Columbo : brigade anti bling-bling

J’ai reçu à Noël une compilation de la série Columbo.
J’ai déjà vu tous les épisodes vingt fois (au moins) et je les reverrai encore une 21 ème fois avec le même indéfectible plaisir,  la nostalgie kitch des années 70 en plus et la version VO enfin.

J’ai toujours  été fan de cette série et quand je zappe à la télé, désespérant de trouver quoi que ce soit de regardable qui n’insulte pas trop mon honorable intelligence, je finis  toujours au final, par me caler sur un épisode de Columbo ou des indémodables Simpson, sur une de ces chaînes négligeables dont je n’ai nulle envie de citer le matricule.

Peter Falk acteur héros de l’anti héros de la série, souffre aujourd’hui d’Alzheimer. Il sucre méchamment les fraises et ne se souvient plus de grand chose et évidemment pas qu’il incarna durant tant d’années (18 saisons) et tant d’épisodes (prés de 70) ce personnage de flic à l’imper beige, à la 403 Peugeot pourrie et décapotable, au basset artésien répondant au nom inspiré de « le chien » et marié à une femme mille fois évoquée mais jamais représentée, répondant au doux prénom de « ma femme ».

Peter Falk donc, grand pote de Cassavetes, dans sa fin de vie naufragée est même aujourd’hui l’enjeu d’une mise sous tutelle et d’un combat juridique entre une de ses épouses (peut être bien la dernière) et l’une de ses filles (peut être bien légitime). Déchéance ordinaire et sordide du mythe Hollywoodien.

L’originalité folle de cette série classiquement policière est de balancer direct le nom du meurtrier, le comment du pourquoi d’un crime toujours  très trop sophistiqué (alors qu’il est si simple de faire simple) et de se débarrasser recta de toute intrigue et de tout suspens. Fallait oser.

Oui le flic choppera l’assassin, oui la vertu triomphera du vice et non le crime parfait n’existe pas ni ne paie. L’affaire est entendue. On s’en tape.

Car l’intérêt du feuilleton réside avant tout dans la manière implacable dont le flic justicier à l’air con, à la vue basse, au style brouillon, ce bouffeur de chili con carne invétéré, ce machouilleur de cigare éteint qui pue, ce collectionneur maniaque de petits détails, va coffrer le meurtrier, pour qui, il peut avoir à l’occase plus ou moins de sympathie mais à qui il ne laissera pas l’ombre d’une chance.

La rédemption n’étant pas son rayon.

Que ce feuilleton soit apparu au début des années 70 n’est pas anodin, car il y a dans son mécanisme et sa dramaturgie, quelque chose de la lutte des classes, de la revanche jouissive du petit contre les grands, du modeste fonctionnaire ne payant pas de mine et mal payé surtout, démasquant le notable baignant dans le luxe, la gloire et les dollars qui vont avec.

Oui, l’assassin, le « méchant » est toujours un de ces « winner »  socialement aisé, partie intégrante de la ploutocratie californienne, plutôt beau,bronzé, brillant, bien sapé, étalant sa réussite décomplexée dans le dream Américain climatisé avec ce cynisme et cette désinvolture propre à ceux qui se savent intouchables.

Tandis que le Lieutenant Columbo, flic volontairement terne, quasi transparent, en rajoutant même dans sa gaucherie, se fichant radicalement de son look et cultivant une sortie d’innocuité ahurie, affiche un anti bling bling compulsif et propice même à son enquête et à ses obsessions.

Il fait pitié, il amuse, il agace, il déconcerte et gagne à la fin.

C’est l’anti pipole se goinfrant le pipole, c’est le faux modeste se jouant du mépris, c’est la pseudo insignifiance venant à bout du clinquant et de l’esbroufe. C’est Diogène rappelant aux pédateurs de s’ôter de son soleil. 

C’est la force de l’être sur le culte de l’apparence.
La force du raisonnement et le mépris du revolver
C’est la certitude patiente que la ténacité triomphera de la vacuité.

En cela bien sûr, Columbo et son œil de verre parle de nous, de ce rapport instauré entre ceux qui ont tout et qui en veulent encore et ceux qui n’ont rien et qui doivent le payer. En cela bien sûr Columbo nous rassure et nous venge :

c’est par la ruse que les faibles mettrons en taule les puissants, victimes de leur propre vanité.

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

24 commentaires sur « Columbo : brigade anti bling-bling »

  1. C’est bien vrai tout ça , moi aussi j’aime bien Colombo qui avec son air con et sa vue basse (soi-disant) a toujours coincé les méchants républicains

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  2. Excellent ! Un joli et pertinent hommage. J’aime aussi les revoir et c’est plus drôle et mieux ficelé que les décorticages de cadavres en série sur toutes les chaînes.

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  3. @ agathe – c’est vrai que chez columbo les cadavres sont toujours propres sur eux et salissent assez peu – on tient la camarde à distance
    @ henri A – je ne peux accepter votre démission de ministre à je ne sais plus quoi et au reste ! vu que je dois, par décret , vous faire fusiller dés notre prise de pouvoir – j’en suis bien navré.

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  4. Et ces salauds d’amerlocs qui lui collent en guise bagnole pourrie, un cabriolet 403 pigeot, hein c’est pas salaud ça hein ?….
    Salauds !!!!

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  5. ah voilà ma tendance kouchner qui monte au balcon – si on ne peut plus fusiller personne je ne vois pas l’intérêt de prendre le pouvoir

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  6. ah tu vois dés que je te prends par les sentiments – bon mais si on fusille pas le ministre du pied à coulisse qui était pourtant volontaire on va fusiller qui ? les ennemis ? c’est d’un vulgaire

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  7. C’est commun, c’est vrai.
    Oh ou alors, tartez la gueule des vilains à coup de tongs graniteuses (hé oui là, c’est pour vous, les mecs. Moi je pourrai à peine lever les pieds!)

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  8. Mouais ma dernière réplique n’est pas à la hauteur, je trouve!
    C’est mal.
    La tendance Kouchner va aller se réparer la boîte à répliques en dormant!

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  9. On vous laisse cinq minutes vous deux et c’est repartie à celui qui va jouer du violon ou de la harpe avec une plume en faisant le moins de son possible !
    Quand je serais fusillé cela fera du bruit !

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  10. et bien je vais en parler à mon ministre de la kouchnerie active et lui proposer derechef monsieur le ministre du violon de la harpe avec plume où vous voulez de vous fusiller avec silencieux ce qui devrait le ravir vu qu’il (mon ministre) est très sensible et que la moindre émotion un peu forte (son côté poète peut être) le bouleverse – nous prendrons soin également de déposer un matelas moelleux au pied du poteau d’exécution pour que votre corps (d’état ) choie (après exécution) confortablement – si c’est pas du droit de l’homme délicat ça…

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  11. Mais où veux t-il en venir me disais-je au début de l’article…
    Au final, une montée en puissance qui me donne envie de (re)voir notre cher et unique Columbo à l’oeuvre, en toute simplicité…

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  12. Merci de prendre soin de mon état émotionnel, Président.
    Et dites-donc, très cher ministre de la plume dans le cul, je faisais quasiment barrière de mon corps pour vous éviter la mort et vous chipotez pour quelques pinçages de cordes de harpe!

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