Cool memories


– La tristesse de l’intelligence artificielle est qu’elle est sans artifice, donc sans intelligence -Jean Baudrillard Cool Memories – 1980-1985
Huit jours au fin fond de ma Vallée avec le Dauphiné libéré pour toute info, ça vous décale l’actu vite fait, vous l’écrème, vous la pasteurise. Bref ça vous change l’angle.
Le Dauphiné libéré dit le Daubé, fleuron de la PQR (pourquoi R ? ) est un journal avec rien dedans comme les gratuits mais payant comme le Monde ; l’actualité réduite à peau d’balle pas grand-chose, filtrée, formatée et aromatisée sauce locale.
Un pur moment d’immersion provinciale
Temps de lecture 5mn34 environ (rubrique nécrologique incluse)
C’est dire si j’ai décroché de l’actualité du monde, de la Ségo-Sarko-Bayrou-troyka et des pétages de plomb de Delarue.
La ligne bleu marine des montagnes dans le ciel nocturne d’hiver suffisant amplement à mes méditations branleuses.
De retour à Paris, l’actu, j’ai du mal à m’y remettre, c’est peu de le dire.
(et vu les hara-kiris blogueux ces temps-ci je ne suis pas le seul)
Une certaine saturation de simulacres et de virtuel.
D’ailleurs je m’y remets pas
pas encore
D’autant que Polnareff est de retour (ah… Le bal des Laze !!!)
Et que Baudrillard est mort.
Merde alors.
Parce que question simulacre, y simulait pas Baudrillard. Il pensait. Et avec sa tête encore. Quitte à déranger. De la pensée dépotante. : télé, politique, culture, objets, consommation, infos…il te démontait tout ça en deux coups de fulgurance géniale et vaporeuse qui me mettait sur le toit.
Après la société du spectacle de Guy Debord, voici la disparition du réel de Baudrillard. (la guerre du Golfe n’a pas eu lieu – 1991). Logique et inexorable. Et derrière mes écrans en témoin survivant j’en constate toute la pertinence désincarnée.
Cool mémories (1980_85) est ma clef
Que le philosophe, le sociologue, le penseur inclassable, dans l’impasse intellectuelle trouve la liberté dans la poésie, les aphorismes (la photo) et fasse œuvre ouverte me paraît une évidence.
L’intelligence au service de l’intuition sensible. L’onirisme en béquille de la raison.
Désillusionniste, Baudrillard mais curieux et vivant. Pas cynique, pas nihiliste à la Cioran. Nez dans le chaos et dans l’ambivalence, la pensée en mouvement, sauvage et post-moderne, il assume l’obscur et autorise l’irruption des possibles, des hasards…
Une pensée humble et ambitieuse.Une pensée du paradoxe et de l’ironie.
( ah… le suicide des twin towers – pur chef d’oeuvre de la pensée rêvée, libre et rebelle, et au final meilleure explication rationnelle du phénomène tragique)
Se plonger dans la pensée puissante de Baudrillard (et dans une moindre mesure de celle de ses potes Edgar Morin, Paul Virilio) c’est vraiment se mettre à penser. Seul. Libre, sans système, au feeling. (cruel pour l’imposture des poseurs médias en postures pseudo-philo)
Baudrillard je l’ai rencontré une fois. A une conférence. Un regard, deux mots. Bonhomme et disponible. Aussi simple que complexe, aussi pédagogue qu’hermétique. Et toujours cette pensée dévastatrice l’air de rien qui me travaille encore…
Baudrillard : un artiste du crémol.
– L’artiste tragique n’est pas un pessimiste, il dit oui à tout ce qui est problématique et terrible, il est dionysien – NIETZSCHE
Quant à la réalité si elle existe encore… la prochaine fois
tgb

Publié par rueaffre2

TG.Bertin - formation de philo - consultant en com - chargé de cours à Paris 4 - Sorbonne - Auteur Dilettante, électron libre et mauvais esprit.

Un avis sur “Cool memories

  1. Salut,
    Belle définition.
    Quotidien régional : journal avec rien dedans comme les gratuits mais payant comme le Monde (donc Sarkozyste quand le manche est Sarkosyste, et bientôt Bayrouiste).
    La PQR (c’est vrai ça, pourquoi R?) est vraiment nulle partout en France.
    Le constat et des explications (ainsi qu’une comparaison avec la presse régionale espagnole) avaient été faits il ya quelques années par Jean-Pierre Tailleur dans son livre « Bévues de presse : L’Information aux yeux bandés ». Le quatrième pouvoir, de dire oui aux trois autres!
    Je n’ai pas encore lu grand chose de Baudrillard, surout des textes publiés dans des quotidiens ou des interviews.
    « Se plonger dans la pensée puissante de Baudrillard (et dans une moindre mesure de celle de ses potes Edgar Morin, Paul Virilio) c’est vraiment se mettre à penser. Seul. Libre, sans système, au feeling. (cruel pour l’imposture des poseurs médias en postures pseudo-philo) ».
    Allez, je vais m’y mettre ;0)
    Et pas encore question de seppuku blogueux pour moi.
    A te lire encore
    Toujours avec plaisir
    Zgur

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