Le concombre démasqué

Bon, faut bien reconnaître qu’à force de faire le tour estival des potagers de mes potes, d’avoir l’insigne honneur de consommer de la tomate du jardin sur laquelle il est recommandé de s’extasier, de la courgette farcie forcément bio, de la salade, sans pesticides, élevée  à la bouillie bordelaise, et de devoir s’émerveiller devant la citrouille géante,  fierté patrimoniale qui fera sans doute la une du Daubé Libéré local, on finit par regretter parfois la bonne junk-food bien dégueu de chez ED. 

Heureusement Monsanto, leader capitaliste de l’arme alimentaire massive,  jamais à court d’imagination pour tout bien saloper, nous enfumer l’estomac et le porte monnaie,  propose une loi pour interdire les jardins de curé.

Etats-Unis : Monsanto propose une loi pour interdire les potagers des particuliers.

La Résolution 875, a été présentée à la Chambre sous le nom d’ Acte de Modernisation de la Sécurité Alimentaire 2009 en février par Rosa DeLauro dont le mari, Stanley Greenburg, dirige les recherches pour la firme Monsanto – le leader mondial de la production d’herbicides et de semences génétiquement modifiées.

La nouvelle loi viserait à réduire les risques de contamination par la nourriture: bactéries, produits chimiques, toxines naturelles ou artificielles, virus, parasites, prions et autres agents pathogènes pour l’homme.

Merci à Monsanto ;

Car à l’heure où, rapport à la conjoncture,  il semble vital de regrouper ses forces, de se rendre alimentairement autonome et de subvenir plus ou moins sainement à son autonomie nourricière, en inventant par la démerde un quotidien potable, savoir que des gens sont assez créatifs pour évoquer l’aspect sanitaire des potagers,  alors qu’on s‘appelle Monsanto, mérite le respect.

C’est un peu comme Sarko, claironnant la moralisation du capitalisme. Rien que le fait d’oser un semblable oxymore peut rendre admiratif.

Car oui, la multiplication des jardins potagers individuels ou collectifs, à la ville ou aux champs, nuit considérablement  à la dépendance alimentaire, aux semences stérilisées à un coup, aux graines brevetées  avec copyright et à la marchandisation du vivant.

Et il serait bien dommage de ne pas humer ce délicieux et prometteur parfum « soleil vert » qui commence à flotter avec insistance dans l’ozone, avec ses rations nutritives génétiquement calibrées, dont finirait par dépendre pour la plus grande joie des firmes pharmaco-protéïnées,  une humanité définitivement aliénée par son tube digestif.

Madame Obama, militante de jardin bio et cultivant le sien à la Maison Blanche, ferait bien de se méfier. On a vu des présidents se faire buter pour moins que ça.

Je ne doute pas un instant que l’on trouvera quelques fumeux intellos de chez Corporate pour justifier cette proposition de loi. Je sens assez bien Alain Minc sur le coup, en iconoclaste mensualisé du cucurbitacée sous contrôle ou le gros Allègre revenir à la charge,  quand la bise de l’écolo bobo versus TF1 aura passée. 

Oui, bientôt, grâce aux brillantes initiatives de Monsanto, nous goûterons au monde merveilleux  du potager clandestin  (jouxtant  tant qu’a faire les plans de canabis) à la courgette prohibée à se refiler sous le manteau, et au concombre masqué vendu en samizdat.

Au trouble voluptueux du légume transgressé.

En attendant, faut se farcir encore les haricots du jardin en n’oubliant pas, par courtoisie, de s’esbaudir sur les subtilités goûteuses du papilionacée. 

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

27 commentaires sur « Le concombre démasqué »

  1. Dire qu’il suffirait de réduire la durée des brevets (qui ne concernent plus que les entreprises les plus riches) pour régler de très nombreux problèmes.
    Car il suffirait que Monsanto ne puisse plus breveter le vivant et ils nous foutraient la paix.
    linux / BIO : même combat !

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  2. Et que va devenir le fumier de cheval? Je me souviens encore des merveilleux poireaux de mes très vieux cousins qui les engraissaient amoureusement à l’aide , disons-le, du contenu de la fosse au fond du jardin : ils ont allégrement franchi le cap des 90 ans (mes cousins, pas les poireaux!)

