La Sorcière au placard

Il était une fois, à Montmartre, entre l’avenue Junot et la rue Lepic, un gentil petit passage champêtre, escalier mystérieux, arboré et bucolique  ouvert au public :

le passage de la Sorcière.

Apprécié des riverains, des flâneurs et des touristes hors des sentiers battus, ce passage piétonnier, dernier vestige du « maquis de Montmartre » vient d’être fermé arbitrairement par le syndic des copropriétaires sous les prétextes usuels et bien rodés  – quand on veut tuer son chien on l’accuse de la rage – de la sécurité et de la dangerosité du lieu.

Bref cet espace public, collectif, vient tout simplement d’être privatisé.

Certes, ce coup de force ne changera ni la face du monde, ni celle de Paris, ni même n’affectera la qualité de la sieste manageuse du maire Delanoë, suite à sa nuit blanche.

Cette (petite) affaire pourtant me semble assez emblématique de la posture embourgeoisée de l’élu socialiste lambda et de l’accaparement par des intérêts particuliers de l’espace public et social au détriment d’une cohabitation citoyenne et d’un certain art de vivre ensemble.

Bref du délabrement de la république et du délitement de son esprit civique.

Un nouveau ghetto de riches avec hôtel de luxe, vient donc de naître à Montmartre, sorte de « gate community » d’Anglosaxonie, segmentant un peu plus l’espace commun et refoulant le vulgum pecus sur la route à bagnoles entre deux merdes de chien.

Un accord, il y a quelques années, avait été conclu entre les différents co-propriétaires, dont la marie, possédant un charmant et discret terrain de boules (il me revient un pastis délectable sur invitation…) afin de garantir le passage public. C’est sur cet accord, sans concertation, et unilatéralement qu’est revenu le syndic interdisant ainsi par une méchante grille avec digicode  (un peu comme le bunker PS de Solférino) le lieu commun.

Lors de la manif bon enfant de samedi dernier, 150 participants remontés, six flics débonnaires  et une poignée d’élus, il était fort éducatif  d’entendre Monsieur Christophe Caresche, député PS de Paris, censé défendre le bien public, se fendre d’un discours copieusement sifflé du genre :

« les copropriétaires sont aussi des citoyens de Paris, ils ont aussi des droits, nous défendons le droit à la propriété privée et en conséquence nous ne ferons rien qui aille à l’encontre de leurs droits »!!!

Tandis que l’adjoint vert se démarquait courageusement de la majorité municipale dans une intervention mémorable qui pourrait se résumer en :  – c’est pas moi c’est ma soeur qu’a laissé blinder la grille centrale –

Bref à l’heure où notre cœur Vaillant, maire somnolent de la rente 18eme, semble plus préoccupé de récupérer l’action contre la privatisation de la poste et ses bulletins, (action pour laquelle il n’a guère décollé son postérieur de son fauteuil en cuir de notable véritable et qui avec ses amis de la dream team Jospinienne avait largement œuvré pour l’ouverture du capital de la société de services publics), que de protéger le bien collectif, cette anecdotique affaire illustre parfaitement le dévoiement et le déphasage azimuté des sociaux démocrates définitivement à l’ouest. Et bientôt nulle part…

Preuve s’il en est ce délicieux et édifiant petit dialogue que j’eus avec une militante socialiste  (il en reste si si, enfin au moins une)  :

Elle – Il faut que la gauche se rassemble
Moi – encore faudrait-il définir ce que vous mettez derrière le mot gauche
Elle – ah ben si on commence comme ça !!!

L’histoire du passage de la Sorcière donc, toute anecdotique qu’elle soit, révèle bien ce glissement de l’intérêt général vers l’intérêt particulier et comment le PS, un coup dans le zig, un coup dans le zag, a finalement choisi son camp.

Quant à l’escalier romantique, nul doute que les signatures de Richard Berry, Charles Berling, Jean-Paul Rouve…sur la pétition citoyenne, sauront émouvoir nos élus, entre deux camomilles, plus sensibles à la causerie du pipole qu’à la cause du peuple. 

Affaire à suivre….

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

14 commentaires sur « La Sorcière au placard »

  1. Voilà exactement tout le mal que font les élus en évitant scrupuleusement tout discernement pour favoriser la vie, les échanges, le bien-être de tous.
    Mais l’enjeu n’est surtout pas là …

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  2. je ne crois même pas qu’ils évitent scrupuleusement…je crois qu’ils ont mis tellement longtemps à accepter le libre marché et sa mondialisation qu’ils n’ont plus les moyens ni physiques ni intellectuels pour en sortir ils sont cuits coques.

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  3. Peu à peu (enfin, depuis un moment quand même) Monmartre est devenu une très jolie réserve, avec ses débarquements de touristes minutés toutes les cinq minutes et ses résidents friqués venus profiter de la vue. Clair que c’est dommage.
    (« Preuve s’il en est ce délicieux et édifiant petit dialogue que j’eus avec une militante socialiste »
    Arghhh… malheureux ! Faut pas leur parler, aussi…)

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  4. JBB – Zgur
    j’étais sûr que ça allait vous plaire
    oui oui sûr on m’y reprendra pas – ou juste pour faire marrer les potes…

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  5. Parler à une militante du P »S » de Montmartre de « définition du socialisme » ?
    Pourquoi pas lui parler de Jaurès aussi ?
    Ou du prolétariat ?
    Tss, Tss ! Tu cherches vraiment à te faire du mal.
    Mwarf !
    Zgur

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  6. « ils sont cons en plus »
    Comme quoi faut s’en tenir au programme de Michel Audiard : « J’parle pas aux cons, ça les instruit. »
    Mwarf !
    Zgur

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  7. voilà de la merde tatie-Daniellique et fascistes sans scrupules typiques de la france actuelle.
    oui la culture de ghetto et l’insociabilité (plus le mensonge de la part des puissants) est en train de devenir la norme dans notre sinistre pays.

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  8. Du temps que j’étais parisienne, et montmartroise (mais du côté populaire), que j’aimais mes balades du dimanche qui m’emmenaient exactement à cet endroit, traverser tout doucement, entendre les boules claquer, et me dire que Paris restait encore un peu Paris… Et que je suis triste (et révoltée) d’apprendre que le passage charmant a été privatisé !
    Quant aux notables «  »socialistes » »… comment dire ? ces gens sont morts, y a qu’eux qui ne le savent pas encore.

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