Le multi récidiviste

Ainsi donc, dans ce grand barnum compassionnel, à l’heure de passer au confessionnal  TF1, selon que vous saurez émouvoir ou pas, bouleverser ou pas, endosser avec sincérité le rôle de la victime en arborant vos stigmates ou pas, souffrir le martyr au JT du Golgotha 20 heures, faire pénitence en reconnaissant vos erreurs mais pas vos fautes ni votre responsabilité ou culpabilité jamais, vous serez, par le tribunal médiatique et l’avis du public, la courbe de l’audimat faisant foi, absout ou crucifié, promu ou démissionné, exonéré ou éliminé du jeu à 1 euro 20 la minute. 

Storytelling – tv réalité même combat.

Car au-delà des faits, des principes et des lois, des petits arrangements avec la vérité travaillés en média/training, ce qui importe n’est pas d’avoir la conscience ou l’inconscience tranquille, d’assumer ses actes ou ses lâchetés, mais bien, et on le sait depuis Meursault (l’Etranger – Camus)  d’avoir la capacité à bien pleurer aux enterrements devant la caméra.

C’est donc bien, au détecteur de mensonges télévisuel, selon que vous serez zappé ou pas, que le tremolo dans la voix vous fera coupable ou innocent.

Qu’on vous prenne en direct, la main dans la culotte raciste de l’auvergnat ou en flagrant délit d’escroquerie mise en scène chez Leclerc, du moment que vous saurez toucher le cœur de cible, déballer vos blessures narcissiques dans une audacieuse impudeur, vous indigner avec les mots qui gagnent, vous serez gracié ou supplicié pile  poil à l’heure du plateau repas.

Depuis qu’on a vidé, étripé, édulcoré Guy Moquet pour mieux le rendre inoffensif,  depuis qu’on a instrumentalisé le jeune communiste, jusque  dans les chiottes d’une triste équipe de France, depuis qu’on lui a dénié toute vérité historique, tout combat et engagement politique pour n’ en laisser qu’un fils châtré et bouleversant disant adieu à sa mère, le glissement progressif du sens au sensitif, de la chair au derme, n’à cessé d’en rajouter à la confusion et au simulacre.

A jouer, les gros bras d’un côté, le renforcement mécanique des lois contre la récidive, les chiens méchants, la pédophilie ou la pulsion criminelle, à parler d’homosexualité ou de délinquance génétique, à pousser au lynchage à chaque fait divers, à flatter les bas instincts, les je rote tout haut ce que les français pètent tout bas, tandis que de l’autre côté, on compatit avec une indulgence raffinée aux errements existentiels, aux déviances esthétisées des pipoles, des nantis, des fils ou neveux de …y’a bien des chances que cette injonction paradoxale perverse, finisse par faire d’irréparables dégâts.

A trop miser sur la sainte trinité : Logos Pathos et Laurence Ferrari, à trop brasser le cul la comm et la réalité, à botter le cul de l’ethos quand ça arrange tout en imposant une morale de classe à coups de flics et de fric, à exacerber la sensiblerie contre la sensibilité, l’émotivité contre l’émotion, on pourrait bien revoir effectivement quelque foule hystérique criant « à mort » et du bouc émissaire pendu aux branches.

Dans cette époque dramatiquement épidermique qui parle aux tripes du consommateur et à ses intestins et surtout pas, au cerveau du citoyen qui, je vous le rappelle, doit rester absolument disponible  au gavage, au gobage et à l’abêtissement, jouer régulièrement avec les affects des gens pourrait bien être considéré comme de l’incitation au crime.

C’est à la tête de l’état qu’officie en toute impunité le pire des récidivistes.

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

15 commentaires sur « Le multi récidiviste »

  1. Tu as tout bon TGB.
    Toute cette mascarade sent le média-training à 100 %
    Je me trompe rarement : à la dernière question de Laurence Ferrari qui semblait faussement agressive et qui était en réalité une perche tendue à FM pour clore l’entretien par 1 minute 30 de fausse sincérité outragée, et ce, malgré tout le talent des protagoniste, je n’ai pu m’empêcher de sentir l’artifice.
    Tout cet entretien d’hier a été répété, re-répété, étudié, préparé, archi-préparé, étudié jusque dans les moindres détails…
    Ce n’est pas à un vieux singe de la com comme toi qu’on va apprendre à faire des grimaces, n’est ce pas TGB ?
    Ni à l’infâme vieux ouistiti que je suis qu’on va faire prendre des vessies pour des lanternes !

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  2. je sais pas si j’ai tout bon vu que j’ai pas vu, vu que de courts extraits au zapping mais je connais et reconnais bien ce genre de gestion de crise ou chaque question et chaque mot est pesé travaillé ou chaque attitude est évaluée – heureusement ça n’empêche pas la somptueuse connerie comme le boxeur de 40 ans ou chez france telecom la mode du suicide –

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  3. Excellent ! L’essentiel est d’occulter l’essentiel. Le grand show à l’américaine de Clinton (entre autres) sincèrement menteur puis menteur sincère est un vrai modèle. Nous avons tellement à apprendre de la société du spectacle… Le ras des pâquerettes, un étalon pour longtemps.

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  4. « sincèrement menteur puis menteur sincère »
    juste – ou autrement dit – ne pas raconter une histoire vraie mais raconter vraiment une histoire

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  5. Bravo! qu’en termes choisis vous nous innoculez la chose! je l’ai dit moins bien que vous dans mon blog 20mn » l humeur vagabonde » de tout c…oeur avec vous!

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  6. En effet, c’est excellent. Tout y est – et bien dit.
    Pour le boxeur de 40 ans, je suis d’accord que ça fait tache. Parce qu’aller si loin pour s’offrir les services d’un quadra, fût-il boxeur, ça fait petits bras, quand il y a tant de jeunesse à portée de main.
    Voilà ce que c’est que d’aller à l’étranger quand on ne parle pas la langue du pays.

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  7. Bin, en plus, j’ai lu quelque part que beaucoup de thaï étaient édentés à 40 ans. a fortiori un boxeur, il me semble ;-D
    Donc, soit il a très mauvais goût, soit il ne dit pas tout à fait la vérité. La licence poétique, sans doute …
    Mais, aussi, il a peut-être confondu 7 ans et 77 ans. mouhaha! « Sa mauvaise vue ».

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