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  3. Me voilà égaré par hasard ici. Quelle aberration ! (après lecture des faits, pas le fait de mon égarement). Et me voilà consterné ! Espérons que la bonne vieille logique d’antan portera ses fruits (après avoir été élevée au purin d’un jardin secret) et renverra ce genre d’initiatives de lois dans leur endroit d’où elles n’auraient pas dues sortir. C’est un peu comme les lois n’autorisant pas les tomates non-rondes : pourtant elles ont plus de goût mais commercialement parlant sont moins susceptibles d’être choisies…. Laissez la mouise pour ceux qui veulent et laissez les faims* gourmets choisir leurs produits de qualité ! (* oui, l’orthographe est ainsi, volontairement !)

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  4. Parcourant la une de 20 minutes, bien contente d’être tombée sur cet article et ce blog… Les conneries continuent ! Je pensais la question du purin d’orties résolue, j’ai l’impression qu’il est toujours question de l’interdire… faut bien vendre la merde des labos, non ?
    ça commence à bien faire ! Les Monsanto & Cie, avec leurs OGM et autres multinatioales empoisonneuses d’abeilles, j’imagine de les téléporter sur une autre planète – en compagnie des banquiers et autres traders fous – scénario à la Philip K. Dick… Mais qu’on laisse la nôtre redevenir « normale » ! vivable, quoi…

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  5. Hadopi, bio, petits jardins, interdire interdire…quand allons nous nous réveiller! combien d’abbérations va t il nous falloir avaler encore…Bougeons nous et prenons notre destin en main inventons des solutions plutôt que de geindre sans cesse. Les producteurs de fruits et légumes du Lot et Garonne sont partis vers la capitale pour vendre leur production résultat pour le consommateur une bonne affaire et pour le producteur un prix décent à renouveller.Quant à Hadopi faîtes la grève illimitée d’achats de cd et de dvd…De l’imagination … Prenez votre destin en main

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  6. Verrouiller l’empoisonnement, ça foisonne au royaume du fric. La crise donne de belles perspectives de ratissages massifs pour rester dans le jardinage ;-))

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  7. @ agathe – verouiller l’empoisonnement – jolie formule
    @ cui cui – merci l’oiseau pas encore en ordre de combat mais ça vient ça vient

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  8. Putain, c’est fatiguant à la longue… non?
    Ca m’épuise, ces conneries.
    Je suis encore plus fière d’avoir réussi à faire pousser trois tomates exactement, de l’origan et de la menthe sur un balcon à la con à Cachan, banlieue parisienne!
    C’était un combat et je ne le savais pas?

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  9. Bonjour,
    voilà une news qui me glace le sang… ça ne présage rien de bon et si ça vous rappelle (le film) Soleil Vert moi ça me rappelle un téléfilm d’anticipation français (!) diffusé il y a environ 20 ans (et qui depuis n’a jamais été rediffusé) et qui nous racontait une histoire dans un futur proche (donc nos années actuelles) où des multinationales avait le contrôle de la vente de graines pour l’agriculture et qui produisait les dites graines génétiquement modifié afin que les fruits et légumes soient sans « pépins » et donc sans graines ré-utilisables. On y avait interdit la culture individuelle et les irréductibles y étaient traqués. Le film nous racontait l’histoire d’un grand père qui voulait à tout prix montré à sa petite fille les « vrais » légumes. A la fin du film il se fait buter par la police (ou une milice de l’agro-alimentaire, mes souvenirs sont un peu flou ça fait longtemps)
    Bref ce n’était pas un chef d’oeuvre de mise en scène mais une sacré anticipation !!!
    triste époque

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  10. non titi ce n’est pas soleil vert (j’en parle dans mon message mais tu a mal compris) Le téléfilm des années 80 dont je parle est Français (ou Québécois) mais impossible de me rappeler le nom

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  11. Découvrant ce billet avec retard, j’ajouterai simplement pour les commentateurs qui précèdent que le téléfilm évoqué est sans doute « Le Jardinier récalcitrant » (1983), réalisé par Maurice Failevic, scénario de M. Failevic et Jean-Claude Carrière, avec la jolie Gabrielle Lazure.
    http://french.imdb.com/title/tt0339215/
    Il avait été récompensé par le Prix Futura à Berlin en 1983.

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  12. Découvrant moi aussi ce billet trop tard j’ajouterais que les jardins individuels ou partagés sont les seuls lieux de préservations de la diversité, les jardiniers ayant encore le droit (jusqu’à nouvel ordre! ) de replanter leurs graines, ce qui est désormais interdit aux agriculteurs soumis au diktat des semenciers.
    par ailleurs, je viens de lire une statistique étonnante (et qui prouve une certaine résistance): 23% des fruits et légumes consommés en France viennent de la production domestique!
    (Autant dire que l’interdiction de cultiver son jardin serrait, outre liberticide et criminelle pour l’environnement, une nouvelle guerre aux pauvres…)

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