La Sainte trinité néo-présidentielle

Barack Obama devait prononcer son discours sur l’état de l’Union le 2 février prochain. Problème : la chaîne américaine ABC devait diffuser le même soir le premier épisode de la nouvelle et dernière saison de sa série Lost (saison 6)

« Je ne prévois pas un scénario où des millions  de gens qui espèrent assister à une sorte de conclusion  à Lost se verront empêchés par le président »
Robert Gibbs porte-parole de l’administration américaine.

Que l’homme le plus puissant du monde, paraît-il, abdique de la zapette devant un épisode de saison 6, illustre bien son impuissance. Si Mister Président himself,  se vautre devant Lost, on imagine sans mal sa capacité à résister à Wall Street.

A force de composer pour ne pas déranger, Obama finit par décomposer son propre électorat. Perdre le jour anniversaire de sa présidence l’état du Massachusetts, bastion du parti démocrate et de Ted Kennedy son mentor, et par là même sa majorité au sénat en est le plus redoutable symbole.

Qu’à son niveau Obama ne soit ni milliardaire, ni patron de chaînes télés, ni heureux propriétaire d’un club de foot montre chez ce néo-romantique  tout en prudence, une certaine candeur, voire de l’ amateurisme.

Car, il n’aura échappé à personne que le nouveau profil du dictateur télégénique branché, light, bio, à développement durable et à croissance verte tant qu’à faire, demande de sacrifier à cette Sainte trinité post-moderne  : le fric, le foot et la boîte à cons.

Tapie (à qui l’état versa deux fois plus de pognon qu’aux haïtiens cela dit en passant) nous en montra la voie. Berlusconi nous la finalisa jusqu’au  lifting et Pinera, Chicago boy caché et relooké du couple glamoureux Pinochet /Thatcher, nous le vulgarise aujourd’hui au Chilii.

Le mode d’emploi en est somme toute assez rudimentaire

1) Gagner du fric dans des conditions douteuses (blanchiment d’argent sale, fricotage avec mafieux, narcotrafiquants, ou caudillo local …  )
2) Posséder une ou plusieurs  chaînes de télévision
3) Diriger un club de foot.
4) Etre de droite décomplexée  (dur sur le fond/cool dans la forme)

5) avoir pour opposition une gauche de droite complexée

Au coup d’état sanglant et un peu sale, type Honduras, il est aujourd’hui vivement conseillé par les spin docteurs et autres esthéticiennes du corpus politicard, de privilégier le coup de projo séducteur et divertissant ; foot et foutre restant socialement le prosac idéal pour temps de cerveau plus ou moins disponible. A consommer sur place ou à emporter dans l’isoloir.

Ultime alternative de ce qui nous reste de démocratie.

Le consentement et l’auto aliénation étant autrement plus efficace que la coercition, les prédateurs auraient tort de se gêner. Quand dans le grand panel de l’insécurité, on y rajoute tout seul et comme un grand, la peur panique de rater l’épisode de la saison 2, on se demande bien pourquoi  on construit encore des centres de détention.

La prison chez soi restant pour l’Etat, du meilleur rapport qualité /prix.

Prenons le cas du bien inoffensif Peillon, tout surpris d’avoir court-circuité la machine à gaver et de s’être pris sur le râble la meute de la corporation mensualisée, plutôt que de revendiquer le modeste attentat, il tremble encore à l’idée de ne plus être invité à la table pixélisée de la pensée en rond. 

Sûr qu’il recommencera pas de sitôt. Bien fait.

L’homo médiaticus ayant depuis longtemps renoncé à son statut d’acteur citoyen et à son encombrante liberté de pensée dont il ne savait que foutre le dimanche à Ikea, peut continuer, tout à son infantilisation  à dépenser son énergie dialectique dans la surface de réparation autour de la méchante problématique du penalty ou pas.

Dans cette société individualisée et grégaire, tout à la satisfaction du plaisir immédiat et à l’assouvissement compulsif, il faut bien l’admettre, ce sont les plus pauvres qui mettent au pouvoir les plus riches. Qu’un possédant possède déjà tout et ils s’empressent de lui confier ce qu’il ne posséderait pas encore : le pouvoir politique.

En ce sens, on comprend mieux qu’aucun puissant n’ait intérêt à éduquer sa population, l’on saisit mieux l’anti-intellectualisme ambiant dévoué à la cause du pipole et le zèle à malaxer dans le grand sanibroyeur consensuel, David Douillet et Victor Hugo, Mickey, Jaures et Guy Moquet.

Le totalitarisme chic avec nichons siliconés, c’est Pinochet

moins la casquette plus les UV

suffisait d’y penser. 

Au nom du Fric du foot et de la boîte à cons

Amen !!!

tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

13 commentaires sur « La Sainte trinité néo-présidentielle »

  1. Yep-yep-yep ! très bon, et alors, le « moins la casquette plus les uv » —> un grand éclat de rire qui réconforte, mais surtout l’image juste qui tape pile-poil là où il faut.
    Tiens, dans la série « expression condensée et puissante » : « foot et foutre ».
    Chapeau m’sieur, très inspiré sur ce coup-là !

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  2. Moi, je rigole aussi….oh.. le sanibroyeur avec Mickey et Moquet… le dimanche à Ikéa…. mais c’est excellent… Chapeau bas Monsieur jpb!

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  3. Excellent ! Je me joins à la chorale des louanges. Tu as relevé le signal le plus merdique de la médiocrité mondiale qui est pourtant passé quasi inaperçu.

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