Eloge du trois fois rien (mais c’est déjà beaucoup)

Bien sûr on peut toujours attendre le grand soir

 Ou croire en ça

Des images motivantes qui, à n’en pas douter crédibilisent farouchement la politique.

Et puis on peut ne pas attendre et par des petits riens du tout, là où on est, là où on peut, produire de petits actes de résistance marrants, mettre quelques cailloux dans les chaussures pour faire claudiquer les puissants, réquisitionner des chaises (voir plus bas) ou se tirer la bourre entre libraires et faire dérailler la machine à story telling en toute innocence (ou presque).

Surexposer plein de jolis livres avec plein de rien dedans et redonner du sens au vide par la mise en scène et en vitrine, c’est peu et c’est beaucoup à la puissance de quelques millions d’esprits farceurs et créatifs.

Et puis, avec un soupçon de panthéisme et de personnification, sachant qu’il existe 3000 milliards d’arbres sur la planète et qu’on en perd 10 milliards par an, imaginons les angoisses d’un chêne centenaire appelé à finir en pâte à papier pour imprimer ça :

 410 exemplaires (sources edistat) vendus. Ça fait cher du tronçonnage pour finir au pilon.

De ces petits actes de résistance, là où on peut, là où on est, comme modestement Katia 72 ans brutalisée par la police en s’opposant à Poitiers à l’abattage de platanes ou à plus grande échelle, Wangari Maathai, ou Yacouba Sawadogo, qui plantèrent des millions d’arbres – A priori pas spécialement pour que quelques cuistres indigents y signent de leur égo leur vacuité.

Il y aura peut-être Corbyn ou Sanders ou re Mélenchon, autant de Tsipras dévoyés peut-être ou de héros triomphants va savoir. On ne peut pas perdre tout le temps. Il y a surtout Assange ou Snowden ou Manning ; autant de prisonniers politiques de l’occident, de refuzniks de dissidents comme l’on disait alors quand ces choses là ne concernaient que l’ennemi totalitaire tandis que nous du monde libre et bien pensant…

mais bien plus d’anonymes encore, de lanceurs d’alerte et de petites mains qui, là où ils sont, là où ils peuvent et sans forcément se sacrifier ne serait ce que socialement, firent boiter la machine à faire du pognon et à tout saloper, ne fut-ce qu’un instant.

Individuellement ou collectivement je crois en la force de l’inertie agissante, du zèle scrupuleux, du geste insignifiant mais signifiant, bref de la pichenette harceleuse, de la guérilla à coups d’épingle et de la facétie.

Si vous avez l’impression que vous êtes trop petits pour pouvoir changer quelque chose essayez donc de dormir avec un moustique et vous verrez lequel des deux empêche l’autre de dormir…(Dalaï Lama).

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

6 commentaires sur « Eloge du trois fois rien (mais c’est déjà beaucoup) »

  1. Merci de ce billet dédié au rien, ou presque.
    Il me rappelle une expérience professionnelle marquante. Longtemps exposée à un milieu parfois très houleux (les gens de la rue), j’ai dû un jour la sauvegarde de mon intégrité, physique et morale, à l’intervention d’un SDF qui s’est interposé pour m’arracher des griffes d’une démente, ni islamiste, ni zadiste…
    J’en ai retenu l’idée que plus on se surprotège par des codes numériques et des lois ubuesques, plus on perd ceux qui fondent notre humanité et dont la répartition est au départ égale en chacun de nous. Aucun Etat d’urgence ne nous garantira contre la perte de sens de l’altérité qui est réalité le seul dont nous ayons besoin pour vivre. Si on oublie nos codes numériques en tous cas. Et une perte de mémoire est si vite arrivée…
    « Rien, c’est rien. mais presque rien, c’est déjà quelque chose » (Raymond Devos)
    Bonne soirée
    Claudine

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  2. RUSHES.INFOS /Officiellement sélection quotidienne d’articles aux juxtapositions signifiantes à visée subversive. Quelques amis, quelques idées quelques ordis. Harceler l’état-major. C’est que nous faisons depuis 2003. Cela sert au moins à ne pas perdre la tête.

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