Le grand marché fécal ou le caca rente

 “Quand la merde vaudra de l’or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus.” Henry Miller

Au delà du droit de vote (pour le moins pire), du droit à la santé (avant Fion), du droit à l’éducation pour tous (avant Lepen) …, s’il est bien un droit fondamental, nécessaire, vital, un absolu besoin, c’est bien celui justement de faire ses besoins, de se soulager de sa petite et grosse commission et pour parler cru et dru, du droit à chier et pisser (épicé ?).

Comme manger dormir ou boire, ce droit est la base même de notre survie et ne se commande pas forcément. Or ce droit dans nos villes n’existe pas ou plus, puisqu’il est a peu près conditionné partout par l’argent. Tu dois payer pour uriner, déféquer, caguer, crotter, mettre un sou dans la fente, et parfois même raquer luxueusement, quand c’est au prix d’un demi que tu dois aller te le vidanger dans un grand magasin.

Pissotières, sanisettes, latrines et autres lieux d’aisance et de commodités gratuites ont ainsi peu à peu disparus du paysage urbain avec leur lot de dames pipi et de messieurs caca, le libéralisme rampant et prédateur s’immiscent ainsi sournoisement par l’entremise de nos tripes et vessies jusqu’à la cabane privatisée au fond du jardin public : le grand marché fécal faisant son caca rente.

Sauf que, si tout un chacun connaît la même nécessité d’y aller de son pissou ou de son colombin, tout le monde n’a pas, dans nos fourmilières citadines, la pièce qui va avec et donc se débrouille comme il peut dans l’espace et dans l’urgence.

Et par exemple, dans mon pittoresque quartier de Château Rouge, c’est pas toujours folichon à voir. C’est ainsi que l’on trouve dans nos halls d’entrée ou nos arrières cours quelques beaux spécimens d’étrons que l’on confie pudiquement à la concierge, sans compter les innombrables traces de marquages de territoires devant nos portes.

Qui n’a pas croisé le regard humilié d’une dame accroupie entre deux voitures se gardant à droite se gardant à gauche mais m’oubliant du haut de mon balcon, me jette son premier rouleau de PQ.

Bref, c’est ainsi que dans nos concentrations urbaines, si tu n’y va pas de ton obole chez Decaux, ou d’un café dans un bistrot, ou, et c’est le comble, d’une solidarité sanitaire te tenant la porte chez Mac Do, le privé se substituant au public (et ce malgré jeton ou code sur ticket), tu fais là où tu peux et pas forcément là où on te dit de faire.

Tout ça pour dire qu’à l’heure, où l’on privatise l’eau, les forêts et bientôt l’air, où l’on commercialise les organes, les molécules, le ventre des femmes…, il serait peut-être fondamental de repartir de notre fondement pour rebâtir une société plus fluide du transit et moins constipée du profit.

Je dois reconnaitre que quelques efforts timides sont faits par la ville de Paris depuis peu, puisqu’on trouve quelques vespasiennes gratuites de ci de là et quelques urinoirs au design discutable (on a beau dire même bourré on tient un minimum à l’intimité dans ces moments là)

mais qui ont au moins le mérite d’être là.

Revendiquer le popot gratos, les gogues publics, la tinette solidaire, les chiottes ouvertes, tout le monde n’ayant pas à sa disposition un arbre ou un buisson favori, pourrait paraitre accessoirement trivial. Voir la merdification des choses et du monde par le petit coin de la lorgnette pourrait s’avérer vulgaire, il me semble pourtant que c’est quand même bien le premier service public à rendre au public que de le libérer du fruit de ses entrailles, tout le monde n’ayant pas le loisir

de vider ses intestins en direct à la télé.

tgb

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Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

10 commentaires sur « Le grand marché fécal ou le caca rente »

  1. Tu dis : « Tout ça pour dire qu’à l’heure, où l’on privatise l’eau, les forêts et bientôt l’air, où l’on commercialise les organes, les molécules, le ventre des femmes…, il serait peut-être fondamental de repartir de notre fondement pour rebâtir une société plus fluide du transit et moins constipée du profit. »
    J’adhère en rejetant. Scatologique ? J’assume !

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  2. je ne m’attendais pas à ce prolongement – comme quoi y’a ceux qui en tiennent une sacrée couche et ceux qui en portent

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