c’est tout à fait çà !
    Tes doigts ont pris quelques libertés sur ton clavier : « On appelaçait « .
    Je fais un lien chez moi .

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  2. oups merci j’ai vu quelques coquilles je m’empresse de corriger – faut dire à ma décharge que je ne suis pas sur mon ordi habituel

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  3. très bien imaginé, l’esprit est toujours là, clap! clap!
    par contre, oh la mauvaise excuse pour les fautes, bouh.

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  4. même en relisant cent fois on laisse passer des énormités. Cela dit écrire un texe directement sur le blog avec un compte à rebours pour l’enregistrement sans traitement de texte et avec une clef 3 G relève de la pure acrobatie – je vous raconte pas le suspens – un vrai thriller…
    donc pas de liens et pas de fioritures

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  5. j’avais vu la faute de frappe mais je n’avais pas osé en rajouter une couche ni entamer une polémique freudienne voire lacanienne sur les méandres tortueux de votre esprit.

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  6. Euh, moi, je ne suis même pas dans les tribunes – équipe C !-]
    Et, il y en a même qui veulent voir les matches ; mais ils sont dehors en train de faire la queue – équipe D !!!-DDD
    (toujours aussi bons, tes billets – tgb ;-]

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