Vivre à mort

Un peu d’A dans ce monde de N

Non seulement le philosophe André Gorz n’avait pas viré sa cuti en s’affadissant les idées jusqu’à se socio-libéraliser avec ses petits camarades du Nouvel Obs mais au travers d’une pensée anti :
Economiste
Utilitariste
Productiviste
Consumériste

Il a continué à prôner jusqu’au bout et sous l’influence de René Dumont une révolution écologique sociale et culturelle loin des contraintes du totalitarisme capitalistique, de l’accumulation et gaspillage des matières premières, de la logique du profit et de son triste corollaire l’individualisme hédoniste et matérialiste.

André Gorz vient de se suicider à l’âge de 84 ans, accompagnant dans la mort, sa femme Dorine, atteinte d’une grave maladie, le 24 septembre 2007 dans sa maison de Vosnon (Aube)

« […] Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien […] Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible nous avions une seconde vie, nous voudrions la vivre ensemble. »

Extrait de Lettre à D. (2006) Ode à Dorine par André.

Dans ce monde brutal et déshumanisé où l’obscénité économique est la norme, dans cette France vulgaire où les lettres d’amour et les « besitos » sont exhibés à la une des journaux comme des trophées cosmétiques, le cri d’amour et de liberté d’André Gorz retentit comme une fulgurance d’élégance et de loyauté romantique.

Valeurs il faut bien en convenir fort peu d’actualité.

André Gorz, homme de conviction profonde, de fidélité discrète et de pudeur passionnée nous offre avec panache une leçon de savoir vivre et de savoir mourir classe et chevaleresque.

Dans cette photo (voir plus haut) avec quelque chose du baiser de l’hôtel de ville de Doisneau, Dorine et André ont la beauté insolente et racée des jeunes gens amoureux et libres.

La grâce est bien le dernier luxe auquel les parvenus à talonnettes n’accèderont jamais.

Il est vain de demander à tous les renégats et rats de l’ouverture et de la gamelle de mourir pour des idées, mais vain aussi de leur demander de mourir d’aimer.

Ils n’aiment que leur nombril.

Réunir à nouveau le vieux couple inséparable d’Eros et Thanatos,, André Gorz l’a osé. Chevillé au corps de Dorine, il vient de jeter à la gueule du virtuel et du factice ce vivre à mort comme un baiser craché.

Un doigt d’honneur à la médiocrité.

tgb   

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

7 commentaires sur « Vivre à mort »

  1. AUTEUR UNIVERSEL PORTUGAIS SUPÉRIEUR : CRISTOVAO DE AGUIAR.
    Il a également traduit en Portugais la richesse des nations par Adam Smith.
    Il a été attribué plusieurs prix.
    Ne pas oublier le nom de ce grand auteur, vous entendra parler de lui bientôt.
    Merci du temps de dépense dans la culture universelle.
    Merci pour visiter

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